Union européenne

Réfugiés ukrainiens : Bruxelles veut prolonger la protection jusqu'en 2028

La Commission européenne propose de reconduire la protection temporaire jusqu'au 4 mars 2028, préservant les droits de quelque 4,4 millions d'Ukrainiens, dont plusieurs milliers au Luxembourg.

Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne à Bruxelles, avec des drapeaux de l'Union européenne et un drapeau ukrainien.
Le Berlaymont, siège de la Commission européenne à Bruxelles, où drapeaux européens et drapeau ukrainien flottent côte à côte. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Quatre ans après avoir ouvert ses portes aux civils fuyant la guerre, l'Union européenne s'apprête à reconduire, une année de plus, le dispositif qui leur garantit un toit, un emploi et des soins. La Commission européenne a proposé le 26 juin de maintenir en vigueur la protection temporaire des personnes déplacées d'Ukraine jusqu'au 4 mars 2028, repoussant d'un an une échéance fixée aujourd'hui au 4 mars 2027. À la clé, le maintien d'un accès immédiat au séjour, au travail, à la scolarisation, aux soins de santé et à l'aide sociale pour environ 4,4 millions de personnes — dont plusieurs milliers vivent au Grand-Duché.

Présentée à Bruxelles par Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, la proposition prend la forme d'une décision d'exécution du Conseil (COM(2026) 345 final). Sans cette prolongation, la protection — et l'ensemble des droits qui s'y rattachent — s'éteindrait au printemps prochain.

Un sursis d'un an, assorti d'un verrou inédit

Le dispositif repose sur la directive sur la protection temporaire (2001/55/CE), un texte conçu en 2001 au lendemain des guerres des Balkans mais resté lettre morte jusqu'à son déclenchement, pour la première fois, le 4 mars 2022, quelques jours après l'invasion russe à grande échelle. Il confère aux personnes déplacées un droit de séjour collectif et immédiat, sans qu'aucune d'elles n'ait à déposer une demande d'asile individuelle. Depuis, le mécanisme est reconduit d'année en année.

La proposition de cette année introduit toutefois un changement de taille. En règle générale, prévient la Commission, la protection ne serait plus accordée aux personnes quittant l'Ukraine après l'entrée en vigueur de la décision si Kiev ne les a pas autorisées à partir au regard de ses règles de mobilisation militaire. La restriction ne vise que les nouveaux arrivants : les millions de bénéficiaires déjà enregistrés conservent leur statut, sans exception.

Notre proposition prévoit que la protection temporaire ne soit pas accordée aux personnes nouvellement arrivées qui ne sont pas autorisées à quitter l'Ukraine en raison de leurs obligations militaires.

M. Brunner a présenté cette exception comme une demande de Kiev, déclarant que le projet « tient compte de l'évolution des besoins de défense de l'Ukraine ». Pour le reste, la Commission justifie la prolongation par un impératif de sécurité juridique, le besoin de protection demeurant, selon elle, manifeste.

Les chiffres disent l'ampleur du phénomène. Selon Eurostat, 4,37 millions de personnes bénéficiaient de la protection temporaire dans l'UE fin avril 2026. L'Allemagne en accueillait de loin le plus grand nombre, avec près de 1,28 million de bénéficiaires (29,3 %), devant la Pologne (971 255, soit 22,2 %) et la Tchéquie (384 435, soit 8,8 %). La moyenne européenne s'établit à 9,7 bénéficiaires pour 1 000 habitants.

Le texte n'a rien d'acquis. Il doit encore être adopté par le Conseil de l'Union européenne, à la majorité qualifiée — au moins 15 des 27 États membres représentant 65 % de la population de l'UE. Les ministres devraient s'en saisir en juillet, mais la décision finale pourrait glisser à septembre.

Au Luxembourg, une population déjà installée

Pour le Grand-Duché, l'enjeu est concret. Le pays avait déjà prolongé son propre régime jusqu'au 4 mars 2027 : le 13 février 2026, le ministère des Affaires intérieures et la Direction générale de l'immigration ont confirmé la reconduction et entamé le renouvellement des cartes de séjour biométriques qui garantissent aux bénéficiaires le droit de rester, de travailler et de percevoir une aide matérielle. Une extension bruxelloise à 2028 fixerait l'horizon suivant.

Les bénéficiaires de la protection temporaire disposent actuellement d'une carte biométrique valable jusqu'au 4 mars 2026 ; dans les prochaines semaines, ils recevront un courrier détaillant les démarches à suivre pour renouveler leur statut et obtenir une nouvelle carte biométrique.

Depuis 2022, le Luxembourg a absorbé un flux constant. Les données citées par Chronicle.lu font état de :

  • 4 123 personnes admises au bénéfice de la protection temporaire depuis le début de la guerre ;
  • 1 480 d'entre elles hébergées dans 12 structures d'accueil de l'Office national de l'accueil (ONA) ;
  • 1 296 élèves scolarisés dans les établissements luxembourgeois, pour lesquels 29 millions d'euros ont été alloués.

Le mouvement s'est depuis déplacé des arrivées vers les renouvellements. Sur les cinq premiers mois de 2026, le Luxembourg a rendu 3 953 décisions de protection temporaire — dont 334 octrois nouveaux seulement, contre 3 583 renouvellements. Le signe d'une population désormais largement enracinée : dans des logements, des salles de classe et des emplois.

Toujours pas de statut d'après-guerre

Ce que la prolongation n'offre pas, c'est une issue durable. Plus de quatre ans après le premier déclenchement de la directive, l'UE continue de reconduire la protection par tranches annuelles, faute d'avoir ouvert aux Ukrainiens déplacés une voie juridique pérenne. Bruxelles commence néanmoins à esquisser la sortie : la Commission a assorti sa proposition d'une approche coordonnée de « transition » et d'un projet pilote de programme de retour et de réintégration volontaires, offrant un appui concret à l'emploi, au logement et à l'éducation à ceux qui choisiraient de rentrer. Le Conseil avait déjà adopté, le 16 septembre 2025, une recommandation sur la sortie de la protection temporaire.

Pour l'heure, cet avenir reste suspendu à une guerre qui n'est pas terminée. La Commission s'est dit prête à interrompre plus tôt la protection si la situation sur le terrain évoluait, tout en laissant la porte ouverte à une nouvelle reconduction. Tant qu'un règlement de paix et un statut permanent ne se dessinent pas, la vie juridique de millions d'Ukrainiens — y compris ceux qui en ont reconstruit une au Luxembourg — continuera de se compter année après année.

Questions fréquentes

Jusqu'à quand la protection temporaire des Ukrainiens serait-elle prolongée ?
La Commission européenne propose de la reconduire jusqu'au 4 mars 2028, soit un an de plus que l'échéance actuelle fixée au 4 mars 2027. La proposition doit encore être adoptée par le Conseil de l'UE, vraisemblablement en juillet, voire en septembre 2026.
Quelle est la nouvelle restriction prévue par la proposition ?
En règle générale, la protection ne serait plus accordée aux personnes quittant l'Ukraine après l'entrée en vigueur de la décision si Kiev ne les a pas autorisées à partir au regard de ses règles de mobilisation militaire. La mesure ne vise que les nouveaux arrivants ; les bénéficiaires déjà enregistrés conservent leur statut.
Combien de bénéficiaires le Luxembourg accueille-t-il ?
Selon Chronicle.lu, 4 123 personnes ont obtenu la protection temporaire depuis 2022, dont 1 480 hébergées dans 12 structures de l'ONA et 1 296 élèves scolarisés. Sur les cinq premiers mois de 2026, le pays a rendu 3 953 décisions, dont 3 583 renouvellements.
Existe-t-il un statut permanent pour les Ukrainiens déplacés ?
Non. Quatre ans après le déclenchement de la directive, l'UE continue de reconduire la protection par tranches annuelles. La Commission a toutefois proposé une approche de transition et un programme pilote de retour et de réintégration volontaires pour ceux qui choisiraient de rentrer.
Sources(14)
  1. 1Commission proposes to extend temporary protection of people fleeing Ukraine for an additional yearEuropean Commission - Migration and Home Affairs · home-affairs.ec.europa.eu
  2. 2Commission proposes to extend temporary protection of people fleeing Ukraine for an additional year (press release IP/26/1462)European Commission · ec.europa.eu
  3. 3Proposal for a Council Implementing Decision extending temporary protection until 4 March 2028, COM(2026) 345 finalEuropean Commission · home-affairs.ec.europa.eu
  4. 44.37 million under temporary protection in April 2026Eurostat · ec.europa.eu
  5. 5Temporary protection for 4.40 million in February 2026Eurostat · ec.europa.eu
  6. 6EU member states agree to extend temporary protection for refugees from UkraineCouncil of the EU (Consilium) · consilium.europa.eu
  7. 7European Commission seeks to extend temporary protection for Ukrainians, but not newly arrived military-age menEuropean Pravda · eurointegration.com.ua
  8. 8EU Proposes Extending Protection for Ukrainians Until 2028, With Limits for Military-Age MenOutlook India (Reuters) · outlookindia.com
  9. 9EU Proposes Extending Protection for Ukrainians Until 2028 – But Not for Draft EvadersKyiv Post · kyivpost.com
  10. 10EU proposes to extend temporary protection for Ukrainian refugees until 2028Eunews · eunews.it
  11. 11Luxembourg Extends Temporary Protection Scheme for Ukrainian RefugeesChronicle.lu · chronicle.lu
  12. 12Luxembourg's Aid to Ukraine ExplainedChronicle.lu · chronicle.lu
  13. 13Luxembourg Receives 110 Asylum, 74 Temporary Protection Applications in MayChronicle.lu · chronicle.lu
  14. 14Requesting temporary protectionGuichet.lu (Luxembourg Government) · guichet.public.lu

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