Santé publique
Médecins et CNS : l’État pourrait devoir trancher le conflit
Le refus de l’AMMD de signer un nouvel accord avec la CNS renvoie le conflit vers l’exécutif. Pour les patients, les règles actuelles restent applicables jusqu’à fin octobre.
Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Le désaccord entre les médecins et la Caisse nationale de santé entre dans une phase où la négociation technique risque de céder la place à l’arbitrage politique. L’Association des médecins et médecins-dentistes, l’AMMD, a informé ses membres qu’elle ne signerait pas de nouvel accord avec la CNS, après des mois de pourparlers et une médiation restée sans issue, rapportait RTL Today le 8 août.
Cette annonce ne modifie toutefois pas, à ce stade, les conditions concrètes d’accès aux soins. Les conventions existantes entre la CNS, les médecins et les médecins-dentistes demeurent valables jusqu’à la fin octobre 2026. Aucun nouveau barème de remboursement, aucune nouvelle participation financière des patients, ni aucun dispositif réglementaire appelé à s’appliquer après cette échéance n’ont été publiés au 10 août.
L’enjeu dépasse un différend sur des honoraires. Le Luxembourg repose sur un système de conventionnement obligatoire et universel : médecins et médecins-dentistes doivent respecter les tarifs et nomenclatures fixés par les lois, règlements, conventions et statuts, comme l’explique l’AMMD dans ses informations destinées aux praticiens. C’est donc le cadre ordinaire dans lequel la plupart des résidents consultent et paient leurs soins qui est en discussion.
Une rupture préparée depuis l’automne
L’AMMD avait dénoncé les accords en vigueur le 30 octobre 2025. À partir de décembre 2025, six cycles de négociation ont eu lieu pour tenter de leur trouver un successeur. Le délai légal de négociation a expiré le 30 avril 2026 ; la procédure est alors passée par une médiation. Les textes approuvés par le conseil d’administration de la CNS n’ont pas obtenu la signature de l’association.
Dès la réunion quadripartite de mai au Luxembourg, l’AMMD avait indiqué qu’elle ne signerait pas avant la mise en œuvre des engagements de la coalition. Parmi les demandes alors restées en suspens figuraient notamment une plus grande place pour les soins hors de l’hôpital et des modifications du Code de la sécurité sociale relatives à la fixation des tarifs.
En juillet, le Premier ministre Luc Frieden a déclaré que la médiation devait s’achever à la mi-août et qu’une décision gouvernementale pourrait devenir nécessaire en septembre, éventuellement par règlement grand-ducal. Il a également rappelé que les accords actuels continueraient de produire leurs effets jusqu’à la fin octobre.
« Cela reste acquis : chacun paie la même chose chez le médecin. » — Luc Frieden, Premier ministre du Luxembourg
Cette formule fixe une ligne politique : le gouvernement dit vouloir préserver l’égalité de paiement lors de la consultation. Elle ne vaut cependant pas, à elle seule, calendrier tarifaire pour l’après-octobre. Tant qu’aucun règlement ni arrangement détaillé n’a été rendu public, il est impossible d’établir avec certitude ce qui changerait, ou ne changerait pas, dans les mécanismes de remboursement et les factures individuelles.
Le désaccord porte aussi sur l’organisation des soins
L’AMMD soutient que le litige ne se réduit pas au texte proposé par la CNS. Elle réclame un financement des infrastructures médicales non hospitalières, une réforme de la gouvernance de la CNS, ainsi qu’une évolution de la valeur de la lettre-clé afin de mieux tenir compte des coûts de fonctionnement. Chris Roller, président de l’AMMD, avait résumé l’attente de l’association en avril auprès de RTL : « Nous attendons une action politique, mais jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucun véritable retour de ce côté-là. »
La médecine ambulatoire constitue l’un des points les plus sensibles. L’association souhaite que davantage d’actes puissent être réalisés dans les cabinets plutôt que sur les seuls sites hospitaliers. La question a d’abord été particulièrement vive en ophtalmologie et en dermatologie, mais l’AMMD entend la poser plus largement. Le gouvernement a, de son côté, indiqué travailler sur des modifications légales et de la loi hospitalière afin de définir les activités susceptibles d’être exercées hors hôpital et d’améliorer l’accès aux soins de première ligne.
Au centre des tarifs se trouve la lettre-clé, unité monétaire combinée à un coefficient pour déterminer le prix d’un acte médical ou dentaire. L’AMMD estime que cette valeur doit refléter à la fois le travail professionnel et les frais d’un cabinet. Or le Conseil supérieur de la sécurité sociale a fixé à 0 % l’augmentation de la lettre-clé médicale et dentaire pour 2025 comme pour 2026, une décision rapportée par RTL Today et Tageblatt.
Pour les assurés, la continuité prévaut encore
Aucune interruption du droit à consulter un médecin n’a été annoncée. Il n’existe pas davantage, à ce jour, de passage immédiat à des prix non encadrés ni de hausse publiée des dépenses restant à charge découlant de la décision de l’AMMD. Jusqu’à la fin octobre, les assurés doivent donc continuer à recourir aux procédures ordinaires de la CNS et vérifier auprès de leur prestataire tout supplément ou toute prestation particulière.
- Jusqu’à fin octobre : les conventions actuelles et leurs règles tarifaires restent en vigueur.
- À la mi-août : la médiation doit prendre fin, selon le Premier ministre.
- En septembre : le gouvernement pourrait devoir arrêter un cadre de remplacement, éventuellement par règlement.
- Ce qui demeure inconnu : les modalités précises applicables après octobre pour les tarifs, les remboursements et les réformes contestées.
Une équation budgétaire autant que sanitaire
Le conflit intervient alors que l’exécutif cherche à contenir la progression des dépenses de santé sans réduire la couverture des assurés. Le budget 2026 de la CNS souligne que l’incertitude entourant la décision sur la lettre-clé complique ses projections. Le gouvernement a aussi relié la nécessité de maîtriser les coûts de santé au ralentissement de la croissance des recettes issues des cotisations sociales.
La ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez, a formulé l’horizon que l’État dit viser : « Réunissons nos efforts afin de construire un système d’accès aux soins qui place le patient, ses besoins et ses intérêts au centre, et non l’inverse. » La question des prochaines semaines sera de savoir si cet objectif peut encore servir de terrain commun, ou si l’État devra fixer lui-même les règles appelées à remplacer l’accord qui s’achève.
Questions fréquentes
- Les patients doivent-ils payer davantage dès maintenant ?
- Non. Au 10 août 2026, aucune hausse publiée des frais à charge des patients ni modification immédiate des remboursements n’est annoncée.
- Jusqu’à quand les règles actuelles s’appliquent-elles ?
- Les accords existants entre la CNS, les médecins et les médecins-dentistes restent valables jusqu’à la fin octobre 2026.
- Que peut faire le gouvernement après la médiation ?
- Selon Luc Frieden, une décision gouvernementale pourrait être nécessaire en septembre, éventuellement par règlement grand-ducal, si aucun accord n’est trouvé.
Sources(10)
- 1After months of negotiations: AMMD will not sign new agreement with CNSRTL Today · today.rtl.lu
- 2Spending controls, not austerity measures: Health Minister Deprez outlines measures to curb CNS deficitRTL Today · today.rtl.lu
- 3New agreement on the table: CNS announces potential mediation in ongoing dispute with doctors' associationRTL Today · today.rtl.lu
- 4Luxembourg: L'AMMD refuse toujours de signer la convention avec la CNSRTL Infos · infos.rtl.lu
- 5Convention entre l'Association des médecins et médecins-dentistes et la Caisse nationale de santéGovernment of Luxembourg · gouvernement.lu
- 6"Diese Regierung ist nicht neoliberal"Government of Luxembourg · gouvernement.lu
- 7High Council for Social Security: No pay increase for doctors and dentists in 2025 or 2026RTL Today · today.rtl.lu
- 8Ärzte und Zahnärzte erhalten vorläufig nicht mehr Geld von der CNSTageblatt · tageblatt.lu
- 9Budget de l’assurance maladie-maternité 2026 – résumé analytiqueCaisse nationale de santé · cns.public.lu
- 10Membership – Procedures with the CNSAssociation des médecins et médecins-dentistes · ammd.lu
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