Économie de la défense
Helsing en passe de lever 1,2 milliard de dollars sur une valorisation de 18 milliards
Mené par Dragoneer et Lightspeed, le tour sursouscrit valoriserait le munichois des drones et de l'IA de défense à 18 milliards de dollars, un sommet inédit pour une start-up allemande.
Par Marc Weber · · 6 min de lecture

Il est des levées de fonds qui en disent moins sur une entreprise que sur l'époque. Celle que s'apprête à boucler Helsing appartient à cette catégorie : le fabricant munichois de logiciels d'intelligence artificielle et de drones d'attaque négocie un tour de table d'environ 1,2 milliard de dollars (près d'un milliard d'euros) qui le valoriserait à quelque 18 milliards de dollars, selon les révélations du Financial Times, confirmées depuis par Bloomberg et TechCrunch. À ce prix, l'entreprise fondée il y a cinq ans deviendrait la start-up la plus valorisée d'Allemagne — et le symbole le plus éclatant d'un continent qui a fait du réarmement sa grande affaire économique.
L'opération est menée par le fonds san-franciscain Dragoneer Investment Group, épaulé par Lightspeed Venture Partners, déjà actionnaire. Des sources proches du dossier ont indiqué au FT que le tour avait été sursouscrit plusieurs fois ; son calendrier n'était pas arrêté au moment des premières révélations, en mai, et aucune annonce officielle de clôture n'est intervenue à ce jour. Malgré la présence de deux chefs de file américains, Helsing resterait détenue à environ 80 % par des capitaux européens.
La valorisation visée représente une progression d'environ 30 % en dollars en à peine un an. En juin 2025, l'entreprise avait levé 600 millions d'euros sur la base d'une valorisation de 12 milliards d'euros — environ 14 milliards de dollars à l'époque —, lors d'un tour mené par Prima Materia, le véhicule d'investissement de Daniel Ek, fondateur de Spotify et président du conseil de Helsing.
« Alors que l'Europe renforce rapidement ses capacités de défense face à des défis géopolitiques mouvants, il est urgent d'investir dans les technologies avancées qui garantissent son autonomie stratégique et son état de préparation », déclarait Daniel Ek lors de l'annonce de ce précédent tour.
Une trajectoire à marche forcée
Fondée en mars 2021 par Torsten Reil, Gundbert Scherf et Niklas Köhler, Helsing s'est d'abord présentée comme un pur éditeur de logiciels de défense avant de basculer, à grande vitesse, dans le matériel. Son catalogue comprend aujourd'hui le drone d'attaque électrique HX-2, la munition rôdeuse HF-1 — livrée par milliers à l'Ukraine sur financement allemand —, le planeur sous-marin autonome SG-1 Fathom et l'avion de combat sans pilote CA-1 Europa, dont le premier vol est visé pour 2027. L'entreprise, qui employait environ 900 personnes en 2025, a racheté l'avionneur Grob en juin 2025, puis la société de robotique terrestre Keybotic en janvier 2026.
Les commandes publiques suivent le capital. En février, le ministère allemand de la défense a attribué des contrats de drones d'attaque à Helsing et à sa rivale berlinoise Stark — un marché d'une valeur initiale de 269 millions d'euros, susceptible d'atteindre 1,46 milliard sur sept ans, selon DroneXL. Et en mai, Helsing s'est alliée au groupe spatial OHB, basé à Brême, au sein d'une coentreprise baptisée KIRK, chargée de développer pour les armées européennes des systèmes de reconnaissance et de ciblage par satellite fondés sur l'IA.
« La guerre en Ukraine démontre toute l'importance du ciblage depuis l'espace. Elle montre aussi que nous n'avons pas de temps à perdre et que nous devons livrer au plus vite des systèmes de défense spatiaux intégrés — des systèmes dont la performance repose sur des capacités logicielles », expliquait alors Gundbert Scherf, cofondateur et codirecteur général de Helsing.
Cinq pour cent du PIB : la promesse qui aimante les capitaux
Derrière l'appétit des investisseurs, il y a un basculement de politique publique d'une ampleur historique depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022. Au sommet de l'OTAN à La Haye, en juin 2025, « les Alliés se sont engagés à consacrer chaque année 5 % de leur PIB aux besoins fondamentaux de défense ainsi qu'aux dépenses liées à la défense et à la sécurité d'ici à 2035 », selon les termes de la déclaration finale du 25 juin — soit 3,5 % pour les besoins militaires proprement dits et jusqu'à 1,5 % pour les infrastructures, la résilience et la base industrielle de défense, avec une clause de réexamen en 2029.
L'Union européenne entend, de son côté, mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros dans le cadre de son plan ReArm Europe, rebaptisé « Readiness 2030 », qui comprend l'instrument de prêts SAFE, doté de 150 milliards d'euros pour les acquisitions conjointes et adopté par le Conseil en mai 2025. Les règles budgétaires nationales ont, elles aussi, été assouplies spécifiquement pour faire place aux dépenses militaires.
Le capital-risque a fait tomber ses tabous
Les investisseurs privés ont suivi le mouvement, et vite. Les start-up européennes de la défense, de la sécurité et de la résilience ont levé un montant record de 8,7 milliards de dollars en 2025, en hausse de 55 % sur un an et près de quatre fois le niveau d'il y a cinq ans, selon un rapport publié en février par Dealroom et le NATO Innovation Fund. L'intelligence artificielle sous-tendait 44 % de ces financements ; l'Allemagne en a capté 2,1 milliards de dollars, et Munich — le berceau de Helsing — s'impose comme le premier pôle européen du secteur, avec 7 milliards de dollars levés depuis 2020.
- Quantum Systems, fabricant bavarois de drones de reconnaissance, a levé 180 millions d'euros en novembre 2025, sur une valorisation supérieure à 3 milliards d'euros.
- Stark, créée il y a à peine deux ans, a levé 500 millions d'euros auprès de Sequoia et de Founders Fund, sur une valorisation dépassant 3,5 milliards d'euros.
- Aux États-Unis, Anduril, l'équivalent le plus proche de Helsing, a été valorisée à plus de 60 milliards de dollars dans des discussions avec des investisseurs — un écart que les fonds européens parient de voir se resserrer.
Les bailleurs publics amplifient la tendance. La Banque européenne d'investissement, bras financier de l'Union installé au Luxembourg, a quadruplé ses financements consacrés à la sécurité et à la défense pour les porter à 4 milliards d'euros en 2025 — environ 5 % de ses financements dans l'Union, un seuil qu'elle ne pensait initialement atteindre qu'en 2026 —, au sein d'un plafond global record de 100 milliards d'euros reconduit pour 2026. Depuis 2024, l'institution a élargi à plusieurs reprises sa politique de prêt, jusqu'à couvrir les investissements purement militaires.
Au-delà du cas Helsing, c'est tout un rapport de l'Europe à sa défense qui se rejoue. Un secteur que les fonds écartaient encore il y a cinq ans, pour des raisons éthiques ou de mandat, capte désormais une part croissante des capitaux à risque, des talents et de la politique industrielle du continent. Que la valorisation de 18 milliards de dollars se révèle visionnaire ou excessive, le sens de l'histoire ne fait plus guère de doute : tant que les gouvernements tiendront leurs promesses budgétaires, la défense restera le grand pari de croissance de l'Europe.
Questions fréquentes
- La levée de fonds de Helsing est-elle bouclée ?
- Non. Révélé par le Financial Times le 9 mai 2026 puis confirmé par Bloomberg et TechCrunch, le tour d'environ 1,2 milliard de dollars était encore en cours de finalisation ; aucune annonce officielle de clôture n'était intervenue au 2 juillet 2026.
- Que produit concrètement Helsing ?
- Des logiciels d'IA militaire et, de plus en plus, du matériel : le drone d'attaque HX-2, la munition rôdeuse HF-1 livrée par milliers à l'Ukraine, le planeur sous-marin SG-1 Fathom et l'avion de combat sans pilote CA-1 Europa, dont le premier vol est visé pour 2027.
- Pourquoi les investisseurs affluent-ils vers la défense européenne ?
- Les engagements publics ont changé d'échelle : l'OTAN vise 5 % du PIB consacrés à la défense et à la sécurité d'ici à 2035, et l'UE veut mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros via ReArm Europe/Readiness 2030, dont l'instrument de prêts SAFE de 150 milliards.
- Le Luxembourg est-il impliqué dans ce mouvement ?
- Indirectement : la Banque européenne d'investissement, établie au Luxembourg, a quadruplé ses financements de sécurité et de défense à 4 milliards d'euros en 2025. Aucun investissement direct de la BEI ou du Luxembourg dans Helsing n'est en revanche avéré.
Sources(21)
- 1Daniel Ek-backed defense tech Helsing to raise $1.2B at $18B valuationTechCrunch · techcrunch.com
- 2German Drone Startup May See $18b Valuation in Fundraising: FTBloomberg · bloomberg.com
- 3German defense tech startup Helsing in talks over $1.2B funding roundSiliconANGLE · siliconangle.com
- 4Helsing Aims For $18 Billion Valuation In $1.2 Billion Dragoneer-Led RoundDroneXL · dronexl.co
- 5Helsing, on the cusp of a $1.2B raise, forms space JV with OHB to build AI-based targeting systemsResilience Media · resiliencemedia.co
- 6Helsing and OHB form KIRK joint venture for European tactical space-based reconnaissance systemEuropean Defence Industry · defence-industry.eu
- 7Helsing raises €600m to invest in European technological sovereigntyHelsing (company newsroom) · helsing.ai
- 8Defence unicorn Helsing raises €600m led by Daniel Ek's Prima MateriaSifted · sifted.eu
- 9Spotify's Daniel Ek leads $694 million investment in defense startup HelsingCNBC · cnbc.com
- 10The Hague Summit DeclarationNATO · nato.int
- 11Defence investment and NATO's 5% commitmentNATO · nato.int
- 12SAFE: Council adopts €150 billion boost for joint procurement on European security and defenceCouncil of the European Union · consilium.europa.eu
- 13ReArm Europe Plan/Readiness 2030European Parliament (EPRS) · europarl.europa.eu
- 14Dealroom and NATO Innovation Fund: European Defence, Security & Resilience Startups Smash Record with $8.7B Raised in 2025NATO Innovation Fund · nif.fund
- 15Dealroom and NATO Innovation Fund: European DSR Startups Smash Record with $8.7B Raised in 2025Business Wire · businesswire.com
- 16EIB spending on security and defence quadrupled to €4bn in 2025Euronews · euronews.com
- 17EIB Group renews record-high financing target of €100 billion to boost Europe's strategic and technological independenceEuropean Investment Bank · eib.org
- 18Helsing (company)Wikipedia · en.wikipedia.org
- 19Once-reluctant Germany goes big on one-way attack dronesDefense News · defensenews.com
- 20Stark Defence raises €500M led by Sequoia and Founders Fund at a valuation above €3.5 billionThe Next Web · thenextweb.com
- 21German drone startup Quantum Systems nears €200M funding at $3B valuationTech Funding News · techfundingnews.com


