Proche-Orient

Sous l'égide de Washington, Israël et le Liban posent les premières pierres d'une sortie de guerre

Signé le 26 juin à Washington, l'accord-cadre trilatéral conditionne un retrait israélien limité au désarmement du Hezbollah. Il laisse pour plus tard les questions les plus épineuses.

Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

Table de signature vide au département d'État américain, encadrée des drapeaux des États-Unis, d'Israël et du Liban.
La cérémonie de signature au département d'État américain : table vide, parapheurs de cuir et drapeaux des États-Unis, d'Israël et du Liban. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Deux États qui n'ont jamais signé de traité de paix et demeurent techniquement en guerre ont, le 26 juin, apposé leur signature au bas d'un même document. Sous médiation américaine, Israël et le Liban se sont engagés sur un accord-cadre qui trace un chemin conditionnel vers la fin de leur conflit — tout en repoussant à plus tard ses points les plus disputés.

Le texte trilatéral a été paraphé au département d'État américain, à l'issue de quatre jours de discussions à Washington qui couronnent une séquence de négociations ouverte en avril. La signature s'est faite à l'échelon des ambassadeurs : Yechiel Leiter, représentant d'Israël à Washington, et Nada Hamadeh, ambassadrice du Liban, ont signé sous la présidence du secrétaire d'État américain Marco Rubio, paraphant lui-même au nom des États-Unis. Le Hezbollah, mouvement soutenu par l'Iran dont les armes sont au cœur de l'accord, n'était pas autour de la table.

Marco Rubio a tenu à modérer d'emblée les espérances. « C'est le début du commencement », a-t-il lancé lors de la cérémonie, ajoutant que l'accord « établit un processus clair et structuré pour restaurer la souveraineté du Liban, désarmer le Hezbollah et démanteler son infrastructure terroriste ».

Ce que les signataires se sont engagés à faire

Le document, qui comporte quatorze points, affirme la volonté des parties de « mettre un terme définitif au conflit » au moyen d'un « processus réciproque et séquencé, assorti de conditions claires », selon les comptes rendus de CNN et d'Al Jazeera. Concrètement, cette séquence place le désarmement avant le retrait.

Son mécanisme central repose sur deux « zones pilotes » où l'armée libanaise prendra un contrôle exclusif, à l'exclusion de tout acteur non étatique. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a indiqué que ces deux secteurs avaient été retenus sur recommandation de l'armée israélienne : l'un au sud du fleuve Litani, l'autre au nord du Litani, à l'intérieur d'une zone de sécurité israélienne élargie. L'armée libanaise ne reprendra chaque zone qu'une fois l'infrastructure du Hezbollah démantelée et la chose vérifiée.

L'accord institue par ailleurs un dispositif permanent chargé d'encadrer le processus :

  • Un Groupe de coordination militaire pour le Liban (MCG4L), trilatéral et facilité par les États-Unis, qui supervisera la mise en œuvre et contribuera à former et renforcer l'armée libanaise.
  • Un engagement américain « immédiat » de 100 millions de dollars d'aide humanitaire, coordonné avec les Nations unies.
  • Une enveloppe distincte de 30 millions de dollars, rapportée par Al Jazeera, destinée à dédommager l'armée libanaise des coûts liés au maintien de la paix.

Un retrait réel, mais de faible ampleur

Malgré son vocabulaire de fin de conflit, l'accord laisse l'emprise israélienne pour l'essentiel intacte. Les forces israéliennes conservent leur zone de sécurité le long de la « ligne jaune » et gardent ce que les responsables décrivent comme une liberté d'action opérationnelle face aux menaces. Ce n'est qu'après le désarmement vérifié du Hezbollah — d'abord dans les zones pilotes, puis dans l'ensemble du Liban — qu'Israël procédera à un « redéploiement progressif ». Aucun calendrier n'est fixé, et Al Jazeera estime qu'Israël occupe encore environ un cinquième du territoire libanais.

Le plus important, avant tout, c'est qu'Israël demeure dans la zone de sécurité du sud du Liban. C'est un acquis majeur, et nous le maintiendrons tant que le Hezbollah n'aura pas été désarmé. — Benjamin Netanyahou, Premier ministre d'Israël

Cette conditionnalité est la marque de fabrique de l'accord. Israël obtient un engagement écrit, garanti par Washington, en faveur du désarmement du Hezbollah, sans renoncer au levier que représente sa présence prolongée ; le Liban obtient une perspective de récupération de son sud sans un retrait immédiat qu'il n'aurait pu faire respecter.

Beyrouth salue un premier pas, le Hezbollah refuse

Les dirigeants libanais ont présenté la signature comme un commencement, et non comme un règlement. Le président Joseph Aoun y a vu « le premier pas sur la voie du rétablissement de la souveraineté du Liban sur l'ensemble de son territoire, sans le moindre compromis », évoquant un avenir « libéré de l'occupation, des prisonniers et de la tutelle étrangère ». Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé que l'accord vise à « obtenir le retrait total d'Israël de l'ensemble du territoire libanais, restaurer la souveraineté de l'État et faciliter le retour de ses citoyens », l'ancrant dans la résolution 1701 du Conseil de sécurité, l'accord de Taëf et la déclaration de cessation des hostilités de 2024.

Le Hezbollah, lui, n'a rien concédé. Son secrétaire général, Naïm Qassem, a martelé qu'« Israël doit partir sans condition » et rejeté toute normalisation des relations. Le député du parti Hassan Fadlallah a dénoncé une démarche des autorités revenant à « des concessions unilatérales et gratuites qui ne feront qu'affaiblir le pays ». Cette opposition pèse lourd : l'accord demande à l'État libanais de désarmer une force qui reste à la fois armée et solidement enracinée sur le plan politique, et qui a été tenue à l'écart des pourparlers ayant produit le plan.

Ce qui change vraiment — et ce qui reste en suspens

La nouveauté est tangible. Pour la première fois, Israël et le Liban ont signé un document commun, désigné des zones pilotes concrètes, mis sur pied un mécanisme de coordination conjoint piloté par les États-Unis et inscrit noir sur blanc une séquence « désarmer puis se retirer », adossée à des financements américains. Après une année de guerre et une trêve fragile, le changement de forme est réel.

Les limites le sont tout autant. Pas de traité de paix, pas de normalisation, pas de calendrier, pas de retrait complet : seulement un repli conditionnel et partiel, suspendu à un désarmement que le Hezbollah jure de combattre. Le sort des prisonniers et un départ israélien total demeurent des aspirations énoncées à Beyrouth, non des engagements couchés dans le texte. Comme Rubio l'a lui-même reconnu, le travail ne fait que commencer. Que ce cadre devienne un tournant ou un énième plan resté lettre morte se jouera moins dans la salle des signatures de Washington que le long du Litani.

Questions fréquentes

Qui a signé l'accord et à quel niveau ?
Il a été paraphé au département d'État américain, à l'échelon des ambassadeurs : Yechiel Leiter pour Israël et Nada Hamadeh pour le Liban, sous la présidence du secrétaire d'État Marco Rubio, qui a signé au nom des États-Unis. Le Hezbollah n'était pas présent.
L'accord prévoit-il un retrait israélien total ?
Non. Il ne prévoit qu'un redéploiement progressif et partiel, conditionné au désarmement vérifié du Hezbollah, sans calendrier fixe. Israël conserve sa zone de sécurité et occupe encore environ un cinquième du territoire libanais.
Que prévoit le texte de concret et de nouveau ?
Pour la première fois, un document commun signé, deux zones pilotes désignées de part et d'autre du Litani, un Groupe de coordination militaire (MCG4L) piloté par les États-Unis, une séquence « désarmer puis se retirer » et des financements américains de 100 millions de dollars d'aide humanitaire.
Pourquoi l'opposition du Hezbollah est-elle déterminante ?
Parce que l'accord demande à l'État libanais de désarmer un mouvement à la fois armé et politiquement enraciné, tenu à l'écart des négociations. Son secrétaire général, Naïm Qassem, exige un départ israélien sans condition et rejette toute normalisation.
Sources(10)
  1. 1What is the framework agreement signed by Israel and Lebanon?Al Jazeera · aljazeera.com
  2. 2US announces framework agreement between Israel and LebanonAl Jazeera · aljazeera.com
  3. 3Israel to withdraw from two areas in Lebanon under newly signed agreementCNN · cnn.com
  4. 4Israel and Lebanon ink framework deal for ending conflict, including minor IDF withdrawalThe Times of Israel · timesofisrael.com
  5. 5Israel and Lebanon sign framework agreement with U.S. in 'first step' toward peace, Rubio saysNBC News · nbcnews.com
  6. 6US-Israel-Lebanon sign trilateral framework agreement aimed at dismantling HezbollahThe Jerusalem Post · jpost.com
  7. 7Israel and Lebanon sign framework deal, paving way for future peace talksYnetnews · ynetnews.com
  8. 8Lebanese Leaders Outline Framework Agreement Goals Following U.S.-Brokered DealProfile News · profilenews.com
  9. 9Joint Statement of the United States, Republic of Lebanon, and State of Israel on the Latest High-Level Trilateral MeetingU.S. Department of State · state.gov
  10. 102026 Israel–Lebanon peace talksWikipedia · en.wikipedia.org

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