Assurance maladie

À la CNS, le répit comptable ne dissipe pas l’érosion de la réserve

Le déficit 2025 atteint 102,1 millions d’euros. L’exécutif mise d’abord sur 95 millions d’économies, avant un arbitrage attendu à l’automne.

Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

La Cité de la sécurité sociale au 4, rue Mercier à Luxembourg, siège de la CNS
Vue de la Cité de la sécurité sociale, au 4, rue Mercier à Luxembourg, qui abrite la CNS. Image illustrative générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Le résultat est moins mauvais qu’annoncé, mais il ne suffit pas à écarter l’alerte. Présenté le 20 juillet 2026, le rapport annuel de la Caisse nationale de santé (CNS) fait apparaître pour 2025 un déficit final du compte courant d’environ 102,1 millions d’euros. Les dépenses ont atteint 4,88 milliards d’euros, contre 4,78 milliards de recettes, alors même que le nombre d’assurés a progressé de 1,4 %, pour s’établir à près de 987 000.

Derrière ces comptes se dessine une question désormais politique : combien de temps le système pourra-t-il préserver simultanément son niveau de prestations, ses taux de remboursement et ses cotisations actuelles ? Le rapport ne s’accompagne d’aucune baisse immédiate des remboursements ni d’aucune hausse des contributions. Il confirme toutefois que les dépenses, notamment celles liées aux soins ambulatoires au Luxembourg, avancent plus vite que les ressources.

Une réserve encore solide, mais sur une pente défavorable

Le déficit définitif de 2025 se révèle inférieur aux 118,6 millions d’euros anticipés à l’automne 2025 par la CNS et l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS). Cette amélioration relative ne change pas le mouvement de fond : la réserve globale, longtemps confortable, est appelée à absorber des pertes successives.

À la fin de 2024, cette réserve s’élevait à 935,9 millions d’euros, soit 20,6 % des dépenses courantes. Les prévisions établies l’automne suivant, avant la clôture définitive des comptes, la situaient à 817,3 millions d’euros fin 2025, puis à 608,0 millions fin 2026, soit 11,7 % des dépenses projetées. Ces calculs reposaient sur des déficits de 118,6 millions d’euros en 2025 et de 209,3 millions en 2026, désormais dépassés par des données plus récentes.

Une simple soustraction du déficit final de 102,1 millions d’euros à la réserve de fin 2024 aboutit à environ 833,8 millions d’euros pour fin 2025. Ce montant demeure une estimation arithmétique : il ne constitue pas une ligne de réserve définitive publiée et vérifiée séparément.

En mai 2026, le gouvernement a révisé ses perspectives pour l’exercice en cours : 5,1889 milliards d’euros de dépenses, 5,0624 milliards de recettes et un déficit de 126,5 millions. Le déséquilibre serait donc moins marqué que les 209,3 millions initialement prévus, sans pour autant interrompre l’amenuisement du coussin financier. L’exécutif a averti que la réserve pourrait passer sous le seuil légal à la fin de 2027.

Les articles 28 à 30 du Code de la sécurité sociale imposent en effet une réserve d’au moins 10 % des dépenses annuelles. Lorsque le budget la place hors de cette limite, le taux de cotisation doit être refixé. La réserve n’est donc pas seulement un indicateur de prudence : son niveau peut finir par déclencher une décision sur le financement.

Les longues absences au cœur de la hausse

Les éléments présentés au Parlement permettent de distinguer plusieurs foyers de dépenses :

  • Les arrêts maladie de plus de 77 jours, période au-delà de laquelle la CNS supporte la charge, ont représenté 365 millions d’euros en 2025. Ils constituent le principal facteur de croissance.
  • Les médicaments et la physiothérapie figurent parmi les autres postes dont la progression pèse fortement sur les comptes.
  • Les hôpitaux restent de loin le premier poste, avec environ 1,5 milliard d’euros, mais leur évolution demeure globalement stable au regard de la croissance des recettes.
  • Le dernier rapport annuel souligne par ailleurs la forte augmentation des dépenses de soins ambulatoires réalisées au Luxembourg.

José Balanzategui, président et directeur de la CNS, récuse toutefois une lecture qui réduirait le problème à une multiplication de petits abus individuels. « Ce ne sont pas les arrêts maladie de courte durée », insiste-t-il. Le poids financier se concentre sur les absences longues, beaucoup plus coûteuses pour l’assurance maladie.

« Nous ne sommes certainement pas une banque. » — José Balanzategui, président et directeur de la Caisse nationale de santé

La formule résume la ligne défendue par l’institution : sa mission est de garantir l’accès aux soins, mais elle ne peut se borner à régler des factures sans examiner les volumes, les pratiques et les tarifs. Cette vigilance doit cependant s’exercer sans transformer mécaniquement chaque hausse de dépenses en soupçon de fraude.

L’automne comme moment de vérité

Un comité stratégique a identifié pour 95 millions d’euros de mesures potentielles. La feuille de route porte sur la réduction du gaspillage de médicaments, un meilleur encadrement des prescriptions, les analyses de laboratoire, la physiothérapie, la durée des séjours hospitaliers ainsi que des contrôles automatisés destinés à repérer les erreurs tarifaires, les abus ou les fraudes.

Le gouvernement présente cette démarche comme un effort d’efficience et de maîtrise des dépenses. Il entend attendre l’évaluation prévue à l’automne avant de décider si ce paquet suffit. Si les économies escomptées ne permettent pas d’infléchir durablement la trajectoire, une hausse des cotisations ou une participation accrue de l’État ne sont pas exclues.

Le conflit relatif à la convention entre la CNS et les médecins relève, lui, d’un dossier distinct. En l’absence de nouvel accord, le gouvernement affirme qu’un règlement grand-ducal assurera la continuité du cadre juridique. La ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez, a assuré que « les assurés ne sentiront pas la différence ».

Pour l’heure, la facture ne change donc ni pour les patients, ni pour les salariés, ni pour les employeurs. Mais le répit est conditionnel : il suppose que les 95 millions d’euros de mesures produisent un effet tangible. À défaut, l’automne ouvrira un débat plus délicat sur la répartition de l’effort entre cotisants, État et prestataires de soins.

Questions fréquentes

Quel déficit la CNS a-t-elle enregistré en 2025 ?
Le déficit final du compte courant s’élève à environ 102,1 millions d’euros, avec 4,88 milliards d’euros de dépenses et 4,78 milliards de recettes.
La réserve de la CNS est-elle déjà sous le seuil légal ?
Non. Le seuil légal correspond à 10 % des dépenses annuelles. Le gouvernement avertit toutefois que la réserve pourrait passer sous ce plancher à la fin de 2027.
Pourquoi les dépenses augmentent-elles ?
Les principaux facteurs cités sont les arrêts maladie de plus de 77 jours, les médicaments, la physiothérapie et la forte progression des soins ambulatoires au Luxembourg.
Les cotisations ou les remboursements vont-ils changer immédiatement ?
Non. Aucune hausse des cotisations ni réduction des remboursements n’a été annoncée avec le rapport annuel. Une évaluation prévue à l’automne doit déterminer si les mesures d’efficience suffisent.
Sources(12)
  1. 1Rapport annuel 2025Caisse nationale de santé · cns.public.lu
  2. 2National Health Fund closes 2025 with €102-million deficitRTL Today · today.rtl.lu
  3. 3L’exercice 2025 s’est clôturé sur un déficit de 102 millions d’eurosRTL Infos · infos.rtl.lu
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