Emploi et logement

Au Luxembourg, l’emploi frontalier accélère, tandis que le chômage résident augmente

L’emploi frontalier accélère et les ventes de logements anciens reprennent, mais le chômage résident augmente tandis que le neuf reste enlisé.

Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Immeubles d’habitation en construction et circulation de navetteurs dans le quartier de la Cloche d’Or à Luxembourg-Ville
Construction d’appartements et trafic de navetteurs dans le quartier de la Cloche d’Or à Luxembourg-Ville. Image d’illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Deux reprises se dessinent au Luxembourg, sans encore former une embellie partagée. L’emploi total accélère, mais surtout grâce aux travailleurs frontaliers, tandis que le nombre de résidents au chômage continue de monter. Dans l’immobilier, les ventes de logements anciens retrouvent des couleurs, alors que le marché du neuf demeure très éloigné de son rythme d’avant-crise.

Cette dissociation explique pourquoi des indicateurs favorables peuvent coexister avec un sentiment de fragilité. La série provisoire et corrigée des variations saisonnières du STATEC fait apparaître une hausse de l’emploi total de 0,5 % entre le premier et le deuxième trimestre 2026. En juin, sa progression atteignait 1,9 % sur un an, contre seulement 0,6 % en décembre 2024. Elle reste toutefois inférieure aux taux de plus de 3 % observés avant la pandémie de Covid-19 et en 2022.

La reprise de l’emploi passe la frontière

L’essentiel de l’accélération récente vient de l’emploi frontalier, en hausse de 2,4 % sur un an en juin. La santé et l’action sociale, ainsi que les activités administratives et les services de soutien, en ont été les principaux moteurs. Entre décembre 2025 et avril 2026, les navetteurs venus de France ont fourni environ 90 % de l’augmentation de l’emploi frontalier.

La situation des résidents est moins favorable. Leur emploi reste faible dans la construction, le commerce de détail, l’hôtellerie-restauration, l’industrie, ainsi que l’information et la communication. La finance fait exception : l’emploi résident y a augmenté, tandis que celui des non-résidents a reculé.

Au 30 juin, l’ADEM recensait 19 619 demandeurs d’emploi résidents disponibles, soit 1 733 personnes de plus qu’un an auparavant. Cette hausse de 9,7 % a porté le taux de chômage corrigé des variations saisonnières à 6,4 %, contre 5,9 % en août 2025. Elle frappe particulièrement les demandeurs hautement qualifiés, dont le nombre progresse de 19,1 %, et les 30-44 ans, en hausse de 12,8 %. Les métiers du secrétariat et du soutien, de l’informatique, de la comptabilité et de la gestion, ainsi que de la banque, enregistrent les augmentations les plus marquées.

« La reprise économique est timide et inégale, sur fond d’affaiblissement du marché du travail. » — Équipe des services du Fonds monétaire international chargée de la mission de 2026 au titre de l’article IV

Le diagnostic du FMI résume le décalage : des emplois sont créés, mais leur répartition sectorielle et les compétences recherchées ne correspondent pas nécessairement au profil des résidents disponibles. La Commission européenne prévoit d’ailleurs une croissance de l’emploi de 1,3 % en 2026, inférieure à la moyenne historique.

Population, actifs et emplois : des périmètres à distinguer

La population luxembourgeoise a atteint 690 959 habitants au 1er janvier 2026, après une progression de 1,3 % pendant l’année 2025. Eurostat a mesuré séparément un taux brut de variation démographique de 13,1 pour 1 000. D’un strict point de vue arithmétique, la hausse annuelle de 1,9 % de l’emploi total dépasse donc la croissance démographique la plus récente.

Cette comparaison ne permet pourtant pas de conclure que l’emploi progresse suffisamment pour les résidents. Les périodes ne coïncident pas et, surtout, l’emploi intérieur total englobe les frontaliers, alors que le chômage et la population sont des mesures résidentes. Comme l’écrit le STATEC, « l’accélération de la population active, supérieure à celle de la population, ainsi que le rebond de l’emploi frontalier vont dans ce sens ».

Les offres d’emploi livrent elles aussi un signal à double lecture. Les inscriptions de postes vacants ont augmenté de 7,2 % sur un an en juin, à 3 167, et leur stock en fin de mois de 3,1 %, à 7 081. Mais, sur l’ensemble du deuxième trimestre, les flux d’offres ont reculé de près de 7 % par rapport au premier, après une hausse trimestrielle de 4 % au premier trimestre. Ces chiffres ne se contredisent pas : les uns comparent deux mois de juin, les autres deux trimestres successifs. Ils indiquent plutôt que la demande de main-d’œuvre subsiste, tout en perdant de l’élan au printemps.

Dans le logement, l’ancien repart sans entraîner le neuf

Au premier trimestre 2026, les prix des logements ont progressé de 0,7 % sur trois mois et de 1,7 % sur un an. Les transactions d’appartements existants ont augmenté de 9,4 %, à 968, se rapprochant de la moyenne de 1 032 observée aux premiers trimestres de 2017 à 2021. Les ventes de maisons ont avancé de 11,5 %, à 650.

Le contraste avec la construction neuve reste saisissant. Seuls 207 appartements ont été vendus sous contrat de vente en l’état futur d’achèvement, soit un recul annuel de 18,2 %. Avant la crise, la moyenne des premiers trimestres approchait 650 ventes. Le ministère du Logement et de l’Aménagement du territoire, qui publie le rapport no 25 de l’Observatoire de l’habitat, estime néanmoins que « le marché immobilier résidentiel semble avoir retrouvé un rythme plus normal ».

  • Les transactions dans l’ancien se rapprochent de leurs niveaux antérieurs.
  • Les ventes d’appartements neufs restent très inférieures à leur moyenne d’avant-crise.
  • Les loyers annoncés des appartements ont augmenté de 4,4 % sur un an, contre 1,4 % pour les baux en cours et 1,6 % pour l’inflation.

Ces statistiques ne reposent pas toutes sur les mêmes sources. Les transactions et les prix de vente proviennent des actes notariés et des données du registre foncier, tandis que les loyers annoncés sont issus des offres publiées sur Immotop. Le STATEC emploie des indices hédoniques afin de neutraliser les variations de caractéristiques des biens. Selon l’institut, une récente modification méthodologique a eu un effet limité sur l’indice agrégé, mais plus sensible sur les comparaisons entre segments.

Le crédit n’offre pas davantage de signal univoque. En mai 2026, le taux variable moyen des prêts immobiliers s’établissait à 3,10 %. Les taux fixes allaient de 3,74 % pour une fixation initiale d’un à cinq ans à 3,99 % pour 25 à 30 ans. Les nouveaux prêts à taux variable ont reculé à 212 millions d’euros, contre 246 millions en avril.

Enfin, la comparaison annuelle succède à une envolée de 2025 déformée par l’expiration prochaine d’incitations fiscales temporaires, qui avait avancé certaines transactions. La Commission européenne n’attend qu’une légère reprise de l’investissement résidentiel en 2026. L’économie luxembourgeoise se stabilise donc sur deux fronts, sans avoir encore résolu ses deux faiblesses centrales : l’accès des résidents à l’emploi et l’atonie persistante de la construction neuve.

Questions fréquentes

Pourquoi l’emploi augmente-t-il alors que le chômage progresse ?
L’emploi intérieur total inclut les travailleurs frontaliers, tandis que le chômage mesure les demandeurs d’emploi résidents. La création de postes occupés par des navetteurs peut donc coexister avec une hausse du chômage parmi les résidents.
Le marché immobilier luxembourgeois a-t-il retrouvé son niveau normal ?
L’ancien se rapproche de ses volumes antérieurs, avec 968 ventes d’appartements existants au premier trimestre. Le neuf reste en revanche très déprimé : 207 ventes en VEFA, contre une moyenne d’avant-crise proche de 650.
Les chiffres des offres d’emploi sont-ils contradictoires ?
Non. Les inscriptions de juin augmentent de 7,2 % sur un an, mais les flux du deuxième trimestre reculent de près de 7 % par rapport au premier trimestre. Ces comparaisons portent sur des périodes différentes.
Sources(11)
  1. 1STATEC Reports Higher Employment, Rising Unemployment & Housing RecoveryChronicle.lu · chronicle.lu
  2. 2Évolution du chômage en juin 2026Government of Luxembourg / ADEM · gouvernement.lu
  3. 3Despite increase in vacancies: Unemployment climbs to 6.4% in JuneRTL Today · today.rtl.lu
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