Détroit d'Ormuz
Washington et Téhéran suspendent leurs frappes et renvoient le dossier d'Ormuz à Doha
Les deux camps disent vouloir « cesser le feu pour l'instant » avant une rencontre prévue le 30 juin au Qatar, un répit qui détend les marchés pétroliers et relance la diplomatie européenne.
Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

Après plusieurs jours de frappes qui avaient mené au bord de la rupture une trêve à peine vieille de deux semaines, le ton a brusquement changé. Un haut responsable américain affirme que les États-Unis et l'Iran sont convenus de cesser leurs attaques réciproques et de revenir à la table des négociations. Les deux gouvernements prévoient de se retrouver mardi 30 juin à Doha pour dénouer leur différend autour du détroit d'Ormuz, ce goulet par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial.
L'information, d'abord rapportée par le média Axios puis reprise par Nikkei Asia, Radio Free Europe/Radio Liberty et d'autres titres, repose sur les propos d'un responsable américain dont l'identité n'a pas été révélée. L'agence Reuters indique n'avoir pu vérifier ces éléments dans l'immédiat, et l'Iran n'a pas confirmé publiquement les termes de l'arrangement. Pour l'heure, la désescalade tient donc sur la parole d'un seul camp.
« Les discussions techniques doivent se poursuivre sur tous les volets du protocole d'accord. Les deux parties cessent le feu pour l'instant et les navires peuvent circuler librement », a déclaré ce responsable, en référence au mémorandum d'entente signé le 17 juin par les deux pays.
Le même responsable a précisé que les deux camps avaient « décidé d'arrêter toute activité cinétique » — terme militaire qui désigne les frappes.
Quatre mois de guerre, une trêve qui s'effiloche
Le conflit a éclaté le 28 février. Le Pakistan a négocié un premier cessez-le-feu de deux semaines au début d'avril, ensuite prolongé tandis qu'un blocus naval américain restait en vigueur. Le 17 juin, le président Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezeshkian ont signé à distance un mémorandum d'entente en quatorze points, ouvrant une fenêtre de soixante jours pour conclure un accord définitif et engageant l'Iran à rouvrir le détroit d'Ormuz en échange de la levée du blocus.
Cette trêve s'est lézardée en quelques jours. Chacun a accusé l'autre de violations après qu'un projectile iranien a frappé un cargo dans le détroit jeudi, déclenchant frappes et représailles. Une session de pourparlers en Suisse — conduite côté américain par le vice-président JD Vance et côté iranien par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf — avait été reportée. Les émissaires de la Maison-Blanche Steve Witkoff et Jared Kushner, aux côtés du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, sont au cœur de cette diplomatie. Les armées américaine et iranienne ont par ailleurs ouvert un centre de coordination à Doha en fin de semaine dernière pour gérer les incidents.
Le nucléaire, point de friction laissé de côté
Les discussions qui reprennent devraient porter d'abord sur le détroit, et non sur le dossier qui avait initialement justifié les négociations : le programme nucléaire iranien. Les questions les plus épineuses restent sans réponse :
- le niveau d'enrichissement de l'uranium ;
- le sort du stock iranien d'uranium hautement enrichi ;
- les modalités des inspections internationales.
Un désaccord sur l'accès accordé à l'Agence internationale de l'énergie atomique pesait encore, le 23 juin selon NPR, sur les efforts pour sceller un accord mettant fin à la guerre. D'après les informations parues sur ce cadre, l'ensemble en discussion couvrirait aussi un allègement des sanctions et la possible libération d'avoirs iraniens gelés — sans que ces termes aient été confirmés par l'un ou l'autre gouvernement. Les diplomates rappellent qu'un règlement durable se jouera sur le volet nucléaire, et non sur les couloirs de navigation.
Les marchés pétroliers respirent
L'arrêt des hostilités a conforté un net repli des prix de l'énergie. Le baril de Brent est tombé à 78,24 dollars le 17 juin, son plus bas niveau depuis le début de mars, après avoir cédé environ 17 dollars en quatre séances, selon Al Jazeera. Les cours demeurent toutefois supérieurs d'environ 7 % à leur niveau d'avant-guerre, fin février.
Ce soulagement succède à un étranglement hors norme. Au plus fort de la crise, le trafic à travers Ormuz s'était réduit à un filet sous la menace des missiles, drones et mines iraniens ; l'Agence internationale de l'énergie a rangé l'épisode parmi les plus fortes perturbations d'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier mondial, et plus de 500 navires attendaient de quitter le Golfe. Les analystes préviennent que le rebond, dicté par le sentiment, reste réversible.
« Le pronostic immédiat paraît optimiste et présuppose l'absence de revers majeur », observe Tamas Varga, de PVM Oil Associates.
Le déminage et la file de navires bloqués laissent entrevoir un retour à une navigation normale qui pourrait prendre des semaines.
Ce qui se joue pour l'Europe
Pour l'Union européenne — et pour des économies importatrices d'énergie comme le Luxembourg — la nouvelle touche deux points sensibles à la fois : le prix du brut et la sécurité d'un passage dont dépend le commerce européen. Bruxelles avait salué le cessez-le-feu d'avril et n'a cessé de réclamer la liberté de navigation dans le détroit « conformément au droit international, tel que reflété dans la convention UNCLOS », selon les mots de la haute représentante Kaja Kallas.
Cette dernière présente la diplomatie comme la seule voie viable. « Le moment est venu de concevoir une stratégie globale pour une paix durable dans l'ensemble du Moyen-Orient », a-t-elle affirmé. Elle plaide aussi pour la rigueur d'un éventuel accord nucléaire, mettant en garde : sans « experts du nucléaire autour de la table », les puissances risquent « un accord plus faible que le JCPOA », le pacte de 2015. L'UE a accompagné ces déclarations de mesures, en inscrivant le 8 juin sur sa liste des personnes et une entité pour des actes entravant la navigation dans le détroit ; les conclusions du Conseil européen, en mars, avaient soutenu les efforts du Conseil de sécurité de l'ONU pour sécuriser cette voie d'eau.
Des responsables européens ont laissé entendre qu'ils pourraient contribuer des moyens navals à la surveillance d'un détroit rouvert, geste que Washington réclame de longue date à ses alliés. La concrétisation de tout cela dépend de la tenue de la rencontre de Doha — et d'un cessez-le-feu qui, les jours récents l'ont montré, peut se défaire en un après-midi. Avant ce dernier dégel, Donald Trump avait rappelé l'enjeu à sa manière, par une menace : si l'Iran reprenait les hostilités, « la République islamique d'Iran n'existera plus ! »
Questions fréquentes
- Que se passe-t-il le 30 juin à Doha ?
- Les États-Unis et l'Iran prévoient de se rencontrer mardi 30 juin à Doha, au Qatar, pour tenter de résoudre leur différend sur le détroit d'Ormuz. Les pourparlers devraient porter d'abord sur le détroit avant d'aborder le volet nucléaire.
- L'accord de cessez-le-feu est-il confirmé ?
- Il repose pour l'instant sur les propos d'un haut responsable américain non identifié, rapportés par Axios et d'autres médias. Reuters n'a pu le vérifier dans l'immédiat et l'Iran n'a pas confirmé publiquement les termes.
- Pourquoi le détroit d'Ormuz compte-t-il autant pour l'Europe ?
- Environ un cinquième du pétrole mondial y transite. Pour des économies importatrices comme le Luxembourg, toute fermeture pèse sur les prix du brut ; l'UE réclame la liberté de navigation et a discuté d'une contribution navale à sa sécurisation.
- Où en est le dossier nucléaire iranien ?
- Il reste irrésolu : niveau d'enrichissement, sort du stock d'uranium hautement enrichi et modalités des inspections de l'AIEA n'ont pas été tranchés. Les négociations se concentrent d'abord sur le détroit.
Sources(12)
- 1Iran and America agree to halt attacks and renew talks, US official saysNikkei Asia · asia.nikkei.com
- 2US, Iran agree to halt strikes and meet this week, American official saysAxios · axios.com
- 3Iran and U.S. agree to halt attacks and renew talks, Axios reportsThe Spokesman-Review (Reuters) · spokesman.com
- 4'Both Sides Will Stand Down For Now' Ahead Of Technical TalksRadio Free Europe/Radio Liberty · rferl.org
- 52026 Iran war ceasefireWikipedia · en.wikipedia.org
- 62025–2026 Iran–United States negotiationsWikipedia · en.wikipedia.org
- 7A U.S.-Iran dispute over nuclear inspections clouds work to finalize a war-ending dealNPR · npr.org
- 8Oil prices continue slide amid hopes for peace, opening of Strait of HormuzAl Jazeera · aljazeera.com
- 9Brent rises after U.S.-Iran peace talks in Geneva are abruptly postponedCNBC · cnbc.com
- 10Statement by the High Representative on behalf of the EU on the ceasefire agreed by the United States and IranCouncil of the EU / GlobalSecurity.org · globalsecurity.org
- 11US-Iran ceasefire and nuclear talks in 2026UK House of Commons Library · commonslibrary.parliament.uk
- 12Freedom of navigation in the Strait of Hormuz: EU lists two individuals and one entityCouncil of the EU · consilium.europa.eu



