ÉNERGIE

Les appels d’offres solaires pour entreprises dépendent désormais des raccordements

Les appels d’offres clos en 2025 ont mobilisé 20 millions d’euros et 45 MW de soutien. Leur effet concret dépend désormais des raccordements.

Par · · 5 min de lecture

Installation photovoltaïque commerciale sur toiture avec équipements de batteries au Luxembourg
Illustration générée par IA d’une installation photovoltaïque commerciale en toiture avec équipements de batteries au Luxembourg. Illustration générée par IA — Status

Le financement est acquis sur le papier, mais l’électricité ne circule pas encore. Les deux appels d’offres photovoltaïques destinés aux entreprises, lancés au Luxembourg le 19 juillet 2025, sont désormais clos : l’un mettait à disposition 20 millions d’euros d’aides à l’investissement, l’autre proposait 45 MW de capacité soutenue par une prime de marché sur quinze ans. La question n’est donc plus celle de l’intention publique, mais de la capacité des projets retenus à franchir les étapes du permis, du financement et, surtout, du raccordement.

Les échéances sont passées : le 17 octobre 2025 pour l’aide à l’investissement, le 28 novembre 2025 pour l’aide au fonctionnement. Ces deux dispositifs ne formaient pas un paquet unique de 65 millions d’euros. Le premier devait subventionner le capital investi une fois l’installation sélectionnée mise en service ; le second devait rémunérer, pendant quinze ans, l’électricité produite puis injectée dans le réseau par les producteurs retenus. Le gouvernement et pv magazine ont rapporté séparément les modalités et catégories de ces appels.

« L'accélération du développement des énergies renouvelables est une des priorités du gouvernement et le photovoltaïque a une importance croissante dans ce contexte. » — Lex Delles, ministre luxembourgeois de l’Économie, des PME, de l’Énergie et du Tourisme

Pour les entreprises, cette architecture dessine deux logiques économiques distinctes. Une usine, un entrepôt logistique ou un propriétaire d’immeuble commercial dont la consommation est forte en journée peut d’abord rechercher l’autoconsommation. Un projet orienté vers la vente de courant au réseau devra, lui, conjuguer une offre de prime crédible et une voie de raccordement certaine. Dans les deux cas, le soutien public réduit un risque financier ; il ne crée pas à lui seul la place nécessaire sur le système électrique.

Deux mécanismes, des usages très différents

Le quatrième appel à l’aide à l’investissement disposait d’une enveloppe de 20 millions d’euros, répartie entre trois lots. Il visait les installations de plus de 30 kWp sur toitures conventionnelles ou sur des terrains situés dans des zones d’activité économique, jusqu’à 3 MWp. Les projets sur toitures légères et façades pouvaient atteindre 2 MWp, tandis que les ombrières de parking pouvaient aller jusqu’à 3 MWp.

Chaque lot distinguait les projets dotés de batteries de ceux qui n’en comportaient pas. Ces sous-lots avec stockage, assortis d’une aide plus élevée, constituaient une reconnaissance du surcoût des batteries et une incitation à mieux employer localement l’électricité produite. L’enveloppe de 20 millions d’euros ne correspondait toutefois à aucun objectif agrégé exprimé en MW.

Le septième appel à l’aide au fonctionnement affichait, à l’inverse, un volume de puissance : 45 MW répartis sur quatre lots. Il concernait des installations sur sites industriels, de 500 kWp à 20 MWp, des toitures de bâtiments, des systèmes innovants de façades et de toitures légères, ainsi que des ombrières et installations sur bassins d’eau. La plupart de ces dernières catégories étaient subdivisées entre une tranche de 200 à 500 kWp et des projets de taille supérieure. Les installations sélectionnées devaient bénéficier de contrats de prime de marché de quinze ans, fondés sur l’électricité produite et injectée dans le réseau.

  • Aide à l’investissement : 20 millions d’euros, sans cible globale publiée en MW.
  • Aide au fonctionnement : 45 MW proposés par contrats de prime de marché sur quinze ans.
  • Installations concernées : terrains industriels, toitures classiques ou légères, façades, ombrières de parking et, pour l’aide au fonctionnement, bassins d’eau.
  • Stockage : des sous-lots dédiés associaient photovoltaïque et batteries dans l’appel à l’investissement.

Le raccordement comme juge de paix

Les volumes annoncés ne doivent pas être confondus avec des centrales déjà construites. Le plan de développement du réseau de distribution de Creos pour 2025-2035, publié en 2026 et fondé sur des données de juillet 2025, donne la mesure de l’enjeu : 641 MW de photovoltaïque étaient installés, 558 MW supplémentaires autorisés et 267 MW de capacité photovoltaïque retardés dans l’attente d’un renforcement ou d’une extension du réseau. Ces projets retardés ne pourront obtenir leur autorisation de raccordement qu’après ces travaux.

L’Agence internationale de l’énergie parvient à un constat analogue dans son examen 2026 du Luxembourg : les demandes de raccordement solaire avaient dépassé les niveaux visés par le plan national intégré en matière d’énergie et de climat pour 2030, et la contrainte de capacité avait conduit à différer des demandes. Dans son analyse, l’AIE recommande d’accorder davantage de poids à la viabilité des projets, afin que des propositions encore peu mûres ne retardent pas des investissements plus avancés.

Creos ne présente pas une capacité insuffisante sur sa carte comme un refus automatique. Une étude formelle peut mettre au jour une optimisation ou un renforcement possible du réseau. Les réservations de capacité peuvent par ailleurs expirer. Mais, pour les projets importants, l’opérateur précise qu’une réservation est nécessaire avant la construction si le développeur veut s’assurer d’un raccordement. Le passage d’une aide attribuée à une production effective sera donc affaire de lieu, de calendrier et de capacité disponible.

Une promesse industrielle, pas une baisse immédiate des factures

Ces appels d’offres sont des instruments de soutien aux entreprises, non des mesures directes de diminution des factures des ménages. Une société peut réduire son exposition aux achats d’électricité si elle consomme sa production sur place ; une prime de marché peut sécuriser l’investissement dans une centrale exportatrice. Mais les économies dépendront de la livraison effective des projets, des conditions d’autoconsommation ou d’exportation et du moment où le raccordement deviendra possible.

L’AIE rappelle que la production nationale d’électricité du Luxembourg ne couvre qu’environ un cinquième de la demande, alors même que les renouvelables représentent presque toute cette production domestique. Renforcer les connexions permettant d’accueillir les capacités renouvelables locales relève ainsi aussi de la résilience. Comme le souligne Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie : « À l’heure où les préoccupations relatives à la sécurité énergétique et à la résilience resurgissent, le Luxembourg montre comment la coopération régionale, l’innovation et la numérisation peuvent contribuer à bâtir un système énergétique plus solide et plus flexible. »

La place accordée aux batteries et à la flexibilité traduit une tentative de mieux articuler production solaire et usages locaux, notamment derrière le compteur. Reste l’épreuve décisive : l’aide financière peut accélérer l’émergence des projets, mais le renforcement du réseau et la crédibilité de la procédure de raccordement diront quelle part de ce portefeuille deviendra réellement du solaire luxembourgeois en exploitation.

Questions fréquentes

Les 45 MW sont-ils déjà installés au Luxembourg ?
Non. Les 45 MW correspondaient à la capacité mise en appel d’offres pour l’aide au fonctionnement, et non à une puissance déjà mise en service.
Pourquoi le réseau est-il déterminant pour ces projets ?
Un projet soutenu doit encore obtenir son raccordement. Creos recensait 267 MW de capacité photovoltaïque retardés en attente de renforcement ou d’extension du réseau.
Les aides profiteront-elles directement aux ménages ?
Non. Il s’agit de mécanismes de soutien aux entreprises. Les effets sur les coûts dépendent de la réalisation des projets, de l’autoconsommation ou de l’exportation, et du calendrier de raccordement.
Sources(5)
  1. 1Lancement de deux nouveaux appels d'offres auprès des entreprises pour stimuler la production d'électricité à partir de centrales photovoltaïquesThe Luxembourg Government / Ministry of the Economy · gouvernement.lu
  2. 2Luxemburg öffnet zwei weitere Photovoltaik-Ausschreibungenpv magazine Deutschland · pv-magazine.de
  3. 3Distribution Network Development Plan 2025-2035Creos Luxembourg · creos-net.lu
  4. 4Luxembourg 2026: Energy Policy ReviewInternational Energy Agency · iea.org
  5. 5Luxembourg can enhance energy security and expand emissions reductions through integrated planning and targeted actionInternational Energy Agency · iea.org

naviguerouvrirescfermer