Ferroviaire
Des bus plutôt que des trains : les CFL consacrent 2026 à un vaste renouvellement du réseau ferré
Près de 30 km de voies seront renouvelés en 2026, au prix de fermetures à chaque congé scolaire — dont cinq semaines et demie sans trains vers Thionville, l'axe vital des frontaliers français.
Par Tom Schmit · · 5 min de lecture

Le calendrier des vacances scolaires luxembourgeoises n'a jamais autant intéressé les navetteurs. Carnaval, Pâques, Pentecôte, été, Toussaint : à chacun de ces congés, en 2026, les CFL fermeront des tronçons entiers du réseau pour y mener un programme de travaux de grande ampleur — près de 30 kilomètres de voies renouvelées, plus de 50 000 traverses posées, quelque 50 000 tonnes de ballast déversées. Aucune grande ligne n'y échappera, pas même les artères transfrontalières vers Thionville, Arlon et Trèves qu'empruntent chaque jour des dizaines de milliers de travailleurs.
« Après 254 jours de travaux consacrés en 2025 à la mobilité de demain, les CFL poursuivront leur engagement en 2026 », annonce la compagnie nationale dans son communiqué de janvier. Le programme touche les quatre grands axes du pays : la ligne du Nord vers Ettelbruck, Troisvierges et Gouvy, celle de Wasserbillig et Trèves, celle de Kleinbettingen et Arlon, et les lignes du bassin sidérurgique vers Esch-sur-Alzette et Rodange. Il inaugure surtout la première année d'un nouveau contrat de gestion de l'infrastructure entre l'État et les CFL : 4,7 milliards d'euros sur quinze ans, signé en décembre 2025.
Un chantier réglé sur le rythme des congés scolaires
Le choix des dates ne doit rien au hasard : les vacances sont, expliquent les CFL, la seule période où la fréquentation baisse et où suffisamment d'autocars peuvent être mobilisés pour remplacer les trains. Les principales interruptions annoncées :
- Carnaval (14–22 février) : Luxembourg–Arlon et Luxembourg–Bettembourg.
- Pâques (28 mars–12 avril) : Luxembourg–Arlon, Luxembourg–Ettelbruck/Diekirch, Bettembourg–Esch-sur-Alzette, ainsi que les antennes d'Audun-le-Tiche et de Rumelange.
- Pentecôte (23–31 mai) : Luxembourg–Arlon, Luxembourg–Ettelbruck/Diekirch et Luxembourg–Bettembourg.
- Été (16 juillet–14 septembre) : Luxembourg–Thionville du 16 juillet au 23 août ; Luxembourg–Bettembourg du 16 juillet au 14 août ; Luxembourg–Esch-sur-Alzette et Noertzange–Rumelange du 15 au 23 août ; la ligne du Nord (Ettelbruck–Troisvierges–Gouvy), l'antenne de Wiltz et le corridor de Trèves au-delà de Wasserbillig du 24 août au 14 septembre.
- Toussaint (31 octobre–8 novembre) : Luxembourg–Bertrange-Strassen, Luxembourg–Athus/Longwy et Luxembourg–Ettelbruck/Diekirch.
À chaque coupure, des bus de substitution prendront le relais, coordonnés avec les réseaux RGTR et TICE ainsi qu'avec la SNCB belge. Au plus fort de l'été, quelque 200 conducteurs assureront près d'un millier de trajets quotidiens ; le détail figure dans le calendrier des travaux publié sur cfl.lu et dans l'application CFL.
Frontaliers : l'épreuve de l'été
C'est au sud que la coupure pèsera le plus lourd. Le STATEC recense environ 228 300 frontaliers — près de la moitié de la main-d'œuvre du pays —, dont à peu près la moitié vient de France, le reste se partageant entre la Belgique et l'Allemagne. La fermeture de cinq semaines et demie de l'axe Luxembourg–Thionville, du 16 juillet au 23 août, constitue de loin le point le plus sensible du programme. La ligne d'Arlon, elle, subira des interruptions répétées — Carnaval, Pâques, Pentecôte, puis de courtes coupures début juillet avec des horaires adaptés jusqu'en août —, tandis que la route de Trèves fermera de fin août à la mi-septembre.
Paradoxe assumé : une bonne part de ces désagréments sert précisément à désengorger les corridors frontaliers. Pièce maîtresse du dispositif, la nouvelle ligne de sept kilomètres entre Luxembourg et Bettembourg — 414 millions d'euros, selon Paperjam — séparera à terme les trafics intérieur, français et de fret sur l'accès le plus saturé du réseau ; caténaires et signalisation seront installées en 2026, pour une mise en service complète en septembre 2027. À Howald, un pôle d'échange reliant rail et tram doit être achevé cette année, portant de deux à quatre voies l'entrée sud de la capitale. La gare de Bettembourg, deuxième du pays par la fréquentation, est reconstruite, avec un second saut-de-mouton ; celle d'Ettelbruck reçoit ses finitions, et les passages à niveau de Dommeldange, de Milbech (fin juillet 2026) et de Colmar-Usines disparaissent.
Quinze ans, 4,7 milliards d'euros, 68 gares
Le programme 2026 est le premier volet du contrat de gestion de l'infrastructure signé le 12 décembre 2025 par la ministre de la Mobilité Yuriko Backes, le président du conseil d'administration des CFL Jeannot Waringo et le directeur général Marc Wengler. Il engage 4,7 milliards d'euros de 2026 à 2040 pour le réseau national, les installations ferroviaires du port de Mertert et 68 gares et arrêts — dont deux en territoire français, Audun-le-Tiche et Volmerange-les-Mines. Y figurent notamment le réaménagement de la gare de Luxembourg, la ligne Luxembourg–Bettembourg, des pôles multimodaux et le renouvellement du parc d'engins de maintenance. « Le gouvernement tient l'engagement pris dans l'accord de coalition : investir de manière significative et ambitieuse dans les infrastructures et les ressources humaines afin de garantir un réseau ferroviaire moderne, accessible et fiable », a déclaré la ministre.
Grâce à ce vote de confiance renouvelé du gouvernement – le contrat de gestion de l'infrastructure ferroviaire –, nous disposons désormais du cadre, de la visibilité et des moyens nécessaires pour ancrer le rail comme colonne vertébrale de la mobilité publique au Luxembourg et dans les régions voisines.
— Marc Wengler, directeur général des CFL
L'effort prolonge une singularité luxembourgeoise. Les comparaisons de l'alliance allemande Allianz pro Schiene placent régulièrement le Grand-Duché en tête d'Europe pour l'investissement ferroviaire par habitant : 587 euros en 2024, devant la Suisse (480 euros) et l'Autriche (352 euros). Autre singularité, mondiale celle-là : depuis le 29 février 2020, l'ensemble des transports publics est gratuit sur le territoire national — une première mondiale —, même si les tronçons transfrontaliers vers la France, la Belgique et l'Allemagne restent payants.
Derrière la gêne, une question de capacité. La fréquentation a plus que doublé en une vingtaine d'années, indiquent les CFL, et plus d'un millier de trains de voyageurs et de fret circulent désormais chaque jour sur ce réseau compact, poussé aux limites de ce que l'infrastructure existante peut absorber. Pour les usagers, 2026 sera l'année des autocars, des horaires adaptés et des trajets rallongés. Le pari, chiffré à 4,7 milliards d'euros, est que le réseau qui en sortira — nouvelle ligne de Bettembourg, entrée sud à quatre voies, gares reconstruites — vaudra cette patience.
Questions fréquentes
- Quelles lignes seront fermées pendant l'été 2026 ?
- Luxembourg–Thionville du 16 juillet au 23 août ; Luxembourg–Bettembourg du 16 juillet au 14 août ; Luxembourg–Esch-sur-Alzette et Noertzange–Rumelange du 15 au 23 août ; Bettembourg–Volmerange-les-Mines du 16 au 31 juillet et du 15 au 30 août ; la ligne du Nord (Ettelbruck–Troisvierges–Gouvy), l'antenne de Wiltz et le corridor de Trèves du 24 août au 14 septembre.
- Comment se déplacer pendant les fermetures ?
- Les CFL mettent en place des bus de substitution coordonnés avec le RGTR, le TICE et la SNCB belge — près de 1 000 trajets quotidiens cet été. Le calendrier détaillé des travaux est publié sur cfl.lu et dans l'application CFL.
- Pourquoi les travaux ont-ils lieu pendant les vacances scolaires ?
- Selon les CFL, c'est la seule période où la fréquentation diminue et où suffisamment d'autocars sont disponibles pour remplacer les trains.
- Le transport public reste-t-il gratuit pendant les travaux ?
- Oui : les transports publics sont gratuits sur le territoire luxembourgeois depuis le 29 février 2020, une première mondiale. Les tronçons transfrontaliers vers la France, la Belgique et l'Allemagne restent en revanche payants.
Sources(14)
- 1Nous travaillons pour votre mobilité de demain (2026 works programme)CFL · cfl.lu
- 2Les CFL prévoient de nombreuses interruptions ferroviaires en 2026Paperjam · paperjam.lu
- 3CFL annonce des travaux majeurs sur les voies ferrées au Luxembourg en 2026L'essentiel · lessentiel.lu
- 4Travaux d'infrastructure en 2026 : une nouvelle année d'engagement des CFLInfogreen (CFL press release) · infogreen.lu
- 5Luxembourg Confirms Long-Term Investment Framework for Railway InfrastructureChronicle.lu · chronicle.lu
- 6L'État et les CFL renouvellent leurs engagements en faveur d'infrastructures ferroviairesGouvernement du Luxembourg · gouvernement.lu
- 7Key questions about the CFL worksCFL Blog · blogcfl.lu
- 8Germany's rail investment reaches record levels, lags behind neighbours (Allianz pro Schiene data)Clean Energy Wire · cleanenergywire.org
- 9Per capita investment in rail infrastructure in Europe (Allianz pro Schiene data)Statista · statista.com
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- 14Government renews CFL rail infrastructure managementPaperjam (English) · en.paperjam.lu



