Émissions
Climat : les émissions du Luxembourg reculent de 4,05 % en 2024
Le recul officiel atteint 4,05 %, et non 3,5 %. Mais ce résultat mêle mutations structurelles, énergie chère et faible croissance, tandis que plusieurs secteurs dépassent leurs allocations.
Par Camille Reuter · · 5 min de lecture
À première vue, 2024 ressemble à une bonne année pour le climat luxembourgeois. À y regarder de plus près, le bilan est moins simple : il juxtapose plusieurs périmètres statistiques, des progrès réels et des fragilités persistantes. Surtout, aucune source faisant autorité parmi celles examinées ne permet de retenir une baisse de 3,5 % des émissions nationales totales.
Le dernier inventaire national, transmis à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en avril 2026, évalue les émissions de l’année 2024 à 7,497 millions de tonnes d’équivalent CO2, hors utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie. Le recul atteint 4,05 % par rapport à 2023. Le CO2 seul diminue de 4,36 %, tandis que les gaz à effet de serre liés à l’énergie baissent de 3,33 %.
Une estimation antérieure, limitée aux secteurs relevant de la loi luxembourgeoise sur le climat et du règlement européen sur la répartition de l’effort, aboutissait à un autre résultat : 6,77994 millions de tonnes, soit une baisse de 1,5 %. La Commission européenne, dans sa propre approximation, a calculé un recul de 1,4 % pour ces mêmes émissions dites « ESR ».
Des chiffres justes, mais pour des réalités différentes
L’écart ne tient pas à une contradiction entre administrations, mais à la définition de ce qui est mesuré. L’inventaire définitif constitue le compte territorial le plus large. Il suit les règles de la CCNUCC et emploie les potentiels de réchauffement global du cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat afin de convertir les différents gaz dans une même unité.
Le bilan provisoire établi au titre de la loi sur le climat retranche, pour sa part, les installations couvertes par le système européen d’échange de quotas d’émission ainsi que l’aviation. Dès lors, ni le recul de 4,05 % de l’inventaire complet, ni celui de 1,5 % du périmètre national, ni les 3,33 % des émissions énergétiques ne justifient de présenter 3,5 % comme la baisse des émissions nationales totales.
La ventilation provisoire permet néanmoins de saisir la dynamique des secteurs directement concernés par l’objectif de 2030 :
- les transports, qui représentaient environ 59 % des émissions relevant du partage de l’effort, ont reculé de 1,4 % ;
- les bâtiments ont enregistré une diminution comprise entre 3,0 % et 3,3 % ;
- la petite industrie a baissé d’environ 1,5 % ;
- l’agriculture a, au contraire, augmenté d’environ 3 %.
Cette diversité interdit de lire l’année à travers un taux unique. Elle montre aussi que la baisse globale n’efface pas les mouvements contraires qui se produisent sous la surface.
La route, cœur du problème et principal levier
Avec 3,91 millions de tonnes, le transport routier demeure le poste décisif de l’inventaire définitif. Sur ce total, 2,34 millions de tonnes, soit exactement 59,91 % des émissions routières, sont associées aux carburants vendus aux véhicules de non-résidents qui se rendent au Luxembourg pour travailler ou ne font que le traverser.
La comptabilité territoriale rattache ces émissions au pays où le carburant est vendu. Cette particularité donne au trafic routier un poids considérable dans le bilan luxembourgeois, sans rendre sa diminution moins nécessaire. La baisse des ventes de carburants et l’électrification du parc signalent déjà une évolution structurelle. « C’est pourquoi le Luxembourg doit rester fermement engagé sur la voie de l’électrification », souligne Lex Delles, ministre luxembourgeois de l’Économie, des PME, de l’Énergie et du Tourisme.
Le chauffage offre un tableau tout aussi nuancé. Selon le STATEC, l’effet de la météo sur le chauffage au gaz des ménages a été globalement neutre pendant les dix premiers mois de 2024. Les livraisons de mazout ont diminué d’environ 10 %, ce qui concorde avec la disparition progressive des chaudières au fioul. La consommation de gaz a cependant rebondi d’environ 5 %, presque entièrement dans l’industrie couverte par le système européen d’échange de quotas.
Une partie de l’amélioration paraît donc durable : moins de carburants vendus, davantage d’électrification et remplacement des chauffages au mazout. Une autre partie dépend d’une conjoncture moins favorable à la consommation d’énergie. Les prix sont restés élevés, les comportements d’économie ont persisté et le PIB réel n’a progressé que de 0,4 % en 2024.
Un budget respecté ne garantit pas l’arrivée
Dans le périmètre de la loi climat, les émissions de 2024 se situaient 33 % sous leur niveau de 2005. L’objectif national contraignant impose pourtant une réduction de 55 % d’ici à 2030, plus ambitieuse que la cible européenne de 50 % fixée au Luxembourg dans le cadre du partage de l’effort.
Le pays a fait mieux que son allocation nationale globale pour 2024, avec une marge de 2,75 %. Ce résultat agrégé masque toutefois plusieurs dépassements : la petite industrie se trouvait 38,5 % au-dessus de son allocation sectorielle, les bâtiments 11,6 % au-dessus et les déchets 9,2 % au-dessus. Les transports étaient en revanche 10,9 % sous leur enveloppe et l’agriculture 0,8 % sous la sienne.
« À mesure que le pays avance, une planification intégrée et des mesures ciblées dans les transports et les bâtiments seront essentielles pour atteindre ses objectifs. » — Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie
L’enjeu consiste désormais à transformer une baisse favorisée en partie par l’énergie chère et la faible croissance en mouvement durable. Le remplacement des équipements fossiles et l’électrification dessinent cette transition, mais les écarts sectoriels rappellent son caractère inachevé. Comme le résume Serge Wilmes, ministre luxembourgeois de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité : « Une politique climatique crédible repose sur un principe clair : assurer une transition écologique qui inclut l’ensemble de la population. » La portée du bilan de 2024 se jugera donc moins à un pourcentage isolé qu’à la capacité de maintenir le recul des émissions lorsque l’activité et la demande d’énergie repartiront.
Questions fréquentes
- De combien les émissions luxembourgeoises ont-elles baissé en 2024 ?
- L’inventaire national définitif indique une baisse de 4,05 % par rapport à 2023, à 7,497 millions de tonnes d’équivalent CO2 hors utilisation des terres et foresterie.
- Pourquoi l’estimation provisoire ne montre-t-elle qu’un recul de 1,5 % ?
- Elle porte sur un périmètre plus étroit, celui de la loi climat et du règlement européen sur la répartition de l’effort, qui exclut notamment les installations soumises au marché européen du carbone et l’aviation.
- Le Luxembourg est-il sur la trajectoire de son objectif pour 2030 ?
- Le niveau estimé en 2024 était inférieur de 33 % à celui de 2005, alors que l’objectif national contraignant exige une réduction de 55 % d’ici à 2030. Plusieurs secteurs dépassaient en outre leur allocation annuelle.
- Quelle part des émissions routières est liée aux véhicules de non-résidents ?
- L’inventaire attribue 2,34 millions de tonnes, soit 59,91 % des émissions routières, aux carburants vendus aux véhicules de navetteurs et de transit non résidents.
Sources(11)
- 1Luxembourg’s National Inventory Document 2026UNFCCC · unfccc.int
- 2Bilan provisoire des émissions de gaz à effet de serre de l’année 2024Luxembourg Environment Portal · environnement.public.lu
- 3Climate Action Progress Report 2025: LuxembourgEuropean Commission · climate.ec.europa.eu
- 4Luxembourg can enhance energy security and expand emissions reductions through integrated planning and targeted actionInternational Energy Agency · iea.org
- 5Executive summary – Luxembourg 2026International Energy Agency · iea.org
- 6Managing the green transition: OECD Economic Surveys — Luxembourg 2025OECD · oecd.org
- 7Conjoncture Flash September 2025: A moderate recoverySTATEC · statistiques.public.lu
- 8Énergie et émissions — Note de conjoncture 2-2024STATEC · statistiques.public.lu
- 9Conjoncture Flash March 2026: Growth remains weak in 2025… and fears loom for 2026STATEC · statistiques.public.lu
- 10Pour une transition climatique juste: présentation du Plan social pour le climatLuxembourg Government · meco.gouvernement.lu
- 11Q8 takes over the Berchem service area in LuxembourgLuxembourg Times · luxtimes.lu
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