Climat
Plus de 1 000 morts en Espagne : le dôme de chaleur de juin a aussi placé le Luxembourg en alerte rouge
L'Espagne relie plus de 1 000 décès en excès à la chaleur de juin, son deuxième mois de juin le plus chaud jamais mesuré. Le même dôme thermique a valu au Luxembourg une alerte rouge.
Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

La chaleur de juin a fait plus de 1 000 morts en Espagne. Le chiffre, avancé cette semaine par les services météorologiques et sanitaires du pays, donne la mesure d'un été européen qui ne se contente plus de battre des records de température : il tue. Et la masse d'air brûlante qui a frappé la péninsule Ibérique est celle-là même qui, quelques centaines de kilomètres plus au nord, a contraint le Luxembourg et l'ensemble de la Grande Région à vivre plusieurs jours sous alerte rouge.
Le système MoMo de surveillance de la surmortalité, géré par l'Institut de santé Carlos III sous tutelle du ministère espagnol de la Santé, a rattaché plus de 1 000 décès à la chaleur sur le seul mois de juin — 1 028 selon le dernier décompte officiel, 1 029 d'après l'agence Reuters. C'est plus du double des 407 morts imputées à la chaleur en juin 2025, et le deuxième bilan de juin le plus lourd depuis le lancement de la série MoMo en 2015. Plus de 600 de ces décès se concentrent sur une seule semaine suffocante, autour du 22 au 24 juin.
Un mois de juin hors norme
L'Agence météorologique de l'État (AEMET) a mesuré une température moyenne de 23,2 °C sur l'Espagne continentale en juin, soit 3,2 °C au-dessus de la référence 1991-2020. Seul juin 2025, avec 23,6 °C de moyenne, a fait plus chaud : ce mois de juin 2026 devient donc le deuxième plus chaud depuis le début des relevés en 1961. Les 22 et 23 juin figurent parmi les deux journées de juin les plus torrides que l'Espagne ait connues depuis au moins 1950.
La tendance de fond est plus frappante encore. Le premier semestre 2026 a été le plus chaud jamais enregistré à l'échelle nationale, 1,6 °C au-dessus de la normale ; l'AEMET souligne que ses sept premiers semestres les plus chauds appartiennent tous à la dernière décennie. Les canicules, elles, surviennent aussi plus tôt et plus souvent : l'agence n'avait recensé que deux vagues de chaleur en juin sur le continent entre 1975 et 2000, contre dix entre 2000 et 2025. Environ la moitié de toutes les canicules de juin suivies depuis 1975 se sont produites après 2015.
les vagues de chaleur apparaissent en début d'été avec une fréquence plus élevée qu'auparavant
L'avertissement émane de Rubén del Campo, porte-parole de l'AEMET, pour qui les étés espagnols continueront de s'intensifier à mesure que le dérèglement climatique rend les canicules plus fréquentes, plus longues et plus enclines à déborder la traditionnelle fenêtre de juillet-août.
Ce que masque le décompte
Les chiffres de mortalité appellent une précaution de lecture. MoMo ne certifie pas la chaleur comme cause directe des décès : le système estime la surmortalité en comparant les morts observées au nombre attendu pour la même période. C'est l'écart apparu en juin qui est attribué à la chaleur.
Le fardeau a pesé de façon écrasante sur les personnes âgées. Selon les données de l'institut, la très grande majorité des victimes — environ 1 022 — avaient 65 ans ou plus, et près de 720 dépassaient 85 ans. Les décès se sont concentrés dans les régions du nord et du pourtour méditerranéen, moins accoutumées aux fortes chaleurs, notamment la Catalogne et le Pays basque, où logements et collectivités sont moins préparés à des épisodes extrêmes prolongés.
Le même dôme au-dessus du Luxembourg
L'Espagne aura été le front le plus meurtrier d'une canicule qui a étreint une large part du continent fin juin. Des records nationaux de température sont tombés en Allemagne, en Pologne, en Tchéquie, en Slovaquie et en Hongrie ; le Royaume-Uni et la Suisse ont enregistré leurs journées de juin les plus chaudes ; la France a battu ses records de températures nocturnes ; l'Irlande a atteint 32,1 °C à Athenry, dans le comté de Galway. Les scientifiques du réseau World Weather Attribution estiment qu'un tel épisode aurait été « pratiquement impossible » en juin sans le réchauffement d'origine humaine.
Le Luxembourg s'est retrouvé exactement sous ce même dôme. MeteoLux a déclenché une alerte orange dès le vendredi 19 juin, avant de passer au rouge à partir de midi le lundi 22 juin sur l'ensemble du territoire, puis de prolonger l'alerte toute la semaine — jusqu'aux environs du vendredi 26 juin — alors que les prévisions annonçaient jusqu'à 40 °C localement : 36 à 38 °C dans le sud, 33 à 35 °C dans le nord. L'alerte a coïncidé avec les célébrations de la Fête nationale, les 22 et 23 juin, qui ont drainé la foule en pleine fournaise.
La Cellule d'évaluation des risques météorologiques et de crues (CERI), unité interministérielle du gouvernement, a prévenu :
Les températures exceptionnellement élevées prévues tout au long de la semaine prochaine annoncent une vague de chaleur d'une intensité et d'une durée inhabituelles, avec un impact attendu sur la population comme sur le fonctionnement des services de secours et de santé.
Les autorités ont appelé les habitants à quelques gestes simples :
- boire au moins 1,5 litre d'eau par jour ;
- éviter toute exposition extérieure, en gros entre 11 h et 21 h ;
- garder les pièces au frais et recourir à l'ombre ou à la climatisation lorsque c'est possible ;
- prendre régulièrement des nouvelles des personnes vulnérables — aînés, malades chroniques et jeunes enfants.
Un signal qui remonte vers le nord
Le bilan espagnol tient de l'avertissement pour un risque que le Grand-Duché partage désormais. La chaleur qui a tué plus d'un millier de personnes au sud-ouest du continent est le même système météorologique qui a vidé les rues luxembourgeoises pendant l'alerte rouge. Comme le martèlent Rubén del Campo et les climatologues indépendants, le phénomène n'a rien d'un accident isolé : des canicules plus précoces, plus longues et plus intenses s'installent durablement dans les étés européens, et avec elles une urgence sanitaire croissante qui déborde très largement le pourtour méditerranéen.
Questions fréquentes
- Comment le chiffre de plus de 1 000 morts est-il calculé ?
- Le système MoMo de l'Institut Carlos III ne certifie pas la chaleur comme cause directe de décès. Il estime la surmortalité en comparant les décès observés au nombre attendu pour la période ; l'écart apparu en juin est attribué à la chaleur.
- Pourquoi le Luxembourg était-il concerné ?
- Le Grand-Duché se trouvait sous le même dôme de chaleur que l'Espagne. MeteoLux a émis une alerte orange dès le 19 juin, puis rouge à partir du 22 juin sur tout le pays, avec des températures prévues jusqu'à 40 °C localement.
- Quels gestes les autorités luxembourgeoises recommandaient-elles ?
- Boire au moins 1,5 litre d'eau par jour, éviter l'exposition extérieure entre 11 h et 21 h environ, garder les pièces au frais et veiller régulièrement sur les personnes vulnérables : aînés, malades chroniques et jeunes enfants.
Sources(8)
- 1Spain attributes over 1,000 excess deaths to heat in second-hottest June everReuters (via KELO-AM) · kelo.com
- 2Over 1,000 deaths in Spain attributed to June heatwaveRTÉ · rte.ie
- 3Spain records more than 1,000 excess deaths due to June heatwaveFrance 24 · france24.com
- 4Spain records second-hottest June on record with nearly 900 heat-related deathsEuronews · euronews.com
- 5Spain's 2nd-hottest June ever blamed for over 1,000 excess deathsDaily Sabah · dailysabah.com
- 6Exceptional heatwave and National Day celebrations: red alert in effect from 12.00 on Monday 22 June 2026The Luxembourg Government (gouvernement.lu) · gouvernement.lu
- 7Heat Warning – Orange Alert Level announced from Friday, 19 JuneThe Luxembourg Government (gouvernement.lu) · gouvernement.lu
- 8Last Day of Red Heat Warning With Up to 40°C & Storm RiskChronicle.lu · chronicle.lu



