Protection sociale
Assurance dépendance : l’excédent recule à 48,3 millions d’euros en 2025
Les comptes 2025 restent solides, mais la progression plus rapide des dépenses et l’horizon limité des prévisions invitent à regarder au-delà des réserves.
Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Un compte annuel bénéficiaire ne suffit pas à garantir la pérennité d’un système social. Celui de l’assurance dépendance luxembourgeoise donne précisément cette double lecture : sa situation immédiate demeure robuste, mais la dynamique des dépenses réduit progressivement la marge disponible pour absorber les besoins futurs.
Le conseil d’administration de la Caisse nationale de santé (CNS) a examiné, le 15 juillet 2026, les comptes clôturés de l’exercice 2025. Ils font apparaître 1,13 milliard d’euros de recettes courantes, 1,08 milliard de dépenses courantes et un excédent des opérations courantes de 48,3 millions. Le résultat reste confortable, mais recule nettement par rapport aux 80,7 millions enregistrés en 2024. La CNS, gestionnaire de l’assurance dépendance, en retient que « Le décompte de l’exercice 2025 confirme à court terme la solidité de la situation financière de l’assurance dépendance. »
Un coussin de 610 millions face au différentiel de croissance
L’exercice s’est achevé sur une performance supérieure aux anticipations. Le budget initial tablait sur un excédent de 34,3 millions d’euros, avant qu’une estimation ultérieure ne le porte à 40,1 millions. La réserve globale atteignait 610,1 millions à la fin de 2025, soit 56,4 % des dépenses courantes annuelles. Elle se composait de la réserve minimale légale de 108,2 millions et de 501,9 millions de réserves excédentaires accumulées.
Cette assise protège le régime à court terme, sans corriger l’écart entre la progression de ses ressources et celle de ses charges. Le budget 2026 de la CNS prévoit une hausse des dépenses courantes de 5,0 %, contre 3,8 % pour les recettes. L’excédent devrait ainsi se contracter une nouvelle fois, à 27,7 millions d’euros.
La prévision repose sur une croissance de l’emploi de 1,5 %, une augmentation de 1,87 % de l’échelle mobile des salaires et une progression de 0,8 % du revenu cotisable moyen. Du côté des prestations, elle retient une hausse de 4,7 % du nombre de bénéficiaires pris en charge à domicile et de 1,9 % de celui des bénéficiaires accueillis en établissement.
« Toutefois, il convient de ne pas sous-estimer les besoins futurs de notre population protégée. » — José Balanzategui, président du conseil d’administration de la CNS
Le financement repose principalement sur une contribution de 1,4 % à la charge des assurés et sur une participation de l’État équivalant à 40 % des dépenses totales, auxquelles s’ajoute une contribution du secteur de l’énergie. Dans cette architecture, un ralentissement de l’emploi ou des revenus cotisables peut peser sur les recettes au moment même où le vieillissement, les maladies chroniques et l’augmentation du nombre de bénéficiaires renforcent la demande.
Les projections s’arrêtent avant de trancher
Les documents publics disponibles ne permettent pas de fixer une première année de déficit. Le budget 2025 décrivait le régime comme stable jusqu’en 2028. La prévision publique plus récente ne va, elle, que jusqu’en 2026 et se termine encore par un solde positif. Affirmer que le déficit commencerait au cours d’une année ultérieure précise dépasserait donc les éléments vérifiés.
La brièveté de cet horizon ne rend pas moins visibles les tensions structurelles. Les données de l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) montrent que la population dépendante a récemment progressé plus vite que la population protégée. En 2024, 68 % des bénéficiaires vivaient à domicile. Or cette forme de prise en charge, en développement rapide, mobilise une main-d’œuvre importante.
Dans son analyse prévisionnelle de 2025, l’IGSS relève que les prestataires ne disposent pas toujours d’un nombre suffisant de salariés en équivalent temps plein pour assurer toutes les heures représentées par les forfaits existants. Les représentants des prestataires et des documents gouvernementaux signalent également des pénuries ainsi qu’un recours excessif à du personnel plus qualifié pour certaines tâches essentielles. À ces contraintes s’ajoutent les prix négociés avec les prestataires et les besoins croissants en effectifs.
- Excédent courant en 2025 : 48,3 millions d’euros, contre 80,7 millions en 2024.
- Réserve à la fin de 2025 : 610,1 millions d’euros, soit 56,4 % des dépenses courantes.
- Prévision pour 2026 : 27,7 millions d’euros d’excédent, avec des dépenses en hausse de 5,0 %.
- Première année de déficit vérifiée : aucune dans l’horizon des prévisions publiées.
Déplacer les frontières de la prise en charge
L’accord de coalition promet un financement durable, une révision du catalogue des prestations, un soutien renforcé aux soins à domicile et à l’entourage familial, ainsi qu’une amélioration des soins palliatifs. Il ne prévoit toutefois pas explicitement de relever la contribution de 1,4 %, et aucune proposition publique vérifiée en ce sens n’a été annoncée. Le budget le plus récent maintient ce taux.
Les travaux les plus concrets portent donc sur le contenu et la tarification des prestations. L’IGSS recommande de réduire les minutes de référence des trois premiers forfaits de remboursement à domicile : de 125 à 106 minutes, de 280 à 264 minutes et de 420 à 414 minutes. Elle ne préconise en revanche aucune adaptation des forfaits applicables en établissement. Ces propositions reflètent notamment l’impossibilité, pour certains prestataires, de fournir l’intégralité des volumes horaires théoriquement couverts.
Une autre réforme inscrite dans l’accord de coalition consisterait à faire financer par la CNS des services tels que la gestion des médicaments. Ils sont actuellement facturés dans les frais de séjour en établissement ou directement par les prestataires. En décembre 2025, Martine Deprez a indiqué que les travaux portaient sur les critères d’éligibilité, les modalités d’attribution et les mécanismes de remboursement, et qu’un avant-projet de loi était en préparation. Les sources examinées ne permettent pas de confirmer qu’il a ensuite été déposé.
L’enjeu consiste donc à employer la période encore favorable pour adapter le régime avant que les contraintes ne deviennent plus sévères. Christian Oberlé, alors président du conseil d’administration de la CNS, résumait cette orientation : « Il est essentiel d’investir dès maintenant dans des initiatives prometteuses en matière de prévention, de digitalisation et d’efficience. » Les réserves donnent du temps au Luxembourg ; la diminution de l’excédent rappelle que ce temps ne dispense pas de choix.
Questions fréquentes
- Quel excédent l’assurance dépendance a-t-elle dégagé en 2025 ?
- Les comptes clôturés affichent un excédent des opérations courantes de 48,3 millions d’euros, contre 80,7 millions en 2024.
- Quel est le niveau de la réserve ?
- La réserve globale s’élevait à 610,1 millions d’euros à la fin de 2025, soit 56,4 % des dépenses courantes annuelles.
- Une année de déficit est-elle déjà annoncée ?
- Non. Le budget 2025 évoquait une stabilité jusqu’en 2028, tandis que la prévision plus récente s’arrête en 2026 et affiche encore un excédent.
- Le taux de contribution de 1,4 % va-t-il augmenter ?
- Aucune proposition publique vérifiée visant à relever ce taux n’a été annoncée. Le budget le plus récent le maintient à 1,4 %.
Sources(10)
- 1Les comptes de l’assurance dépendance sont dans le vertLe Quotidien · lequotidien.lu
- 2Assurance dépendance: Un solde positif en 2025, mais des signaux à surveiller au LuxembourgRTL Infos · infos.rtl.lu
- 3Le budget de l’assurance dépendance 2026 – résuméCaisse nationale de santé · cns.public.lu
- 4Le budget de l’assurance dépendance 2025 – résumé analytiqueCaisse nationale de santé · cns.public.lu
- 5Assurance dépendanceInspection générale de la sécurité sociale · igss.gouvernement.lu
- 6Assurance dépendance – rapport d’analyse prévisionnel – 2025Inspection générale de la sécurité sociale · igss.gouvernement.lu
- 7Accord de coalition 2023-2028Government of Luxembourg · sante.public.lu
- 8Question 3165: Prise en charge de la gestion et de l’administration de médicamentsChamber of Deputies of Luxembourg · chd.lu
- 9Care profession increasingly under pressure as population agesLuxembourg Times · luxtimes.lu
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