Proche-Orient

Au Liban, une trêve qui tient sans accord qui tienne

Une trêve parrainée par Washington, Doha et Téhéran a fait taire la frontière israélo-libanaise. Mais le refus du Hezbollah de désarmer et la présence israélienne au Liban bloquent l'accord de fond.

Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

Une route déserte d'une zone frontalière du sud du Liban aux premières lueurs du jour.
Une route déserte dans une zone frontalière du sud du Liban, à l'aube. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Le silence des armes, au Proche-Orient, se mesure désormais en semaines. Le 19 juin, une trêve fragile, négociée sous la triple égide des États-Unis, du Qatar et de l'Iran, s'est installée le long de la frontière israélo-libanaise, mettant un terme à l'épisode le plus meurtrier d'un conflit qui dure depuis des mois. Le répit doit permettre aux négociateurs de se retrouver dès la semaine du 22 juin, à la recherche d'un règlement global qui, jusqu'ici, leur échappe obstinément.

Cette accalmie a été arrachée au lendemain d'un embrasement coûteux. Selon le ministère libanais de la Santé, les échanges de tirs ont fait au moins 21 morts dans le sud du pays. L'armée israélienne, de son côté, a annoncé la mort de quatre de ses soldats — dont un lieutenant-colonel — dans une attaque visant un char, et fait état de cinq blessés. La flambée a balayé plusieurs semaines de calme intermittent et brièvement fait dérailler la diplomatie parallèle entre Washington et Téhéran.

Un cadre riche en conditions, pauvre en mécanismes

L'arrangement actuel n'est que le dernier maillon d'une chaîne entamée au printemps. Le président américain Donald Trump avait annoncé, le 16 avril, une première suspension des opérations offensives de dix jours entre Israël et le Liban. Reconduite à la fin du mois, elle l'a été de nouveau à la mi-mai, cette fois pour quarante-cinq jours.

Le cœur diplomatique du dispositif a été posé le 3 juin. Au terme d'un quatrième cycle de discussions menées sous médiation américaine au Département d'État, Israël et le Liban ont publié une déclaration commune s'engageant à créer des « zones pilotes » dans le sud. Dans ces secteurs, précisait le texte, les forces armées libanaises prendraient le contrôle à l'exclusion de tout groupe armé autre que l'État.

L'armée libanaise « prendra le contrôle exclusif du territoire, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques », affirme la déclaration conjointe.

Le cadre fixe des conditions, mais peu de modalités. Selon la déclaration commune, la trêve restait suspendue à trois exigences :

  • un arrêt complet des tirs du Hezbollah ;
  • l'évacuation de tous les combattants du mouvement des zones situées au sud du fleuve Litani ;
  • la prise de contrôle intégrale des zones pilotes par l'armée libanaise.

Aucun calendrier n'a été associé à ces zones. Et le Hezbollah — principal belligérant du côté libanais — n'a jamais été partie aux discussions.

Le verrou du Hezbollah

Le mouvement a rejeté l'accord du 3 juin dès le lendemain. Son secrétaire général, Naïm Qassem, a prévenu que le Hezbollah n'accepterait rien de moins qu'une cessation globale des hostilités et un retrait israélien total, qualifiant l'injonction faite aux combattants de quitter le sud sous le feu de reddition pure et simple.

« Ce qui nous préoccupe, c'est la fin de l'agression, le cessez-le-feu et le retrait d'Israël », a déclaré Naïm Qassem dans un message lu à la télévision.

Il a ajouté que le mouvement n'avait pris aucun engagement à cesser de résister « tant qu'il y a occupation ». La trêve de terrain repose ainsi sur un texte que son combattant le plus puissant, présent par procuration, a publiquement désavoué.

Israël camp sur sa zone tampon

Côté israélien, l'État hébreu refuse d'évacuer la bande du sud du Liban qu'il tient depuis l'élargissement de la guerre. Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a indiqué que ses forces resteraient dans une « zone de sécurité » aussi longtemps que les besoins sécuritaires du pays l'exigeront — une position que l'Iran récuse en réclamant un retrait complet. La trêve du 19 juin n'a prévu aucun désengagement israélien, lacune dont le Hezbollah se prévaut pour justifier la poursuite de ses attaques contre les troupes stationnées sur place.

La violence a aussi frappé les Casques bleus. L'Union européenne a relevé qu'un soldat de la FINUL avait été tué lors d'attaques le 4 juin, septième Casque bleu à périr depuis le mois de mars. Dans une déclaration du 6 juin, la diplomatie européenne a réaffirmé son plein soutien à la Force intérimaire des Nations unies au Liban, condamné les attaques contre son personnel et exigé la pleine application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, socle de l'architecture sécuritaire d'après-guerre le long de la Ligne bleue.

Ce que l'Europe a à perdre

Pour les capitales européennes, l'enjeu est à la fois diplomatique et économique. L'Union n'a cessé de plaider pour le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait salué la trêve d'avril sans détour.

« C'est un soulagement, car ce conflit a déjà coûté bien trop de vies », avait-elle déclaré, promettant un soutien humanitaire continu au peuple libanais.

Le dossier s'inscrit dans une crise régionale plus large qui secoue des marchés de l'énergie scrutés de Luxembourg à Francfort. Le baril de Brent évoluait autour de 80 dollars et s'acheminait vers une baisse hebdomadaire d'environ 8 % une fois la trêve dessinée, avant de se redresser le 19 juin, lorsque les pourparlers américano-iraniens prévus en Suisse ont été brusquement reportés. Téhéran avait refusé de s'y rendre, exigeant d'abord l'arrêt des combats au Liban ; le vice-président américain JD Vance a ajourné un déplacement prévu. Les opérateurs guettent par ailleurs l'assouplissement attendu de la fermeture quasi totale, par l'Iran, du détroit d'Ormuz, ce goulet par lequel transite une large part du pétrole acheminé par mer.

Que cette trêve devienne ou non le socle d'un règlement durable se jouera désormais dans les discussions reprenant la semaine du 22 juin — et dans la capacité des médiateurs à combler le gouffre entre l'exigence d'un départ israélien, portée par le Hezbollah, et la volonté d'Israël de rester sur place.

Questions fréquentes

Qui a négocié la trêve du 19 juin ?
Selon des responsables américains et régionaux, la reconduction de la trêve entre Israël et le Hezbollah a été médiée par le Qatar, les États-Unis et l'Iran, après une flambée de violences dans le sud du Liban.
Pourquoi le Hezbollah a-t-il rejeté l'accord du 3 juin ?
Son secrétaire général Naïm Qassem réclame un cessez-le-feu global et un retrait israélien total. Il juge que demander aux combattants de quitter le sud sous le feu équivaut à une reddition. Le Hezbollah n'a jamais été partie aux discussions.
Quelle est la dimension européenne du dossier ?
L'UE a réaffirmé son soutien à la FINUL après la mort d'un Casque bleu le 4 juin et exigé l'application de la résolution 1701. Les marchés européens de l'énergie restent exposés : le Brent a varié au gré des soubresauts diplomatiques régionaux.
Que prévoit la suite des négociations ?
De nouvelles discussions étaient programmées pour la semaine du 22 juin afin d'avancer vers un accord global. L'enjeu : rapprocher l'exigence d'un retrait israélien et la volonté d'Israël de conserver sa zone tampon.
Sources(13)
  1. 12026 Israel–Lebanon ceasefireWikipedia · en.wikipedia.org
  2. 2Israel, Lebanon agree to conditional ceasefireAl Jazeera · aljazeera.com
  3. 3Israel and Hezbollah renew ceasefire after U.S. and Iran call off talks over fighting in LebanonPBS NewsHour · pbs.org
  4. 4Israel and Lebanon agree to renew fragile ceasefire, create Lebanese security zonesPBS NewsHour · pbs.org
  5. 5Israel and Lebanon agree to renew truce, create 'pilot' zones where Hezbollah is bannedThe Times of Israel · timesofisrael.com
  6. 6Qassem says Hezbollah demands 'comprehensive' ceasefire, complete Israeli withdrawalNaharnet · naharnet.com
  7. 7Israel and Hezbollah Trade Fresh Strikes as Militant Group Rejects Cease-Fire PlanTIME · time.com
  8. 8June 19, 2026 — Israel and Hezbollah renew truceCNN · cnn.com
  9. 9Statement by the High Representative on behalf of the EU on Israel and LebanonEEAS / GlobalSecurity.org · globalsecurity.org
  10. 10EU's Von der Leyen welcomes the 10-day ceasefire between Israel and LebanonAl-Monitor · al-monitor.com
  11. 11EU's Von Der Leyen: Welcomes the 10-Day Ceasefire Between Israel and LebanonU.S. News & World Report / Reuters · usnews.com
  12. 12Brent rises after U.S.-Iran peace talks in Geneva are abruptly postponedCNBC · cnbc.com
  13. 13Oil prices rise as Lebanon fighting erupts and Hormuz traffic still slowAl Jazeera · aljazeera.com

naviguerouvrirescfermer