Marché du travail

Emploi au Luxembourg : les résidents extra-européens et l'État tirent la croissance

Au premier trimestre 2026, l'emploi salarié progresse de 1,5 % sur un an, selon le Statec. Deux moteurs se détachent : les ressortissants de pays tiers et les services publics.

Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Scène de trajet matinal au Kirchberg, à Luxembourg-Ville : tours de verre, Luxtram rouge et blanc et travailleurs anonymes des bureaux et des chantiers.
Le quartier du Kirchberg à Luxembourg-Ville aux heures de pointe, symbole d'une main-d'œuvre salariée multinationale. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Le Luxembourg continue d'embaucher, mais il faut désormais regarder de près qui décroche ces emplois. Derrière une hausse en apparence banale de l'emploi salarié se cache un basculement révélateur : ce sont les résidents venus de l'extérieur de l'Union européenne et l'appareil d'État qui portent l'essentiel de la progression. Selon la note trimestrielle du Statec, l'institut national de la statistique, l'emploi salarié a augmenté de 0,3 % au premier trimestre 2026 et de 1,5 % sur un an, les ressortissants de pays tiers et les services publics s'y taillant une part disproportionnée.

Le rythme reste mesuré à l'échelle du Grand-Duché — le Statec parle lui-même d'une croissance trimestrielle « modérée ». Mais avec un total d'environ 490 900 emplois salariés, la composition de cette hausse compte autant que son ampleur. Elle dessine une économie qui puise ses nouveaux travailleurs au-delà de ses frontières et, plus nettement que lors des cycles passés, au-delà des frontières de l'Union.

Deux moteurs qui se détachent

La note du Statec identifie clairement les foyers de dynamisme du début 2026 :

  • Les résidents de nationalité extra-communautaire voient leur emploi bondir de 5,5 % sur un an et de 1,0 % sur le trimestre — la catégorie de résidence la plus dynamique.
  • L'administration publique et les autres services publics progressent de 1,0 % sur le trimestre et de 4,3 % sur un an, ce qui en fait le secteur le plus dynamique dans les deux comparaisons.
  • Les frontaliers, colonne vertébrale de la main-d'œuvre, gagnent environ 0,6 % sur le trimestre : +1,1 % pour les frontaliers français, mais -0,2 % pour les frontaliers allemands.
  • L'emploi résident dans son ensemble ne grappille que 0,1 % sur le trimestre, signe de l'étroitesse de la contribution nationale.

À l'inverse, la construction reste atone (+0,1 % sur le trimestre, mais toujours -0,9 % par rapport à un an plus tôt), tandis que le commerce, les transports et l'horeca font du surplace. Le Statec pointe l'État et l'action sociale comme premiers pourvoyeurs d'embauches.

« Ce sont surtout les services de l'administration centrale et les activités de l'action sociale sans hébergement pour personnes âgées et pour personnes handicapées qui ont enregistré la croissance la plus favorable », relève le Statec.

Une main-d'œuvre venue de plus en plus loin

Cet instantané trimestriel paraît en même temps qu'une analyse structurelle plus fouillée de l'Adem, le service public de l'emploi, qui retrace sept années d'évolution de la population active résidente. Sa conclusion : les ressortissants de pays tiers sont passés des marges au cœur du marché du travail.

La part des ressortissants extra-européens parmi les résidents en âge de travailler est passée de 9,4 % à 13,1 % entre 2018 et 2025, établit l'Adem. Fin septembre 2025, environ 31 600 d'entre eux occupaient un emploi salarié — soit près de 12,2 % des résidents actifs, contre environ 7,2 % en 2018, et quelque 13 000 personnes de plus qu'il y a sept ans. Ils sont aussi plus jeunes que le reste de la population active : près de 60 % ont entre 30 et 44 ans, contre environ 42 % tant pour les ressortissants de l'UE que pour les Luxembourgeois.

Ces travailleurs ne se cantonnent pas aux secteurs les moins rémunérés. La ventilation de l'Adem montre qu'environ 20 % exercent dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques et 15 % dans la finance et l'assurance — les branches à plus forte valeur ajoutée du pays —, aux côtés d'une part encore notable de 12,4 % dans l'hébergement et la restauration. Les principales nationalités sont les Indiens (9,1 %), les Chinois (7,5 %), les Brésiliens (5,9 %), les Ukrainiens (5,2 %) et les Cap-Verdiens (4,9 %).

Un recours à double tranchant

L'intégration n'est pourtant pas sans accrocs. L'Adem qualifie les ressortissants de pays tiers de « réservoir de compétences encore insuffisamment valorisé » et met en garde contre un « gaspillage de compétences » à l'heure où les pénuries de main-d'œuvre persistent. Beaucoup de ces demandeurs d'emploi détiennent des diplômes de l'enseignement supérieur obtenus hors de l'UE, difficilement reconnus sur place.

L'agence souligne aussi les barrières qui tiennent certains à l'écart des postes que leurs qualifications laisseraient espérer : exigences linguistiques, contraintes administratives, accès restreint aux professions réglementées. Elle conclut que les ressortissants extra-communautaires font face à « des conditions d'accès à l'emploi moins favorables que pour les autres groupes de nationalité ». La tension se lit dans les files de l'inscription : les demandes d'emploi de ressortissants de pays tiers ont augmenté de 52 % entre 2018 et 2025, et ce groupe représente désormais près d'un inscrit sur quatre à l'Adem.

Mises bout à bout, ces deux séries de données ravivent un débat déjà vif au Luxembourg : quand la population résidente contribue si peu à la création d'emplois et que le vivier national reste structurellement étroit, l'expansion du Grand-Duché dépend d'une main-d'œuvre venue d'ailleurs. Le panorama du marché du travail publié en mai par le Statec le disait sans détour : sur près de 494 000 salariés fin 2025, environ 47 % sont des frontaliers et seul un sur quatre environ possède la nationalité luxembourgeoise.

Pour un pays affichant l'un des plus faibles taux de chômage de l'UE et une population en âge de travailler qui a crû d'environ 12,5 % en sept ans — parmi les hausses les plus rapides du bloc —, les chiffres du début 2026 tiennent moins de la surprise que de la confirmation. Là où le Luxembourg s'appuyait presque exclusivement sur les navetteurs de France, de Belgique et d'Allemagne, sa main-d'œuvre se complète désormais, de plus en plus, de résidents qui ont fait bien plus de chemin pour y parvenir.

Questions fréquentes

De combien l'emploi salarié a-t-il augmenté au Luxembourg au premier trimestre 2026 ?
Selon le Statec, l'emploi salarié a progressé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent et de 1,5 % sur un an, pour un total d'environ 490 900 emplois.
Quels sont les principaux moteurs de cette croissance ?
Les résidents de nationalité extra-européenne (+5,5 % sur un an, +1,0 % sur le trimestre) et l'administration et les services publics (+4,3 % sur un an, +1,0 % sur le trimestre), secteur le plus dynamique dans les deux comparaisons.
Quelle place occupent les ressortissants de pays tiers sur le marché du travail luxembourgeois ?
D'après l'Adem, leur part parmi les résidents en âge de travailler est passée de 9,4 % à 13,1 % entre 2018 et 2025. Fin septembre 2025, environ 31 600 d'entre eux occupaient un emploi salarié, soit près de 12,2 % des résidents actifs.
Ces travailleurs rencontrent-ils des difficultés d'accès à l'emploi ?
Oui. L'Adem évoque un « réservoir de compétences encore insuffisamment valorisé » et des « conditions d'accès à l'emploi moins favorables que pour les autres groupes de nationalité ». Leurs demandes d'emploi ont augmenté de 52 % entre 2018 et 2025.
Sources(7)
  1. 1Regards 02/26 — Panorama of the Luxembourg labour market on May 1stSTATEC (Statistics Portal, Luxembourg) · statistiques.public.lu
  2. 2Statec: l'emploi au Luxembourg bondit grâce au secteur public et aux résidents non-UEL'essentiel · lessentiel.lu
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