Nucléaire et climat

À Cattenom, aucun arrêt du réacteur 1 lié à la sécheresse n’est confirmé

L’arrêt supposé du réacteur 1 pour manque d’eau ne trouve pas de confirmation. Les règles de refroidissement de la Moselle, elles, sont précises — et la pression climatique bien réelle.

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Les quatre tours aéroréfrigérantes de la centrale nucléaire de Cattenom au bord de la Moselle, en France.
Illustration générée par IA montrant les quatre tours aéroréfrigérantes et le cadre mosellan de la centrale nucléaire de Cattenom, en France. Illustration générée par IA — Status

Entre la sécheresse qui frappe le Luxembourg et la proximité de la centrale de Cattenom, l’hypothèse paraît plausible. Elle n’en devient pas un fait pour autant. Au 10 août, aucun avis d’EDF, de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), du gestionnaire français du réseau électrique, ni deux enquêtes de presse indépendantes ne permet de confirmer l’arrêt du réacteur 1 pour cause de bas niveau de la Moselle. Ni la cause technique, ni la durée d’une éventuelle indisponibilité, ni une date de redémarrage, ni une contrainte associée sur les autres unités du site ne sont établies.

Cette réserve n’a rien de formel. À quelques dizaines de kilomètres du Luxembourg, un arrêt lié à la sécheresse constituerait un événement transfrontalier important. Mais l’intérêt public commande de distinguer ce qui est documenté de ce qui ne l’est pas. Or les éléments vérifiables décrivent une centrale soumise à des règles hydrologiques strictes et un été de fortes tensions sur le parc nucléaire français, sans démontrer l’arrêt allégué à Cattenom.

Fin juin, Cattenom devait rester disponible

La canicule de la fin juin 2026 a bien réduit les marges du système électrique français. Le 26 juin, AFP rapportait qu’EDF évaluait à l’équivalent de 8,7 % de la capacité nucléaire installée française la production temporairement retirée en raison de la chaleur. Des réacteurs avaient été arrêtés à Bugey, Nogent-sur-Seine et Golfech, tandis que d’autres voyaient leur puissance réduite.

Cattenom n’apparaissait pas dans cette liste d’arrêts. Au contraire, RTE avait demandé à EDF de maintenir le site disponible du 27 au 28 juin, pour une période déterminée de vingt-quatre heures. Euronews, s’appuyant sur EDF et RTE, a lui aussi fait état des arrêts motivés par l’environnement à Bugey, Nogent-sur-Seine et Golfech, tout en rapportant que la France disposait de capacités suffisantes.

L’enjeu n’était pas une défaillance ordinaire : les centrales qui utilisent l’eau des fleuves doivent limiter la chaleur restituée au milieu naturel, afin de préserver les écosystèmes aquatiques. À ce moment-là, le directeur des installations nucléaires de l’ASNR, Rémy Catteau, écartait toute demande de dérogation environnementale.

« On est encore loin d’une demande de dérogation. » — Rémy Catteau, directeur des installations nucléaires, ASNR

Ce constat ne renseigne évidemment pas sur chacun des jours suivants. Il suffit toutefois à rappeler qu’un récit d’arrêt du réacteur 1 doit reposer sur des éléments plus solides que le seul contexte régional de sécheresse. À partir du dossier vérifié, aucune perte actuelle de production de Cattenom, aucune limitation en cascade de ses autres réacteurs et aucune conséquence chiffrable pour l’approvisionnement électrique luxembourgeois ne peuvent être affirmées de manière responsable.

La Moselle fixe une limite, la centrale dispose de marges

La vulnérabilité physique, elle, n’est pas théorique. Le guide environnemental d’EDF et une réponse parlementaire luxembourgeoise publiée rappellent le cadre normal d’exploitation de Cattenom : entre le prélèvement et le rejet, la Moselle ne peut pas être réchauffée de plus de 1,5 °C, et le seuil de température pertinent est fixé à 28 °C.

La réponse conjointe des ministres Serge Wilmes et Martine Deprez fournit un précédent précis. Le 2 juillet 2025, la station de mesure de Palzem, en Allemagne, avait relevé 28 °C dans la Moselle. Aucun réacteur de Cattenom n’avait alors été arrêté : deux unités fonctionnaient, tandis que deux autres étaient déjà en maintenance. Le Quotidien a rapporté indépendamment le même bilan officiel.

Le dispositif prévu avant toute réduction liée à la chaleur repose sur plusieurs niveaux :

  • la retenue du Mirgenbach peut apporter, pour une durée limitée, un soutien au refroidissement lorsque la température du fleuve augmente ;
  • le lac de Pierre-Percée, en Meurthe-et-Moselle, peut compenser les prélèvements et soutenir le débit de la Moselle durant les périodes de basses eaux ;
  • si ces deux ressources ne suffisent plus à garantir l’eau nécessaire au refroidissement, la centrale doit réduire sa puissance et peut être arrêtée lors des pics de chaleur.
« Au cas où ni la retenue du Mirgenbach, ni le lac de Pierre-Percée ne permettent de garantir l’apport en eau nécessaire au refroidissement de la centrale nucléaire de Cattenom, celle-ci devra réduire sa puissance [...] voire, être arrêtée pendant les pics de chaleur. » — Serge Wilmes et Martine Deprez, ministres luxembourgeois de l’Environnement et de la Santé, réponse parlementaire conjointe

Ces mécanismes de sauvegarde ne prouvent donc pas qu’ils ont été sollicités à leur limite cet été ; ils décrivent la séquence opérationnelle applicable si les conditions hydrologiques se dégradent suffisamment.

La sécheresse luxembourgeoise n’a pas placé la Moselle dans le même régime

Le 8 juillet 2026, le ministère luxembourgeois de l’Environnement indiquait que l’exceptionnelle sécheresse avait amené les débits de la plupart des cours d’eau du pays à leur niveau moyen d’étiage, ou au-dessous. Les autorisations de prélèvement d’eau de surface ont été suspendues pour une durée indéterminée afin de protéger les écosystèmes. La Moselle en était expressément exemptée, au regard des débits observés et de ses conditions hydrologiques propres.

Cette exception ne vaut pas assurance pour l’avenir. Le ministère rappelait qu’une eau plus chaude contient moins d’oxygène dissous et absorbe moins bien les polluants. La réponse parlementaire relevait également que l’augmentation de la température de la Moselle et la diminution de son débit durant les sécheresses ne pouvaient être exclues avec le changement climatique.

Pour le Luxembourg, l’exigence de preuve est transfrontalière

Cattenom n’est pas, pour le Luxembourg, une installation industrielle française lointaine. Les 4 et 5 juin, le pays a participé à l’exercice français Cattenom 2026 de sûreté nucléaire et de protection civile, associant autorités françaises, luxembourgeoises et allemandes. Cette simulation d’urgence devait éprouver les procédures d’alerte, de coordination et d’information du public.

La chaleur et les bas débits donnent une portée concrète à cette coopération : ils peuvent simultanément contraindre une grande centrale et fragiliser l’écosystème d’un fleuve partagé. Il faut donc prendre le risque climatique au sérieux, sans transformer une possibilité réglementaire en incident avéré. Cattenom possède une vulnérabilité réelle face au stress hydrique et des réponses prévues pour y faire face. Au 10 août, l’arrêt du réacteur 1 pour cause de sécheresse demeure, lui, non vérifié.

Questions fréquentes

L’arrêt du réacteur 1 de Cattenom est-il confirmé ?
Non. Au 10 août 2026, aucune source officielle ou indépendante vérifiée ne confirme un arrêt dû au faible niveau de la Moselle.
Quelles limites environnementales s’appliquent à Cattenom ?
La Moselle ne peut être réchauffée de plus de 1,5 °C entre le prélèvement et le rejet, et le seuil de température pertinent est de 28 °C.
Que se passe-t-il si l’eau manque pour refroidir la centrale ?
La centrale peut recourir de façon limitée aux réserves de Mirgenbach et de Pierre-Percée ; si elles ne suffisent pas, elle doit réduire sa puissance, voire s’arrêter pendant les pics de chaleur.
Sources(7)
  1. 1EDF chiffre à 8,7% l’impact des fortes chaleurs sur le nucléaireAFP / Connaissance des Énergies · connaissancedesenergies.org
  2. 2France heatwave: Rising river temperatures trigger shutdown of nuclear reactorsEuronews / AP · euronews.com
  3. 3Compte rendu officiel n° 41, 2023-2028: Question 2654, Impact de la centrale de Cattenom sur la Moselle en période de chaleurChambre des Députés du Grand-Duché de Luxembourg · chd.lu
  4. 4Réchauffement de la Moselle : comment la centrale nucléaire de Cattenom s'adapte?Le Quotidien · lequotidien.lu
  5. 5Sécheresse: interdiction temporaire des prélèvements d’eau dans les cours d’eau − à l’exception de la MoselleLuxembourg Ministry of the Environment, Climate and Biodiversity · environnement.public.lu
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