Guerre du matériel

Apple poursuit OpenAI en justice pour le vol présumé de ses secrets industriels

Le fabricant de l'iPhone accuse son ancien partenaire d'intelligence artificielle et l'atelier io de Jony Ive d'avoir orchestré, du bas au sommet, le vol de ses secrets de conception.

Par Marc Weber · · 5 min de lecture

Façade vitrée d'un magasin Apple avec le logo blanc lumineux de la marque, illustrant le rôle d'Apple comme plaignant dans son procès contre OpenAI.
La devanture minimaliste d'un magasin Apple, symbole du plaignant dans le litige. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

La lune de miel est terminée, place au prétoire. Deux ans après s'être affichés côte à côte sur la même scène, Apple et OpenAI se retrouvent adversaires devant un juge. Le 10 juillet, le fabricant de l'iPhone a déposé une plainte au civil devant le tribunal fédéral du district nord de la Californie, accusant l'entreprise d'intelligence artificielle et la jeune pousse io Products d'avoir monté une opération concertée pour dérober ses conceptions confidentielles et en équiper les futurs objets connectés d'OpenAI.

Le calendrier n'a rien d'anodin : la procédure tombe au moment précis où OpenAI s'apprête à commercialiser son tout premier appareil physique — un objet doté d'un écran lumineux censé faire tourner ChatGPT au creux de la main. En quelques pages, le litige transforme la rivalité entre le groupe le plus valorisé de la planète et le nom le plus célèbre de l'IA générative en une bataille juridique sur la propriété des idées qui façonneront la prochaine génération d'électronique grand public.

Un vol « à tous les niveaux », selon la plainte

L'argument central d'Apple ne vise pas quelques brebis galeuses isolées, mais une pratique qui aurait irrigué toute la hiérarchie d'OpenAI. Le document en fait un système, et le formule sans détour.

À tous les niveaux, depuis les membres de son personnel technique jusqu'à son directeur du matériel, et en coordination avec des partenaires commerciaux, OpenAI a volé les secrets industriels et les informations confidentielles d'Apple.

La plainte met nommément en cause deux anciens salariés d'Apple. Le plus haut placé est Tang Tan, aujourd'hui directeur du matériel d'OpenAI. Cet ingénieur a passé près de vingt-quatre ans chez Apple, où il est devenu vice-président du design produit, supervisant l'allure de l'iPhone et de l'Apple Watch avant de partir début 2024. Apple affirme qu'il a transformé le recrutement d'OpenAI en officine de renseignement, en demandant à des candidats encore employés par la marque à la pomme d'introduire des composants propriétaires lors de leurs entretiens d'embauche.

Selon la plainte, Tang Tan « a demandé à des candidats travaillant encore pour Apple d'apporter à leurs entretiens de "véritables pièces" provenant d'Apple, pour des séances de "montrer et raconter" au cours desquelles lui et son équipe chez OpenAI peuvent soutirer davantage d'informations confidentielles d'Apple ». Le document ajoute qu'il se serait servi d'informations confidentielles d'Apple durant ces échanges pour en extraire encore plus de connaissances internes.

La seconde personne visée est Chang Liu, ingénieur en systèmes électriques passé par Apple pendant environ huit ans avant de rejoindre OpenAI en janvier 2026. Apple lui reproche d'avoir téléchargé des fichiers matériels confidentiels, conservé un ordinateur portable fourni par l'entreprise et conseillé un collègue sur la manière de contourner les contrôles de sécurité prévus au départ des salariés. Le groupe assure que plus de quatre cents de ses anciens employés travaillent désormais chez OpenAI, une hémorragie de talents qu'il présente comme la toile de fond du vol présumé.

D'alliés à ennemis, en deux ans

La rupture est d'autant plus spectaculaire que la relation était née sous les meilleurs auspices. En juin 2024, lors de la conférence des développeurs d'Apple, les deux entreprises avaient dévoilé un partenariat très médiatisé, intégrant ChatGPT (dans sa version GPT-4o) au nouveau système Apple Intelligence et à un Siri remanié. Pour OpenAI, c'était une consécration sur la plus grande scène de l'électronique grand public ; pour Apple, un moyen de combler son retard dans un domaine qu'elle avait tardé à investir.

La chaleur des débuts n'a pas duré. Apple s'est depuis tournée vers les modèles Gemini de Google pour certaines fonctions d'Apple Intelligence, un revirement rapporté en janvier 2026, et les deux entreprises ont glissé vers une concurrence frontale sur le matériel. Fait notable, la plainte précise que le partenariat entre ChatGPT et Siri « n'est pas en cause ici » — signe qu'Apple cherche à isoler une relation commerciale tout en accusant son interlocuteur d'espionnage industriel.

Figure aussi parmi les défendeurs io Products, l'atelier de conception cofondé par Jony Ive, l'ancien et célèbre chef du design d'Apple. OpenAI a racheté io en 2025 pour environ 6,4 milliards de dollars, pariant que l'équipe d'Ive lui donnerait les objets capables de rivaliser avec l'iPhone. Jony Ive est mentionné dans le document, mais n'est pas cité comme défendeur. Apple réclame des dommages et intérêts, des mesures d'injonction, des jugements déclaratoires et une ordonnance interdisant à OpenAI d'exploiter ses secrets industriels.

Ce que le procès révèle de la course à l'IA

OpenAI a rejeté les accusations. Dans une déclaration en réponse à la plainte, un porte-parole a assuré que l'entreprise n'avait rien à se reprocher.

« Nous n'avons aucun intérêt pour les secrets industriels d'autres entreprises, a-t-il affirmé. Nous restons concentrés sur la construction d'une technologie innovante qui donne du pouvoir aux gens partout dans le monde. »

Au-delà des faits précis, l'affaire cristallise un délitement plus vaste. L'essor de l'IA s'est bâti sur un enchevêtrement de partenariats, de licences et d'infrastructures partagées entre rivaux contraints de s'entraider pour avancer vite. À mesure que ces acteurs empiètent sur les marchés des autres — les laboratoires d'IA vers le matériel, les fabricants d'appareils vers les modèles —, les alliances s'effilochent en concurrence, puis en contentieux.

  • Apple, longtemps la gardienne la plus intraitable de ses secrets, accepte désormais d'étaler une fuite interne de ses talents dans des documents judiciaires publics.
  • OpenAI, valorisée comme l'une des entreprises majeures de la décennie, affronte une offensive juridique qui vise son ambition de devenir un constructeur de matériel à part entière.
  • Le litige braque le projecteur sur la circulation des ingénieurs et des dirigeants entre géants du secteur — et sur le savoir-faire propriétaire qui voyage avec eux.

Les affaires de secrets industriels sont réputées pour leur complexité factuelle et peuvent traîner des années ; la plainte d'Apple ne donne qu'une version d'une histoire qu'OpenAI conteste. Mais le simple dépôt marque un tournant. Deux des groupes les plus puissants de la technologie, jadis partenaires dans la réinvention du smartphone, sont devenus adversaires dans une bataille dont l'issue pourrait décider qui contrôlera les appareils — et les données — de l'ère de l'intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Que reproche exactement Apple à OpenAI ?
Apple accuse OpenAI et io Products d'avoir orchestré une campagne coordonnée pour dérober ses conceptions confidentielles et ses secrets industriels afin d'équiper le futur appareil grand public d'OpenAI. La plainte évoque un vol « à tous les niveaux », des membres du personnel technique jusqu'au directeur du matériel.
Qui sont les personnes nommément visées ?
Deux anciens salariés d'Apple. Tang Tan, désormais directeur du matériel d'OpenAI, aurait demandé à des candidats encore employés par Apple d'apporter de « véritables pièces » à leurs entretiens. Chang Liu, ex-ingénieur, est accusé d'avoir téléchargé des fichiers confidentiels et conservé un ordinateur portable de l'entreprise.
Comment OpenAI a-t-elle réagi ?
OpenAI a rejeté les accusations. Un porte-parole a déclaré : « Nous n'avons aucun intérêt pour les secrets industriels d'autres entreprises. Nous restons concentrés sur la construction d'une technologie innovante qui donne du pouvoir aux gens partout dans le monde. »
Ce procès remet-il en cause l'intégration de ChatGPT dans Siri ?
Non. La plainte précise expressément que le partenariat entre ChatGPT et Siri, annoncé à la WWDC de juin 2024, « n'est pas en cause ici ». Apple s'est toutefois depuis tournée vers les modèles Gemini de Google pour certaines fonctions d'Apple Intelligence.
Sources(10)
  1. 1Apple sues OpenAI alleging trade secret theft, says scheme was 'at every level'CNBC · cnbc.com
  2. 2Apple sues OpenAI over alleged trade secret theftTechCrunch · techcrunch.com
  3. 3Apple sues OpenAI for trade secret theftAxios · axios.com
  4. 4Apple sues OpenAI, alleging the AI company stole trade secretsThe Washington Post · washingtonpost.com
  5. 5Apple accuses OpenAI of using stolen trade secrets to create its upcoming AI gadgets in new lawsuitCNN Business · cnn.com
  6. 6Apple accuses OpenAI, and former design star Jony Ive's io Products firm, of stealing hardware trade secrets in blockbuster lawsuitFortune · fortune.com
  7. 7Apple sues OpenAI over alleged theft of trade secretsTom's Hardware · tomshardware.com
  8. 8Apple sues OpenAI, accuses ex-employees of stealing trade secrets9to5Mac · 9to5mac.com
  9. 9Apple announces OpenAI partnership, Siri and iOS 18 upgrades at WWDC 2024Semafor · semafor.com
  10. 10Apple unveils long-awaited AI strategy, partnership with OpenAI at WWDCAl Jazeera · aljazeera.com

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