Proche-Orient
À Washington, un accord-cadre entre le Liban et Israël que le Hezbollah enterre aussitôt
Signé au département d'État, le texte trilatéral dessine un désarmement du Hezbollah et un retrait israélien par étapes. Mais le mouvement, tenu à l'écart des pourparlers, le récuse en bloc.
Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

WASHINGTON — Il aura suffi de quelques heures pour que l'enthousiasme du département d'État se heurte au réel. Vendredi 26 juin, le Liban, Israël et les États-Unis ont signé à Washington un accord-cadre trilatéral, ouverture diplomatique rare sur l'une des lignes de front les plus inflammables du Proche-Orient. La diplomatie américaine y voyait un premier pas vers une paix formelle entre deux adversaires de toujours. Le Hezbollah, première force armée du côté libanais et grand absent de la table des négociations, a balayé le texte d'un revers de main.
L'accord a été paraphé par l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, et par l'ambassadrice du Liban, Nada Hamadeh, en présence du secrétaire d'État Marco Rubio. Un haut responsable du département d'État a également signé pour la partie américaine. Le document referme cinq cycles de discussions menées sous médiation américaine à Washington, le dernier ayant duré environ quatre jours. Il ne met pas fin au conflit : les responsables le présentent plutôt comme une feuille de route de désescalade, après des mois de combats qui ont fait, selon les autorités libanaises, plus de 4 200 morts, et après l'effondrement répété du cessez-le-feu de novembre 2024.
Ce que le texte engage les signataires à faire
D'après les déclarations américaines et israéliennes, l'accord trace une séquence ordonnée plutôt qu'une paix scellée. Ses dispositions centrales, telles que décrites par les parties, prévoient :
- un « processus clair » destiné à rétablir la souveraineté libanaise, désarmer le Hezbollah et démanteler son infrastructure militaire ;
- deux zones pilotes près de la frontière, où l'armée libanaise prendrait le contrôle et le Hezbollah serait démantelé, avant la reconstruction et le retour des civils ;
- un Groupe de coordination militaire pour le Liban, trilatéral et facilité par les États-Unis, chargé de superviser la mise en œuvre ;
- un retrait israélien par paliers — Israël affirme ne « revenir à ses frontières » qu'une fois écartée la menace pesant sur ses citoyens.
L'ambassadrice du Liban a présenté la signature comme l'amorce d'un long chemin, y voyant « un premier pas sur la voie du rétablissement de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban, et de l'obtention d'une cessation permanente et définitive des hostilités ». Marco Rubio, lui, s'est montré plus mesuré sur l'ampleur réelle des avancées.
C'est le commencement du commencement. Il reste énormément de travail devant nous. — Marco Rubio, secrétaire d'État américain
Le refus du Hezbollah
La faille première de l'accord tient en une phrase : le mouvement qu'il entend désarmer ne l'a jamais accepté. Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a martelé qu'Israël devait se retirer sans condition et a exclu toute normalisation des relations. Le député du mouvement Hassan Fadlallah s'est montré plus tranchant encore, prévenant que le gouvernement libanais ne pourrait imposer un tel accord sans déchirer le pays.
« La voie suivie par les autorités libanaises revient à des concessions unilatérales et gratuites qui ne feront qu'affaiblir le pays et servir les intérêts de l'ennemi israélien », a déclaré M. Fadlallah, ajoutant que l'accord ne pourrait être appliqué qu'« avec le soutien américain », au prix de plonger le Liban dans « la guerre civile ». Il y a vu une tentative de faire dérailler le canal de négociation entre Téhéran et Washington.
Ce rejet compte, car la séquence de l'accord — désarmement d'abord, retrait israélien complet ensuite — repose sur la capacité de l'armée libanaise à affronter un mouvement mieux armé qu'elle, qu'elle n'a historiquement été ni disposée ni en mesure de défier. Depuis le cessez-le-feu de 2024, l'armée s'est déployée au sud du fleuve Litani aux côtés des Casques bleus, mais elle demeure largement tributaire de financements étrangers et n'a jamais contraint le Hezbollah à rendre les armes.
Une séquence fragile, un Proche-Orient qui bascule
Côté israélien, le premier ministre Benjamin Netanyahou a fait comprendre que ses troupes ne partiraient pas de sitôt. « Israël reste dans la zone de sécurité du sud du Liban. C'est une victoire majeure », a-t-il affirmé, présentant le cadre comme un acquis sécuritaire et non comme une concession. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a évoqué une présence sans terme défini, au nom de « frontières défendables ». Selon Axios et Al Jazeera, l'armée israélienne contrôle toujours environ un cinquième du territoire libanais. Dans la description de M. Netanyahou, une des zones pilotes se situe entièrement au sud du Litani, et une zone plus réduite, en partie au nord du fleuve, s'inscrit dans un périmètre de sécurité élargi dont l'armée israélienne dit « ne pas avoir besoin ».
L'accord est aussi le marqueur d'une région en recomposition. Il fait suite à la mort du guide suprême iranien plus tôt cette année et à un mémorandum américano-iranien conclu le 17 juin, qui appelait à mettre fin aux opérations militaires « sur tous les fronts, y compris au Liban » — la toile de fond diplomatique qui a rendu pensable un texte libano-israélien. M. Leiter a résumé sans détour la lecture d'Israël : « L'Iran est dehors, le Hezbollah est dehors, et la route de la paix entre Israël et le Liban est ouverte. » À l'inverse, M. Fadlallah a vu dans la signature de Washington une manœuvre dirigée contre la voie de négociation propre à Téhéran.
Pour l'Europe, les enjeux sont concrets. La stabilité du Liban pèse directement sur les pressions migratoires et sur le flanc sud des membres de l'Union et de l'OTAN ; des contingents européens forment une part substantielle de la Finul, la force d'interposition de l'ONU qui patrouille la frontière. L'Union européenne finance de longue date l'armée libanaise et l'accueil des réfugiés, pariant qu'un État libanais en état de fonctionner est l'assurance la moins coûteuse contre un nouvel exode à travers la Méditerranée. Reste à savoir si ce cadre consolidera cet État ou se bornera à masquer sa fracture centrale — et la réponse ne viendra pas avant des mois.
Washington a promis d'aider à renforcer l'armée libanaise. Marco Rubio, pour sa part, a concédé l'évidence : le plus dur — transformer une page signée en désarmement sur le terrain — n'a pas même commencé.
Questions fréquentes
- Qui a signé l'accord-cadre de Washington ?
- Il a été paraphé par l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, et par l'ambassadrice du Liban, Nada Hamadeh, en présence du secrétaire d'État Marco Rubio. Un haut responsable du département d'État a également signé pour la partie américaine. Le texte referme cinq cycles de pourparlers menés sous médiation américaine.
- Pourquoi le Hezbollah rejette-t-il l'accord ?
- Exclu des négociations, le mouvement estime qu'Israël doit se retirer sans condition et refuse toute normalisation. Son député Hassan Fadlallah y voit des « concessions unilatérales et gratuites » qui ne pourraient être imposées qu'au prix d'une « guerre civile ».
- L'accord met-il fin au conflit ?
- Non. Les parties le décrivent comme une feuille de route par étapes — désarmement et déploiement de l'armée libanaise d'abord, retrait israélien ensuite — et non comme une paix définitive. Israël maintient ses forces dans une zone de sécurité au sud du Liban tant que le Hezbollah n'est pas désarmé.
- En quoi l'Europe est-elle concernée ?
- La stabilité du Liban pèse sur les pressions migratoires et le flanc sud de l'UE et de l'OTAN. Des contingents européens forment une part substantielle de la Finul, et l'Union finance de longue date l'armée libanaise et l'accueil des réfugiés.
Sources(12)
- 1Israel-Lebanon framework agreement sets process to disarm Hezbollah, Rubio saysAl-Monitor · al-monitor.com
- 2US-Israel-Lebanon sign trilateral agreement in Washington, FridayThe Jerusalem Post · jpost.com
- 3Lebanon, Israel, US sign trilateral framework agreement in WashingtonGulf News · gulfnews.com
- 4Lebanon, Israel, US sign trilateral framework agreement in WashingtonDeccan Chronicle · deccanchronicle.com
- 5What is the framework agreement signed by Israel and Lebanon?Al Jazeera · aljazeera.com
- 6US announces framework agreement between Israel and LebanonAl Jazeera · aljazeera.com
- 7Middle East war: Lebanon, Israel and US sign framework agreement in WashingtonFrance 24 · france24.com
- 8Israel, Lebanon sign framework agreement with U.S. in 'first step' toward peaceCBC News · cbc.ca
- 9Israel and Lebanon sign framework agreementAxios · axios.com
- 10Hezbollah rejects Lebanon-Israel deal, warns of civil warThe New Arab · newarab.com
- 11Israel, Lebanon sign framework deal for slight IDF withdrawal after days of talks in DCThe Times of Israel · timesofisrael.com
- 122024 Israel–Lebanon ceasefire agreementWikipedia · en.wikipedia.org



