Comptes nationaux

Le Luxembourg fait du surplace au premier trimestre, quand la zone euro recule

Les comptes du STATEC affichent une croissance nulle début 2026. Le Grand-Duché tient mieux que ses voisins, mais l'atonie pèse déjà sur les prévisions et le budget de l'année.

Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Immeuble de bureaux contemporain du STATEC au Kirchberg, à Luxembourg-Ville, avec les drapeaux européen et luxembourgeois
Le STATEC, l'institut national de la statistique, au Kirchberg, à Luxembourg-Ville, où sont publiés les comptes nationaux trimestriels. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Au premier trimestre 2026, l'économie luxembourgeoise n'a tout simplement pas bougé. Selon les chiffres diffusés le 5 juin par le STATEC, l'institut national de la statistique, le produit intérieur brut en volume a affiché une croissance strictement nulle — 0,0 % — par rapport aux trois derniers mois de 2025. Une immobilité qui, paradoxalement, fait figure de bonne nouvelle : dans le même temps, la zone euro, elle, a reculé.

Sur un an, le PIB du Grand-Duché reste supérieur de 1,6 % à son niveau du premier trimestre 2025. Et la comparaison avec les voisins tourne à l'avantage de Luxembourg. Le même jour, Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, indiquait que le PIB de la zone euro avait fléchi de 0,2 % sur le trimestre et celui de l'ensemble de l'UE de 0,1 %.

« Le PIB a diminué de 0,2 % dans la zone euro et de 0,1 % dans l'UE », résumait Eurostat. Le chiffre constitue une révision à la baisse par rapport à l'estimation rapide publiée à la mi-mai, et marque la première contraction trimestrielle de la zone euro depuis plus de trois ans. L'essentiel de la dégradation se concentre toutefois en Irlande, dont les données dominées par les multinationales — réputées d'une volatilité extrême — se sont effondrées de 12,1 % sur le trimestre ; la France, de son côté, cède 0,1 %.

Une stagnation qui cache des secteurs qui décrochent

Dans ce contexte, faire du surplace équivaut presque à une forme de résistance. Mais le détail des comptes luxembourgeois dessine une économie en mal de souffle. Mesurée par l'approche production, la valeur ajoutée totale a en réalité reculé de 0,3 % sur le trimestre, fruit de trajectoires sectorielles fortement divergentes.

Le STATEC identifie deux piliers de l'économie nationale comme principaux freins :

  • l'industrie manufacturière ;
  • les activités financières et d'assurance, cœur d'une économie de services surdimensionnée.

À l'inverse, les transports et l'entreposage, l'administration publique, l'enseignement et la construction ont, eux, apporté une contribution positive. « Les contributions les plus négatives proviennent de l'industrie manufacturière et des activités financières et d'assurance », précise l'institut.

L'investissement et la dépense publique sauvent les meubles

Du côté des dépenses, c'est l'effort d'investissement et la commande publique qui ont permis de maintenir l'économie à flot. La formation brute de capital fixe — l'investissement — et la consommation finale des administrations publiques ont toutes deux soutenu l'activité. Le STATEC attribue la hausse de l'investissement avant tout à un volume accru de travaux de construction non résidentielle et à des achats de machines et de produits métalliques.

Les ménages, en revanche, ont resserré les cordons de la bourse. Leur consommation finale a reculé sur le trimestre : les résidents ont sollicité moins de services de santé et de restauration, et différé leurs achats liés à l'automobile. La balance extérieure s'est elle aussi dégradée, dans un pays où les flux commerciaux pèsent lourd face à la production intérieure.

Les exportations (tant de biens que de services) ont diminué plus fortement que les importations.

Cette détérioration des échanges nets, conjuguée à une demande des ménages plus molle, a suffi à effacer les gains tirés de l'investissement et de la dépense publique, ramenant la croissance d'ensemble à zéro. Le STATEC a par ailleurs revu en baisse son estimation de croissance annuelle pour le quatrième trimestre 2025, à 2,1 % contre 2,4 % précédemment.

Une série molle, et une prévision sous tension

La stagnation prolonge une séquence de croissance atone. L'estimation préliminaire du STATEC chiffre l'expansion de l'année 2025 à seulement 0,6 %, légère reprise après les 0,1 % de 2023 et les 0,4 % de 2024, mais une fraction des quelque 2,5 % de croissance annuelle moyenne dont le Luxembourg a bénéficié sur la décennie 2010-2019.

Cette faiblesse persistante a contraint les statisticiens à revoir leurs ambitions. Dans sa Note de conjoncture de juin 2025, le STATEC tablait sur 2,0 % de croissance en 2026 ; dès son Conjoncture Flash de mars 2026, il abaissait ce chiffre à 1,7 % en avertissant qu'il serait vraisemblablement revu plus bas encore, compte tenu d'un environnement international qui se dégrade. Le coup d'arrêt du premier trimestre et le glissement de la zone euro dans le rouge n'allègent en rien cette pression.

Or les enjeux dépassent de loin les tableaux de croissance. Le PIB est le chiffre qui structure le budget de l'État, le marché du travail et la question, politiquement sensible, du prochain ajustement des salaires à l'inflation. Le STATEC anticipe que la prochaine tranche indiciaire — l'indexation automatique qui relève salaires et pensions au rythme des prix — devrait se déclencher au troisième trimestre 2026.

Les finances publiques, elles aussi, sont en train de tourner. Après un budget équilibré en 2025, la prévision de juin 2025 du STATEC envisageait un déficit d'environ 0,9 % du PIB en 2026, à mesure que les recettes ralentissent et que les dépenses progressent. Les prévisions de printemps 2026 de la Commission européenne se montrent plus sombres encore : un déficit plus proche de 1,2 % du PIB et une dette publique en hausse, d'environ 26,5 % du PIB en 2025 à quelque 29,2 % en 2026. Avec le secteur financier — première source de recettes fiscales de l'État, sous la responsabilité du ministre des Finances Gilles Roth — parmi les principaux freins du trimestre, une croissance durablement plate rognerait les marges de manœuvre au moment précis où la conjoncture européenne se retourne.

Pour l'heure, les responsables luxembourgeois peuvent tirer un maigre réconfort d'avoir tenu leur rang quand les voisins flanchaient. Reste à savoir s'il s'agit du plancher d'un simple passage à vide ou du début d'un plateau plus durable : il faudra attendre les comptes du deuxième trimestre, plus tard dans l'année, pour le savoir.

Questions fréquentes

De combien le PIB luxembourgeois a-t-il progressé au premier trimestre 2026 ?
Selon le STATEC, le PIB en volume a affiché une croissance nulle (0,0 %) par rapport au quatrième trimestre 2025, et une hausse de 1,6 % par rapport au premier trimestre 2025.
Comment le Luxembourg se compare-t-il à la zone euro ?
Le Luxembourg a fait mieux que ses voisins : la zone euro a reculé de 0,2 % sur le trimestre et l'UE de 0,1 %, selon Eurostat. L'Irlande (-12,1 %) a pesé sur l'agrégat, tandis que la France cédait 0,1 %.
Quels secteurs ont fait reculer la valeur ajoutée ?
Le STATEC pointe l'industrie manufacturière et les activités financières et d'assurance comme principaux freins. Les transports et l'entreposage, l'administration publique, l'enseignement et la construction ont apporté une contribution positive.
Quelles conséquences pour le budget et les salaires ?
Le STATEC anticipe un déficit public d'environ 0,9 % du PIB en 2026 (jusqu'à 1,2 % selon la Commission européenne) et prévoit le déclenchement de la prochaine tranche indiciaire, l'indexation des salaires et pensions, au troisième trimestre 2026.
Sources(8)
  1. 1STATEC Estimates Luxembourg GDP Growth at 0% for 1st Quarter of 2026Chronicle.lu · chronicle.lu
  2. 2GDP down by 0.2% and employment up by 0.1% in the euro area (Q1 2026)Eurostat · ec.europa.eu
  3. 3GDP and employment both up by 0.1% in the euro area (flash estimate, Q1 2026)Eurostat · ec.europa.eu
  4. 4STATEC Reports Luxembourg GDP Growth Slows to 0.6% in 2025Chronicle.lu · chronicle.lu
  5. 5Conjoncture Flash March 2026: Growth remains weak in 2025… and fears loom for 2026STATEC (Statistics Portal, Luxembourg) · statistiques.public.lu
  6. 6Luxembourg GDP to grow 1% in 2025, indexation in Q3 2026: StatecDelano · delano.lu
  7. 7Luxembourg GDP to grow 1% in 2025, indexation in Q3 2026: StatecPaperjam · en.paperjam.lu
  8. 8Economic forecast for LuxembourgEuropean Commission, Economy and Finance · economy-finance.ec.europa.eu

naviguerouvrirescfermer