Commerce en ligne
L'UE supprime la franchise douanière de 150 euros : les petits colis taxés 3 euros par article
Depuis le 1er juillet, les milliards de colis à bas prix venus de Chine acquittent un droit forfaitaire de 3 euros par catégorie d'article, en attendant l'application des tarifs pleins prévue en 2028.
Par Marc Weber · · 6 min de lecture

Ils entrent dans l'Union européenne au rythme d'environ douze millions par jour : 4,6 milliards de colis d'une valeur inférieure à 150 euros ont franchi les frontières du bloc en 2024, dont 91 % en provenance de Chine, des volumes qui doublent chaque année depuis 2022. Depuis le 1er juillet, plus aucun d'entre eux n'échappe aux droits de douane. L'UE a supprimé la franchise dite « de minimis », qui exonérait de droits les envois de 150 euros ou moins achetés en ligne hors du bloc — la brèche réglementaire sur laquelle Temu, Shein ou AliExpress avaient bâti leur modèle d'expédition directe de l'usine au consommateur européen.
À la place, un droit forfaitaire provisoire de 3 euros s'applique désormais à chaque catégorie distincte d'articles — identifiée par sous-position tarifaire — contenue dans un colis de moins de 150 euros expédié directement à un consommateur de l'Union. Le dispositif, formellement adopté par le Conseil de l'UE le 11 février sous la forme du règlement (UE) 2026/382, après un accord politique conclu le 12 décembre 2025, et précisé par des règles d'exécution de la Commission publiées au Journal officiel le 8 juin, court jusqu'au 1er juillet 2028 et pourra être prorogé.
Trois euros par catégorie d'article, pas par colis
La subtilité du mécanisme tient à son assiette : le forfait ne frappe pas le colis, mais chaque type d'article qu'il contient. Le Conseil en donne lui-même l'illustration — un paquet renfermant un chemisier en soie et deux chemisiers en laine relève de deux sous-positions tarifaires distinctes, et doit donc 6 euros. Une commande fractionnée en plusieurs envois génère des droits sur chacun d'eux.
Point décisif pour le consommateur : le redevable n'est pas l'acheteur, mais le déclarant — en pratique le vendeur, la plateforme enregistrée au guichet unique à l'importation (IOSS) pour la TVA, ou leur représentant. Dans le cas standard, le droit n'est donc pas réclamé au pas de la porte. Selon le Conseil, le système IOSS couvre 93 % des flux de commerce électronique vers l'UE : pour les grandes plateformes, la taxe devrait se traduire par un prix légèrement plus élevé au moment du paiement, non par une facture surprise à la livraison. La Commission européenne évaluera régulièrement l'opportunité d'étendre le prélèvement aux vendeurs opérant hors IOSS.
Une concurrence jugée faussée dès le premier euro
La suppression du seuil avait été actée en novembre 2025 dans le cadre de la grande réforme douanière européenne, mais le régime définitif suppose l'entrée en service du futur hub de données douanières (Customs Data Hub), pas attendue avant la mi-2028. Plutôt que d'attendre, les États membres ont opté pour ce forfait simple, invoquant la concurrence déloyale subie par les détaillants européens, les produits dangereux qui passent entre les mailles des contrôles et le coût environnemental de milliards de paquets expédiés à l'unité. La Commission estime en outre que jusqu'à 65 % des petits colis entrant dans l'UE étaient sous-évalués pour échapper aux droits.
« À l'heure où le commerce électronique mondial explose, les règles douanières de l'UE doivent suivre le rythme. Supprimer cette exemption dépassée pour les petits colis contribuera à soutenir les entreprises européennes et à fermer la porte aux vendeurs peu scrupuleux. Il nous faut maintenant avancer résolument sur la réforme douanière d'ensemble, pièce essentielle du puzzle pour rendre l'UE plus compétitive et plus sûre », déclarait Makis Keravnos, ministre des finances de la République de Chypre, au nom de la présidence du Conseil, lors de l'adoption du règlement en février.
La ministre danoise de l'économie Stephanie Lose, qui présidait le Conseil lors de l'accord de novembre 2025, s'était dite « très heureuse » de l'entente sur la suppression du seuil de 150 euros : « Nous garantissons que les droits sont acquittés dès le premier euro, en créant des conditions de concurrence équitables pour les entreprises européennes et en limitant l'afflux de marchandises à bas prix. Nous sommes également convenus de la nécessité de travailler à une solution temporaire dès que possible en 2026. »
Les plateformes n'ont pas attendu l'échéance. Shein et Temu ont transféré ces derniers mois des stocks massifs vers des centres logistiques situés dans l'UE, afin d'expédier les commandes depuis le territoire européen : l'importation en gros acquitte les droits à l'entrée, après quoi les livraisons individuelles ne subissent plus de prélèvement au colis. Du côté du commerce de détail, on juge au contraire la réponse trop timide — la fédération belge des indépendants SNI a qualifié de « totalement insuffisante » la redevance de traitement d'environ 2 euros par colis envisagée en parallèle pour protéger les commerçants européens.
Vu du Luxembourg : la caisse plutôt que le facteur
Pour les consommateurs du Luxembourg et de la Grande Région, les effets sont réels mais, pour l'essentiel, indirects :
- Des prix, pas des formalités : les commandes passées sur des plateformes enregistrées à l'IOSS, comme Temu, Shein ou AliExpress, devraient simplement coûter un peu plus cher au moment du paiement — 3 euros par type d'article — sans démarche nouvelle à la livraison.
- La TVA ne change pas : la TVA à l'importation est due sur tous les colis extra-européens depuis juillet 2021 et déjà perçue à la caisse par les vendeurs IOSS, comme le rappelle l'administration luxembourgeoise des douanes.
- Le circuit hors IOSS reste le plus onéreux : toute importation en provenance d'un pays tiers exige une déclaration en douane électronique, quelle que soit la valeur ; et lorsque POST Luxembourg ou un transporteur dédouane un colis pour le compte du destinataire, ses frais de dédouanement et de présentation s'ajoutent aux taxes dues — le nouveau régime n'y change rien.
- D'autres frais pourraient suivre : une redevance douanière distincte d'environ 2 euros par colis, destinée à compenser le traitement du flot de commerce en ligne par les administrations douanières, reste en négociation dans le cadre de la réforme d'ensemble.
2028, l'heure des tarifs pleins
Le forfait de 3 euros est explicitement transitoire. À compter du 1er juillet 2028, une fois le hub de données douanières opérationnel, les taux tarifaires ordinaires de l'UE doivent s'appliquer à chaque article importé, quelle qu'en soit la valeur. Autre échéance intermédiaire : les identifiants de produit sur les envois de faible valeur, facultatifs depuis le 1er juillet, deviendront obligatoires le 1er novembre 2026, pour aider les douanes à repérer les marchandises dangereuses ou mal déclarées.
Les droits de douane constituent une ressource propre traditionnelle du budget européen, dont les États membres conservent une part au titre des frais de perception. Les milliards de petits colis qui traversaient hier la frontière sans être taxés financeront désormais, article par article, l'union qui les inspecte.
Questions fréquentes
- Devrai-je payer les 3 euros à la réception de mon colis Temu ou Shein ?
- Non, pas dans le cas standard : le droit est dû par le déclarant — le vendeur, la plateforme enregistrée à l'IOSS ou leur représentant. Pour les grandes plateformes, qui couvrent 93 % des flux via l'IOSS, le surcoût devrait se répercuter sur le prix affiché au moment du paiement, sans frais surprise à la livraison.
- Comment le forfait de 3 euros est-il calculé ?
- Par catégorie distincte d'articles, identifiée par sous-position tarifaire, et non par colis. Exemple donné par le Conseil : un paquet contenant un chemisier en soie et deux chemisiers en laine relève de deux sous-positions et doit donc 6 euros.
- La TVA sur les colis hors UE change-t-elle ?
- Non. La TVA à l'importation est due sur tous les colis extra-européens depuis juillet 2021, sans seuil d'exonération, et elle est déjà perçue au moment de l'achat par les vendeurs enregistrés à l'IOSS.
- Que se passera-t-il en 2028 ?
- Le forfait de 3 euros doit disparaître le 1er juillet 2028, quand le hub de données douanières de l'UE sera opérationnel : les taux tarifaires ordinaires s'appliqueront alors à toutes les marchandises importées, quelle qu'en soit la valeur.
Sources(13)
- 1Council gives final green light to new customs duty rules for small parcelsCouncil of the European Union · consilium.europa.eu
- 2Customs: Council agrees to levy customs duty on small parcels as of 1 July 2026Council of the European Union · consilium.europa.eu
- 3Customs: Council takes action to tackle the influx of small parcelsCouncil of the European Union · consilium.europa.eu
- 4Guidance and legal text on temporary flat fee on low-value imports which will apply until 1 July 2028European Commission — Taxation and Customs Union · taxation-customs.ec.europa.eu
- 5E-commerce: 150 EUR customs duty exemption threshold to be removed as of 2026European Commission — Taxation and Customs Union · taxation-customs.ec.europa.eu
- 6EU slaps €3 duty fee on SHEIN, Temu and AliExpress importsEuronews · euronews.com
- 7EU countries agree temporary €3 flat customs fee for small imported parcelsEuronews · euronews.com
- 8Shein and Temu hit by new EU customs duty on cheap parcelsRetail Gazette · retailgazette.co.uk
- 9Tax on small parcels: EU acts, retailers criticisePaperjam · en.paperjam.lu
- 10EU introduces EUR 3 customs duty on low-value imports from 1 July 2026Baker McKenzie — Global Import Blog · globalimportblog.bakermckenzie.com
- 11Packages/Shipments — international tradeAdministration des douanes et accises (Luxembourg) · douanes.public.lu
- 12What are customs charges?POST Luxembourg · post.lu
- 13EU Customs Duty Hits Shein, Temu Parcels: 5.9 Billion Imports Now TaxedTech Times · techtimes.com



