Artisanat et compétences

Dix ans après, la formation de l'artisanat luxembourgeois reste à mi-chemin

Les Centres de Compétences GTB/PAR revendiquent plus de 90 000 personnes formées en une décennie. Mais l'artisanat luxembourgeois dépend toujours autant de la main-d'œuvre frontalière.

Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Hall de formation des Centres de Compétences à Krakelshaff, Bettembourg, avec pompes à chaleur, panneaux photovoltaïques et installations de chauffage-ventilation.
Le hall de formation des Centres de Compétences GTB/PAR à Krakelshaff (Bettembourg) : un atelier équipé de pompes à chaleur, de panneaux photovoltaïques et d'installations de chauffage-ventilation pour l'apprentissage pratique. Image d'illustration générée par IA. Illustration générée par IA — Status

On reconnaît la maturité d'un dispositif à ce qu'il finit par paraître évident. En juin, lors d'une soirée intitulée Les Maîtres du Geste qui a réuni plus de 500 invités du monde politique, économique, syndical et artisanal, les Centres de Compétences pour le génie technique du bâtiment et le parachèvement ont fêté leurs dix ans. Le chiffre brandi pour l'occasion est volontiers spectaculaire : plus de 90 000 personnes formées au fil de plus de 17 000 sessions depuis 2016. Derrière l'arrondi, la comptabilité maison est plus précise — 84 807 participants et 16 622 sessions — mais le message reste le même : électriciens, chauffagistes, couvreurs et installateurs sanitaires du pays passent désormais, presque mécaniquement, par cet outil.

L'anniversaire invite pourtant à dépasser le volume. Une vingtaine de personnes d'une équipe d'environ 25 salariés ont irrigué quelque 2 600 entreprises artisanales en dix ans, et la pente est raide : à la mi-2023 encore, les centres revendiquaient 44 000 personnes formées en sept ans. Mais le verdict de la décennie se joue ailleurs que sur le débit. La vraie question est de savoir si ce modèle a commencé à résorber la pénurie de bras qualifiés du Luxembourg, ou s'il s'est contenté de la rendre supportable.

Une cotisation obligatoire, une formation gratuite

Les Centres de Compétences naissent d'un accord interprofessionnel signé en juillet 2015 entre la Fédération des Artisans et les syndicats OGBL et LCGB. Deux structures — Génie Technique du Bâtiment et Parachèvement — fonctionnent de concert et couvrent une trentaine de métiers : électricité, chauffage, sanitaire et ascenseurs d'un côté, toiture, carrelage et peinture de l'autre, avec depuis 2019 des compétences de gestion, de numérique et de savoir-être.

C'est le financement qui distingue le Luxembourg. Les entreprises artisanales concernées acquittent une cotisation obligatoire de 0,5 % de leur masse salariale, mutualisée via le fonds sectoriel Fongeco — environ 2 000 sociétés membres — en vertu d'un règlement grand-ducal en vigueur depuis novembre 2015. En contrepartie, la formation est gratuite pour les salariés des entreprises cotisantes. Des subventions du Fonds Climat et Énergie ont par ailleurs aidé à financer les équipements liés à la transition énergétique. Le mécanisme transforme la formation continue, d'ordinaire perçue comme un coût facultatif, en un droit collectif — une manière d'atteindre les petits ateliers qui, seuls, ne budgétisent presque jamais la montée en compétences.

La Chambre des Métiers, établissement de droit public du secteur, se tient à côté des centres plutôt qu'au-dessus : elle assure une formation continue complémentaire, davantage théorique, quand les centres misent sur la pratique. Le lien doit se resserrer, puisqu'un nouveau bâtiment abritera des salles partagées avec le Service de Contrôle et de Réception du Bâtiment de la Chambre.

Un atelier taillé pour la transition énergétique

Le cœur physique du dispositif est le Centre de Formation Krakelshaff, à Bettembourg, ouvert début 2021 sur un terrain de 2,45 hectares mis à disposition par les ministères de l'Économie et des Classes moyennes. Ses quelque 5 000 mètres carrés — deux bâtiments de formation quasi identiques reliés par une passerelle métallique, plus deux grands halls — permettent d'apprendre sur des installations réelles plutôt qu'en salle de cours.

Or ces installations sont de plus en plus celles de la décarbonation. Les centres ont bâti des cursus autour des pompes à chaleur, des chaudières à combustion, de la ventilation, du photovoltaïque, de la thermographie du bâtiment, des systèmes de gestion énergétique domestique et de l'électromobilité, l'hydrogène étant annoncé comme le prochain chantier. Pour ses dix ans, le dispositif a confirmé son extension :

  • un atelier équipé de 500 mètres carrés dès l'été 2026 ;
  • un nouveau bâtiment partagé avec le SCRB de la Chambre des Métiers ;
  • un site projeté dans le nord du pays, pour rapprocher la formation des entreprises éloignées.

la formation reste la clé de la compétitivité, de l'innovation et de la durabilité

La formule est de Claude Schreiber, président du centre Génie Technique du Bâtiment. Marc Herkes, qui préside le centre Parachèvement, a tenu pour sa part à rendre hommage à ceux qui ont conçu ces parcours : « rien de ce qui existe ici – les programmes, les maquettes, les parcours – n'existerait sans nos équipes ».

Combler le manque, ou le masquer ?

L'argument politique en faveur des centres est celui de la montée en compétences en général. « La montée en compétences est un pilier indispensable pour garantir l'employabilité, la compétitivité et la cohésion sociale », a déclaré le ministre du Travail Marc Spautz devant l'assistance, plaçant la formation continue au centre de la réponse luxembourgeoise à un marché de l'emploi mouvant.

Le décor structurel, lui, est singulièrement contrasté. Le Luxembourg comptait près de 494 000 salariés fin 2025, dont environ 47 % de travailleurs frontaliers — quelque 229 000 personnes faisant chaque jour la navette depuis la France, la Belgique et l'Allemagne. Aucune autre économie de l'Union ne dépend à ce point d'une main-d'œuvre qu'elle ne loge pas, et les secteurs servis par les centres — construction, énergie, artisanat — figurent parmi les plus exposés au manque de mains qualifiées.

À cette aune, le bilan de la décennie est mitigé. Les centres ont indéniablement relevé le niveau des actifs déjà présents dans les métiers luxembourgeois, et le modèle financé par la cotisation a donné aux petites structures un accès à des formations qu'elles n'auraient pas achetées autrement. Ce que dix ans n'ont pas réussi, c'est à desserrer la dépendance du pays à la main-d'œuvre importée et frontalière : l'artisanat continue de recruter au-delà des frontières parce que l'offre nationale ne suffit pas à remplir les carnets de commandes, et la transition énergétique ajoute de nouvelles spécialités plus vite qu'aucun système de formation ne peut les pourvoir.

Les centres se retrouvent ainsi dans une position familière aux institutions luxembourgeoises : indispensables, et insuffisants à eux seuls. Ils ont construit une capacité durable à maintenir les compétences existantes et à absorber les nouveaux besoins des métiers verts. Mais résorber la pénurie supposerait ce qu'ils ne peuvent fournir seuls : davantage de personnes décidées, d'abord, à embrasser ces métiers. Pour l'heure, le modèle ne soigne pas le manque de bras — il l'empêche de s'aggraver.

Questions fréquentes

Que sont les Centres de Compétences GTB/PAR ?
Ce sont deux structures de formation continue pour les métiers du génie technique du bâtiment (électricité, chauffage, sanitaire, ascenseurs) et du parachèvement (toiture, carrelage, peinture). Nés d'un accord interprofessionnel de juillet 2015 entre la Fédération des Artisans et les syndicats OGBL et LCGB, ils sont opérationnels depuis 2016 et couvrent une trentaine de métiers pour environ 2 600 entreprises artisanales.
La formation est-elle payante pour les artisans ?
Non, pour les salariés des entreprises cotisantes. Les sociétés concernées versent une cotisation obligatoire de 0,5 % de leur masse salariale, mutualisée via le fonds sectoriel Fongeco depuis un règlement grand-ducal de novembre 2015. En contrepartie, l'accès aux formations est gratuit pour leurs salariés.
Le dispositif a-t-il réglé la pénurie de main-d'œuvre ?
Pas à lui seul. Les centres ont relevé le niveau des actifs déjà présents, mais le Luxembourg dépend toujours fortement des frontaliers — environ 47 % de près de 494 000 salariés fin 2025. L'artisanat continue de recruter au-delà des frontières et la transition énergétique crée de nouveaux besoins plus vite qu'ils ne peuvent être comblés.
Qu'est-ce qui change pour les dix ans ?
Les centres ont annoncé un atelier équipé de 500 m² à l'été 2026, un nouveau bâtiment partagé avec le Service de Contrôle et de Réception du Bâtiment de la Chambre des Métiers, et un site projeté dans le nord du pays, ainsi que de nouvelles formations (pompes à chaleur, ventilation, hydrogène, photovoltaïque, électromobilité).
Sources(9)
  1. 1Les Centres de Compétences de l'artisanat célèbrent une décennie à l'ouvrageCentres de Compétences GTB/PAR (cdc-gtb.lu) · cdc-gtb.lu
  2. 2À propos — Centres de Compétences Génie Technique & ParachèvementCentres de Compétences GTB/PAR (cdc-gtb.lu) · cdc-gtb.lu
  3. 3Annonce Centres de compétences (décennie : 84 807 participants, 16 622 formations)Infogreen.lu · infogreen.lu
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