Santé

Médecin traitant au Luxembourg : aucun délai d’accès n’est publié

Aucune file d’attente ne mesure l’accès des Portugais à un généraliste, mais les données disponibles révèlent une difficulté qui traverse l’ensemble du pays.

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Extérieur d’un cabinet contemporain de médecine générale de groupe à Luxembourg-ville
Illustration générée par IA : extérieur d’un cabinet contemporain de médecine générale de groupe à Luxembourg-ville. Illustration générée par IA — Status

Au Luxembourg, trouver un médecin généraliste relève encore largement d’une démarche individuelle : appeler des cabinets, essuyer des refus éventuels, recommencer ailleurs. Pour les résidents portugais, la difficulté ne se laisse pourtant pas chiffrer séparément. Aucune source publique consultée ne recense le nombre de Portugais sans généraliste, ni n’établit un délai d’accès ou une file d’attente selon la nationalité.

Cette absence de données ne rend pas le sujet marginal. Les ressortissants portugais étaient 89 700 en 2025, selon STATEC, ce qui en fait la première communauté de nationalité étrangère du pays. Mais le ministère de la Santé comme la Caisse nationale de santé (CNS) ne publient pas de décompte des résidents portugais dépourvus de médecin généraliste, ni de temps d’accès qui leur serait propre. Le constat vérifiable est plus large : une part importante des résidents ne dispose pas d’un généraliste identifié.

En janvier 2025, l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD) estimait qu’environ 30 % de la population était dans ce cas. Le même ordre de grandeur a été rapporté par Le Quotidien lors du lancement, le mois suivant, de la campagne du ministère. Il s’agit d’une estimation de l’association professionnelle, et non d’un registre officiel de patients ; c’est néanmoins l’indicateur public le plus explicite aujourd’hui.

Pour qui cherche un praticien, l’absence de liste nationale publiée a une conséquence très concrète : nul ne peut indiquer, de manière fiable, quand une inscription aboutira. Tout dépend de la décision d’un cabinet d’accepter un nouveau patient. Les nouveaux arrivants, y compris les résidents lusophones, doivent donc solliciter directement les praticiens et se tourner, lorsque cela est nécessaire, vers les dispositifs ouverts hors des heures ordinaires de consultation.

Une offre qui progresse, mais demeure inégalement répartie

Le Luxembourg ne manque pas de dépenses de santé. Le profil de santé 2025 du pays, préparé par l’OCDE, l’Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé et la Commission européenne, souligne que la dépense par habitant dépasse la moyenne de l’OCDE. Il identifie toutefois le recrutement et la fidélisation des professionnels comme des enjeux majeurs, dans un système largement tributaire de personnels formés à l’étranger.

La géographie de la médecine générale traduit cette tension. En 2024, l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) a comptabilisé 771 généralistes en exercice dont le canton de travail était renseigné, soit une densité nationale de 1,13 pour 1 000 résidents. Elle allait de 0,70 pour 1 000 dans le canton de Vianden à 1,38 dans celui de Luxembourg. L’IGSS relève également que la France et la Belgique affichent des densités de généralistes supérieures à celle du Luxembourg.

La tendance de long terme n’est pas immobile. L’Observatoire national de la santé indique que le nombre de généralistes professionnellement actifs a augmenté de 48 % entre 2013 et 2023, tandis que celui des généralistes en exercice a crû de 51 %. Cette hausse des effectifs n’a pas dissipé l’inquiétude sur l’accès, surtout lorsqu’il s’agit de trouver un médecin prêt à assurer une continuité de soins plutôt qu’une consultation ponctuelle.

« Le médecin généraliste est le premier interlocuteur des patients, le pilier du parcours de soins et le garant d'une prise en charge globale et adaptée. » — Dr Sébastien Diederich, secrétaire général de l’Association des médecins et médecins-dentistes

Prévention, diagnostic, traitement, suivi et orientation : cette fonction structure le parcours de soins tel que le présente le gouvernement. Lorsqu’une relation durable avec un généraliste fait défaut, la demande se reporte vers des consultations isolées, les services de garde et les urgences hospitalières.

Le médecin référent n’est pas un système d’attribution

La CNS prévoit bien le dispositif du médecin référent. Son fonctionnement est parfois source de confusion : il ne met pas un patient en relation avec un médecin et ne constitue pas une liste d’attente. Le patient et le médecin choisi remplissent et signent ensemble une déclaration ; le médecin la transmet ensuite à la CNS, qui la valide. La relation prend effet à l’issue de cette formalité administrative.

Le dispositif constate donc un accord déjà trouvé. Il ne tient pas une liste nationale des cabinets qui acceptent de nouveaux patients et ne promet aucun rendez-vous à une date donnée. La CNS propose des explications en portugais, comme en français, ce qui répond à un besoin d’information accessible ; cela ne crée pas, à lui seul, de disponibilité médicale.

  • Les résidents peuvent consulter directement un spécialiste selon les règles de la CNS, sans avoir vu au préalable un médecin référent.
  • Pour un besoin de médecine générale urgent hors des heures de cabinet, la CNS renvoie vers les maisons médicales, qui assurent une relève le soir, la nuit, les week-ends et les jours fériés.
  • Ces voies permettent d’obtenir des soins, sans remplacer le suivi stable qu’exigent notamment les maladies chroniques ou les situations complexes.

La réponse publique mise sur l’organisation des soins

En février 2025, le ministère de la Santé a lancé la campagne « I love my Hausdokter », afin d’encourager les résidents à consulter généralistes et pédiatres pour les besoins de santé courants avant de se rendre aux urgences.

Martine Deprez, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, en a formulé l’objectif ainsi : « Nous encourageons les citoyens à se tourner prioritairement vers les médecins généralistes et pédiatres pour leurs besoins de santé courants plutôt que vers les services d'urgence. »

Le Dr Sébastien Diederich, secrétaire général de l’AMMD, y voyait une initiative nécessaire : « La campagne est une bonne idée, elle est nécessaire et j’espère qu’elle va aider à diminuer le nombre de résidents sans médecin généraliste. »

Le volet structurel reste, lui, en construction. En octobre 2025, le gouvernement a annoncé qu’il soutiendrait les cabinets de groupe et les structures de soins primaires de proximité proposant des horaires élargis. Le profil OCDE/Observatoire européen fait également état de cadres juridiques prévus pour favoriser le partage des tâches et les cabinets de groupe, ainsi que d’incitations destinées aux médecins hospitaliers et aux internes en médecine générale.

Ces mesures peuvent multiplier les portes d’entrée dans les soins. Elles ne constituent pas pour autant un calendrier public pour les personnes qui cherchent encore un généraliste. Pour la communauté portugaise comme pour les autres résidents, le problème établi n’est donc pas celui d’une exclusion nationale documentée, mais d’une fragilité plus générale : le Luxembourg affirme le rôle central du médecin traitant sans pouvoir dire publiquement combien de personnes attendent d’en trouver un, ni à quel moment elles y parviendront.

Questions fréquentes

Existe-t-il une liste d’attente CNS pour obtenir un médecin généraliste ?
Non. Le dispositif de médecin référent de la CNS enregistre une relation déjà convenue entre un patient et un médecin ; il ne procède à aucune attribution et ne tient pas de liste d’attente nationale.
Combien de résidents portugais n’ont pas de médecin généraliste ?
Aucun chiffre public vérifié ne fournit ce décompte par nationalité. Les données disponibles concernent l’ensemble des résidents.
Quelle est la densité de généralistes au Luxembourg ?
L’IGSS a recensé 1,13 généraliste en exercice pour 1 000 résidents au niveau national en 2024, avec des écarts entre les cantons.
Sources(10)
  1. 1Médecine générale : un pilier du système de santéAssociation des médecins et médecins-dentistes · ammd.lu
  2. 2«I love my Hausdokter» : une campagne pour encourager les visites chez le médecinLe Quotidien · lequotidien.lu
  3. 3Assurance maladie-maternitéInspection générale de la sécurité sociale · igss.gouvernement.lu
  4. 4Médecins généralistesObservatoire national de la santé · obs.gouvernement.lu
  5. 5General practitioners and specialistsCaisse nationale de santé · cns.public.lu
  6. 6Un partenaire dans une relation de confianceCaisse nationale de santé · cns.public.lu
  7. 7"I love my Hausdokter": le rôle essentiel du médecin généraliste et du pédiatre dans le système de santé luxembourgeoisGovernment of Luxembourg · gouvernement.lu
  8. 8Extension de l'offre médicale en milieu ambulatoire et ouverture des soins ambulatoires spécialisés au secteur libéralGovernment of Luxembourg · cad.gouvernement.lu
  9. 9Luxembourg: Country Health Profile 2025OECD, European Observatory on Health Systems and Policies and European Commission · oecd.org
  10. 10Luxembourg population and employment 2025STATEC · statistiques.public.lu

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