Relations UE-Chine

Commerce : Pékin et Bruxelles renouent le dialogue sous tension

Le ministre chinois du Commerce Wang Wentao rencontre Maroš Šefčovič deux jours, sur fond de bras de fer autour des terres rares, des voitures électriques et d'un déficit de 360 milliards d'euros.

Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

Le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne à Bruxelles, avec les drapeaux de l'UE et de la Chine déployés pour une visite commerciale bilatérale.
Le siège de la Commission européenne, le Berlaymont, à Bruxelles, pavoisé aux couleurs de l'UE et de la Chine. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

C'est une poignée de main entre deux partenaires qui ne se font plus tout à fait confiance. Lundi 29 juin, le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, est arrivé à Bruxelles pour deux jours d'entretiens avec le chef de la diplomatie commerciale européenne, Maroš Šefčovič. Une rencontre placée sous le signe de la défiance, à un moment où les relations entre l'Union européenne et son deuxième partenaire commercial pour les biens traversent leur passe la plus orageuse depuis des années.

La Commission européenne avait confirmé l'entrevue le 22 juin ; le South China Morning Post avait, le premier, révélé que Wang Wentao serait dans la capitale belge les 29 et 30 juin, pour une journée de négociations suivie d'un dîner de travail, avant de poursuivre vers Londres. Selon l'Agence France-Presse, ce déplacement répond à une consigne donnée moins de deux semaines plus tôt par les dirigeants européens : maintenir le canal du dialogue avec Pékin tout en préparant des instruments de défense plus mordants.

Toile de fond de ces discussions : un déséquilibre commercial inédit. En 2025, le déficit de biens de l'UE avec la Chine a atteint quelque 360 milliards d'euros — 359,9 milliards très exactement, selon Euronews. Bruxelles impute ce gouffre à un déferlement d'exportations chinoises dopées par les subventions publiques. Citant des travaux économiques, l'AFP relève qu'entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont bénéficié de soutiens publics environ trois à huit fois supérieurs à ceux dont profitent leurs concurrentes des pays de l'OCDE.

Terres rares et voitures électriques, les deux fronts du litige

Deux dossiers cristallisent les crispations. Le premier touche aux terres rares, ces métaux indispensables aux moteurs de véhicules électriques, aux éoliennes, aux réacteurs d'avion et aux systèmes d'armement. D'après le service de recherche du Parlement européen, Pékin a instauré deux vagues de contrôles à l'exportation, en avril puis en octobre 2025, la seconde étant suspendue jusqu'en novembre 2026. Les industriels européens dénoncent des blocages asphyxiants : selon des fédérations professionnelles suivies par la Chambre de commerce de l'UE en Chine, moins d'un quart des plus de 140 demandes de licences avaient reçu un feu vert à la mi-septembre.

Pour Maroš Šefčovič, ces restrictions constituent un véritable test de confiance.

Cette situation jette une ombre sur notre relation. Une résolution rapide est donc indispensable. — Maroš Šefčovič, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du commerce

Le second front, ce sont les automobiles électriques. En 2024, l'UE a imposé des droits antisubventions supplémentaires — environ 17 % pour BYD, 18,8 % pour Geely et plus de 35 % pour SAIC, qui s'ajoutent au tarif douanier ordinaire de 10 % sur les voitures, rapporte l'Atlantic Council. Des mesures qui n'ont guère freiné le flux : les exportations automobiles chinoises vers l'Europe ont tout de même bondi de 26 % entre 2024 et 2025, pour frôler 1,2 million de véhicules, tandis que les importations d'hybrides s'envolaient de 155 %. En janvier 2026, la Commission a publié des orientations envisageant de remplacer ces droits par des prix minimaux à l'importation, ou « engagements de prix » — un dispositif que les responsables eux-mêmes jugent bien plus délicat à contrôler pour des voitures finies que pour des matières premières.

Une Union toujours partagée sur la fermeté à adopter

Tout en négociant, Bruxelles aiguise son arsenal. Les services de la Commission évoquent un nouvel instrument de « surcapacité », pensé pour diversifier les fournisseurs et desserrer l'emprise chinoise sur les puces et les minerais critiques. À compter de juillet, l'UE réduira par ailleurs de 47 % ses quotas d'acier exemptés de droits — de 33 à 18,3 millions de tonnes — et doublera à 50 % les droits hors quota, jusqu'en 2031, indique l'Atlantic Council. Le climat s'est encore alourdi avec l'affaire Nexperia : les activités néerlandaises de ce fabricant de puces sous contrôle chinois (Wingtech) ont été placées sous tutelle de l'État, ce qui a poussé Pékin à suspendre certaines livraisons de composants.

Reste que les Vingt-Sept ne s'accordent pas sur le degré de fermeté à afficher. La France, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas et la Lituanie ont signé un document commun plaidant pour un recours plus rapide aux droits de douane et aux quotas, rapporte Euronews, quand l'Allemagne — dont les constructeurs dépendent du marché chinois — entend avant tout préserver leur accès à ce débouché. Pékin, de son côté, prévient qu'il ripostera à toute mesure jugée déloyale, ayant déjà visé le cognac, le porc et les produits laitiers européens. Son ambassadeur auprès de l'UE, Cai Run, appelle à la retenue, assurant devant un auditoire bruxellois que les deux camps sont « des partenaires, pas des rivaux, et certainement pas des ennemis ».

Pourquoi le Luxembourg, petite économie ouverte, observe de près

Pour un État membre aussi tributaire du commerce que le Luxembourg, l'enjeu est tangible. L'institut national de statistique, le STATEC, a relevé que le Grand-Duché avait importé pour 922 millions d'euros de biens chinois en 2025 et en avait exporté pour 346 millions — pour l'essentiel des vannes industrielles et des feuilles de cuivre. La Chine ne représente qu'environ 3 % des importations luxembourgeoises en valeur, mais son poids grimpe vite dans les catégories stratégiques : elle a fourni 20 % des importations d'équipements électriques, audio et vidéo du pays sur les dix premiers mois de 2025, contre 3 % un an plus tôt, précise le STATEC.

Cette dépendance joue dans les deux sens. Économie ouverte qui prospère grâce à la fluidité des échanges et à l'investissement étranger, le Luxembourg aurait beaucoup à perdre dans une escalade tarifaire du tac au tac — mais tout autant dans une rupture d'approvisionnement en terres rares et en composants dont vivent les usines de ses voisins. La Commission a indiqué que d'éventuelles mesures nouvelles pourraient être soumises aux dirigeants européens à l'automne, des responsables évoquant des décisions concrètes dès octobre. Les pourparlers de lundi à Bruxelles offrent, à ce jour, le test le plus clair pour savoir si la négociation peut encore conjurer une confrontation plus large.

Questions fréquentes

Pourquoi Wang Wentao se rend-il à Bruxelles ?
Le ministre chinois du Commerce mène les 29 et 30 juin 2026 deux jours d'entretiens avec le vice-président de la Commission Maroš Šefčovič, sur instruction des dirigeants européens de dialoguer avec Pékin tout en préparant des mesures défensives, avant de poursuivre vers Londres.
Quels sont les principaux points de friction ?
Deux dossiers dominent : les restrictions chinoises à l'exportation de terres rares, qui bloquent l'industrie européenne, et les droits antisubventions de l'UE sur les voitures électriques chinoises (jusqu'à plus de 35 % pour SAIC), le tout sur fond d'un déficit commercial record.
En quoi le Luxembourg est-il concerné ?
Le Grand-Duché a importé pour 922 millions d'euros de biens chinois en 2025 et en a exporté pour 346 millions. La Chine ne pèse qu'environ 3 % de ses importations, mais a fourni 20 % de ses équipements électriques et audiovisuels sur dix mois de 2025, contre 3 % un an plus tôt.
Sources(10)
  1. 1EU, China trade tensions loom over minister visitAFP via Yahoo Finance · finance.yahoo.com
  2. 2China's commerce chief Wang Wentao expected in Brussels on June 29 and 30: sourcesSouth China Morning Post · scmp.com
  3. 3EU trade chief to meet China envoy amid heated trade tensionsEuronews · euronews.com
  4. 4Europe has had enough of China's export surgeAtlantic Council · atlanticcouncil.org
  5. 5China's rare-earth export restrictionsEuropean Parliament (EPRS) · epthinktank.eu
  6. 6Commission issues Guidance Document on submission of price undertaking offers for battery electric vehicles from ChinaEuropean Commission, DG Trade · policy.trade.ec.europa.eu
  7. 7Conjoncture Flash January 2026: Record trade surplus for China in 2025STATEC (Luxembourg statistics portal) · statistiques.public.lu
  8. 8Chinese commerce minister to visit Brussels in 'coming days' to discuss rare earths: European trade commissionerAnadolu Agency · aa.com.tr
  9. 9China threatens retaliation over new EU tool to curb Chinese 'overcapacity'EUobserver · euobserver.com
  10. 10China agrees to crisis talks in Brussels as rare earth and Nexperia sagas boil overSouth China Morning Post · scmp.com

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