Construction
Au Luxembourg, le calendrier des chantiers se met à l’heure des congés collectifs
Du 31 juillet au 23 août, le bâtiment et le génie civil observeront leur pause obligatoire, sur fond de marché du neuf profondément déprimé.
Par Sophie Klein · · 4 min de lecture

Au Luxembourg, la fin de juillet impose son propre rythme au béton. Vendredi 31 juillet, les entreprises du bâtiment et du génie civil concernées entameront leurs congés collectifs d’été. La fermeture se prolongera jusqu’au dimanche 23 août inclus, avant une reprise normale des chantiers le lundi 24 août.
La convention collective définit cette période comme quinze jours ouvrables à compter du dernier vendredi de juillet. Une règle simple, mais dont les effets se déploient sur plus de trois semaines de calendrier. « C’est toujours le dernier vendredi du mois de juillet », résume Jean-Luc De Matteis, syndicaliste de la section construction de l’OGBL.
Cette interruption programmée intervient alors que la construction reste engluée dans une conjoncture difficile. Elle suspend une large part de l’activité sur les chantiers, sans toutefois constituer, à elle seule, la preuve qu’un projet a pris du retard.
Une fermeture qui suit les métiers, pas la nationalité
L’obligation vaut aussi bien pour les entreprises luxembourgeoises que pour les sociétés étrangères travaillant dans le Grand-Duché, dès lors que leur autorisation couvre l’une des activités visées. Sont notamment concernés :
- le bâtiment ;
- les travaux routiers et le pavage ;
- la pose de chapes ;
- les terrassements, les excavations et les travaux de canalisation ;
- les travaux d’asphalte, de bitume et d’injection ;
- le béton armé, le forage et l’ancrage.
Sur le terrain, le dispositif englobe les principaux métiers de chantier : manœuvres, maçons, coffreurs, ferrailleurs, chapistes, poseurs de conduites, chauffeurs, mécaniciens, conducteurs d’engins et grutiers. Pour ces équipes, l’arrêt ne relève donc pas d’une décision ponctuelle de l’employeur, mais du calendrier collectif applicable au secteur.
Les installateurs sanitaires, de chauffage et de climatisation obéissent à une autre convention. Leur arrêt est fixé du 3 au 23 août. Les entreprises d’installation frigorifique, en revanche, ne sont pas contraintes de respecter cette fermeture à dates fixes.
Des dérogations rares et attachées à chaque entreprise
La continuité d’un chantier relevant du bâtiment n’est admise que dans trois cas : les réparations dans les écoles, les réparations d’usines effectuées pendant un arrêt de production et les travaux reconnus comme urgents par la commission ad hoc compétente pour le bâtiment et le génie civil.
Pour l’été 2026, les demandes devaient parvenir au plus tard le 31 mai, soit deux mois avant le début des congés, avec une copie adressée à l’OGBL et au LCGB. Le dossier devait comporter l’avis de la délégation du personnel ou des salariés concernés, identifier les travailleurs volontaires et préciser le chantier, l’effectif mobilisé, la date de début ainsi que la durée de l’intervention.
L’autorisation n’est pas transmissible le long de la chaîne contractuelle. Chaque entrepreneur et chaque sous-traitant appelé à poursuivre son activité doit disposer de son propre accord. Une entreprise principale autorisée ne peut donc pas, par cette seule décision, couvrir les sociétés qui travaillent pour elle.
Cette exigence rend les dérogations étroitement liées à la réalité de chaque chantier. Elle évite qu’une permission accordée pour une intervention déterminée ne se transforme en faculté générale de travailler pendant toute la fermeture.
Congés payés et marché du neuf : deux fragilités distinctes
Les employeurs doivent informer leur personnel des dates de fermeture collective au cours du premier trimestre. La convention du bâtiment prévoit 28 jours de congé annuel et finance l’indemnisation des congés et des jours fériés payés au moyen d’un supplément de salaire de 12,21 %.
Ce mécanisme comporte toutefois une limite importante. Le salarié qui a déjà épuisé l’ensemble de ses droits lorsque commence la fermeture collective n’est pas indemnisé pour les journées qui ne sont plus couvertes. S’il lui reste une partie de son congé, ce solde doit en revanche être payé.
La pause estivale survient dans un secteur déjà très affaibli. En février, le STATEC constatait que l’activité stagnait encore à un niveau bas, malgré de timides améliorations du côté de l’emploi et de l’investissement. RTL Today et le ministre luxembourgeois du Logement ont, séparément, décrit un marché de la construction neuve sévèrement déprimé.
« Le secteur est presque à l’arrêt. » — Claude Meisch, ministre luxembourgeois du Logement et de l’Aménagement du territoire
Dans cette conjoncture, trois semaines de silence sur les chantiers peuvent aisément être interprétées comme un symptôme supplémentaire. Il faut pourtant distinguer la faiblesse structurelle du marché de cette suspension annuelle, prévisible et publiée. Comme le rappelle Pierre Clément, directeur de Nexvia, « l’immobilier prend du temps ».
Pour les projets en cours, l’effet immédiat est néanmoins concret : les métiers couverts cessent d’intervenir jusqu’au 24 août, sauf autorisation propre à chacune des entreprises participantes. D’autres corps de métier peuvent légalement rester actifs, mais l’enchaînement des opérations limite souvent les possibilités d’avancer normalement lorsque les équipes de terrassement, de béton ou de gros œuvre sont absentes.
Un acquéreur qui attend la livraison de son logement a donc intérêt à vérifier si le calendrier contractuel intègre déjà les congés collectifs et si d’éventuels travaux annoncés en août bénéficient des autorisations requises. La fermeture n’établit pas, en elle-même, un dépassement de délai : c’est l’avancement constaté avant et après la pause qui permettra d’en mesurer l’incidence réelle.
Questions fréquentes
- Quand les chantiers concernés reprendront-ils normalement ?
- La reprise normale est prévue le lundi 24 août 2026, après une fermeture allant du vendredi 31 juillet au dimanche 23 août inclus.
- Quels travaux peuvent bénéficier d’une dérogation ?
- Les dérogations sont réservées aux réparations dans les écoles, aux réparations d’usines pendant un arrêt de production et aux travaux reconnus comme urgents par la commission ad hoc.
- Une autorisation accordée à l’entrepreneur principal couvre-t-elle les sous-traitants ?
- Non. Chaque entrepreneur et chaque sous-traitant doit obtenir sa propre autorisation pour travailler pendant les congés collectifs.
- Tous les jours de fermeture sont-ils nécessairement indemnisés ?
- Non. Le salarié ayant épuisé ses droits à congé n’est pas indemnisé pour les jours non couverts. Tout droit restant doit en revanche être payé.
Sources(13)
- 1Congé collectif été 2026Luxembourg Government / ITM · gouvernement.lu
- 2Building and civil engineering: compulsory collective leaveInspection du travail et des mines · itm.public.lu
- 3Construction: collective agreementInspection du travail et des mines · itm.public.lu
- 4Annual paid leaveGuichet.lu · guichet.public.lu
- 5Les congés collectifs luxembourgeois en 2025Chambre des Métiers Luxembourg · cdm.lu
- 6Trabalha na construção? Estas são as datas das próximas férias coletivasContacto · contacto.lu
- 7Construction sites to fall silent from 31 July as collective holidays beginLuxembourg Times · luxtimes.lu
- 8Bâtiment et génie civil: guide pratiqueLCGB · lcgb.lu
- 9Sanitary facilities, heating and air-conditioning fitters, refrigeration fittersInspection du travail et des mines · itm.public.lu
- 10Conjoncture Flash February 2026: Contrasting situation in constructionSTATEC · statistiques.public.lu
- 11Luxemburgo. Setor da construção dá sinais de estabilização, mas recuperação continua lentaContacto · contacto.lu
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