Grande Région
Fin des autoroutes gratuites en Belgique : une vignette de 90 à 125 € par an dès le 1er mai 2027
Les trois Régions belges ont acté le principe d'une e-vignette obligatoire dès mai 2027, pour toutes les voitures — luxembourgeoises comprises. Plein tarif pour les navetteurs, sans compensation.
Par Tom Schmit · · 6 min de lecture

Rouler en voiture sur les autoroutes belges ne sera bientôt plus gratuit. Vendredi 10 juillet, les gouvernements des trois Régions du pays — Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale — se sont entendus sur le principe d'une vignette routière numérique obligatoire à partir du 1er mai 2027, facturée de 90 à 125 euros par an selon la classe d'émissions du véhicule. La fiscalité routière étant en Belgique une compétence régionale et non fédérale, c'est un accord entre Régions qu'ont scellé les négociateurs, au premier rang desquels le ministre flamand du Budget et des Finances Ben Weyts (N-VA) et le ministre wallon de la Mobilité François Desquesnes (Les Engagés).
Vue du Luxembourg, la décision n'a rien d'abstrait : la vignette s'imposera aux véhicules immatriculés à l'étranger comme aux véhicules belges, donc aux dizaines de milliers d'automobilistes qui franchissent chaque jour ouvrable la frontière entre les deux pays. Jusqu'ici, les voitures particulières circulaient gratuitement sur le réseau autoroutier belge, à la seule exception du tunnel payant de Liefkenshoek, à Anvers. L'objectif affiché est de faire contribuer les conducteurs étrangers à des routes qu'ils empruntent sans les financer : l'institut ITEM de l'université de Maastricht cite l'estimation d'environ 6,5 millions d'usagers étrangers qui ne paient aujourd'hui aucune taxe routière en Belgique.
Une vignette dématérialisée, rattachée à la plaque
Pas d'autocollant sur le pare-brise : la vignette sera entièrement électronique, liée à la plaque d'immatriculation, et pourra s'acheter sur une plateforme en ligne ou en station-service, rapportent La Libre et L'essentiel. Elle couvrira les autoroutes, les rings autoroutiers et le réseau régional principal — les routes nationales — en Flandre et en Wallonie, et concernera tous les véhicules jusqu'à 3,5 tonnes. Les tarifs annuels, que les Régions s'engagent à ne pas indexer durant cette législature, dépendent de la classe d'émissions :
- 90 € par an pour les voitures zéro émission ;
- 100 € pour les véhicules Euro 4 ou plus récents, soit l'essentiel du parc actuel ;
- 125 € pour les Euro 0 à 3, en gros les voitures immatriculées avant 2005 ;
- des formules courtes pour les conducteurs occasionnels : un pass d'une journée de 8,10 à 11,25 €, dix jours de 10,80 à 15 €, un mois de 17 à 23,75 €, deux mois de 27 à 37,50 € selon la classe, détaille L'Avenir.
« Plus votre voiture est légère et propre, moins vous payez », a résumé Ben Weyts au micro de la VRT. Restent hors du champ les motos, les camions — déjà soumis au prélèvement kilométrique Viapass —, les tracteurs, les bus et autocars, les véhicules d'urgence, de police et de la Défense, ainsi que les conducteurs en situation de handicap. Le contrôle reposera sur des caméras de lecture automatique des plaques ; les amendes s'élèveront à 70 euros pour une première infraction, 140 pour la deuxième et 210 à partir de la troisième, mais une période de tolérance de deux mois repousse les premières sanctions au 1er juillet 2027 au plus tôt, selon la VRT et BRUZZ.
L'ombre de l'arrêt allemand
Longtemps, l'idée avait circulé de ne faire payer que les étrangers. Le droit européen a fermé cette porte : le 18 juin 2019, la Cour de justice de l'Union européenne a retoqué le projet de vignette autoroutière allemande, dont le coût devait être remboursé aux résidents via une baisse de la taxe automobile — une discrimination indirecte fondée sur la nationalité, ont jugé les magistrats. L'analyse de l'institut ITEM confirme cette contrainte.
« L'exonération est effectivement impossible », a tranché François Desquesnes sur la RTBF, en référence au précédent allemand.
Les Belges paieront donc aussi, mais avec la promesse d'une neutralité fiscale : la Flandre prépare une réforme de sa taxe de circulation — un exercice qui fera « des gagnants et des perdants », concède Ben Weyts —, tandis que la Wallonie étudie une refonte de ses taxes de circulation et d'immatriculation, voire la suppression de la taxe sur les remorques. Les conducteurs étrangers, eux, n'auront droit à aucune compensation. Le dossier doit encore être formellement adopté puis notifié à la Commission européenne — d'ici août 2026 selon la RTBF, la vérification européenne restant pendante d'après L'Avenir.
Pour les frontaliers luxembourgeois, une facture sèche
Environ un quart des plus de 230 000 frontaliers du Luxembourg résident en Belgique — 51 100 personnes au 31 mars 2023, soit 23,0 % des 222 380 frontaliers d'alors, et quelque 53 300 en 2025 selon les décomptes fondés sur les données du STATEC. La plupart empruntent l'E411/A4 entre Arlon et Sterpenich ou le corridor de l'E25, parmi les axes pendulaires les plus chargés de la Grande Région.
La vignette étant forfaitaire et non kilométrique, une voiture immatriculée au Luxembourg paiera le même montant pour un saut de puce jusqu'à Arlon que pour des allers-retours quotidiens vers Bruxelles : 90 euros par an pour une électrique, 100 euros pour une essence ou un diesel Euro 4 ou plus récent, 125 euros pour un modèle plus ancien. Et contrairement aux résidents belges, les conducteurs luxembourgeois ne bénéficieront d'aucun allègement compensatoire — le Grand-Duché perçoit ses propres taxes automobiles et laisse ses autoroutes gratuites. Pour les trajets occasionnels — un week-end à la côte belge, un vol au départ de Charleroi ou de Bruxelles —, le pass journalier à partir de 8,10 euros ou les formules plus longues feront l'affaire. Quant aux frontaliers belges qui rejoignent chaque jour le Luxembourg, ils devront s'acquitter de la vignette pour le tronçon belge de leur trajet, mais profiteront, en tant que contribuables belges, des baisses de taxes promises.
Des centaines de millions en jeu — et après ?
L'enjeu budgétaire est considérable. La Wallonie table sur environ 327 millions d'euros par an une fois le système pleinement déployé, selon L'Avenir et la RTBF ; la Flandre attend quelque 130 millions par an des seuls véhicules étrangers et de leasing ; Bruxelles a négocié une garantie de 30 millions annuels. Ben Weyts a d'ailleurs assorti son accord d'une condition politique : « Bruxelles doit renoncer à l'idée d'un péage urbain. C'est l'un ou l'autre », a-t-il déclaré en néerlandais, cité par BRUZZ.
Les critiques, elles, visent le principe même du forfait, aveugle à la congestion. L'organisation de mobilité Touring — qui rappelle que les automobilistes belges versent déjà quelque 21 milliards d'euros de taxes par an — et les fédérations patronales auraient préféré une tarification au kilomètre, rapportent La Libre et le Brussels Times. L'institut ITEM met de son côté en garde contre un report de trafic vers les routes secondaires et plaide pour une harmonisation à l'échelle du Benelux. François Desquesnes n'a d'ailleurs pas refermé la porte : il décrit la vignette comme un modèle provisoire, appelé à évoluer vers une tarification à la distance à mesure que le parc s'électrifie. Une perspective qui, pour les navetteurs au long cours du Luxembourg, pèserait bien plus lourd que ce premier forfait.
Questions fréquentes
- Combien coûtera la vignette belge pour une voiture immatriculée au Luxembourg ?
- 90 € par an pour une voiture zéro émission, 100 € pour un modèle Euro 4 ou plus récent, 125 € pour une voiture plus ancienne (Euro 0–3, en gros avant 2005) — quel que soit le kilométrage parcouru en Belgique, et sans compensation fiscale pour les non-résidents.
- Faut-il une vignette pour un simple aller-retour à Bruxelles ou à la côte belge ?
- Oui, mais des formules courtes existent : un pass d'une journée de 8,10 à 11,25 €, dix jours de 10,80 à 15 €, un mois de 17 à 23,75 €, deux mois de 27 à 37,50 € selon la classe d'émissions, d'après L'Avenir.
- Comment la vignette sera-t-elle contrôlée et que risque-t-on sans elle ?
- Elle est purement numérique, liée à la plaque d'immatriculation, et vérifiée par caméras ANPR. Les amendes s'élèvent à 70 € pour une première infraction, 140 € pour la deuxième et 210 € à partir de la troisième, au plus tôt à partir du 1er juillet 2027 après une période de tolérance de deux mois.
- Les frontaliers belges travaillant au Luxembourg devront-ils la payer ?
- Oui, pour le tronçon belge de leur trajet quotidien. Mais en tant que contribuables belges, ils bénéficieront des allègements compensatoires promis par les Régions sur les taxes de circulation ou d'immatriculation.
Sources(11)
- 1Wegenvignet voor alle Belgen en buitenlanders vanaf mei 2027: dit moet je daarover wetenVRT NWS · vrt.be
- 2Une vignette autoroutière pour tous les Belges et les étrangers dès mai 2027 ?VRT NWS (français) · vrt.be
- 3Vignette routière : les automobilistes belges devront-ils vraiment la payer ?RTBF · rtbf.be
- 4Entrée en vigueur, montants, amendes... toutes les réponses à vos questions sur la vignette routière obligatoire dès l'an prochainLa Libre Belgique · lalibre.be
- 5Les trois Régions se sont accordées sur une vignette à partir du 1er mai 2027: voici ce que cela impliqueL'Avenir · lavenir.net
- 6Vignette routière numérique : comment s'est construit l'accord politique entre les trois Régions ?L'Avenir · lavenir.net
- 7Akkoord tussen gewesten over wegenvignet, Weyts: 'Brussel moet afstappen van stadstol'BRUZZ · bruzz.be
- 8Road tax sticker to be mandatory for drivers on all Belgian roads from next yearThe Brussels Times · brusselstimes.com
- 9Belgique: une vignette routière obligatoire entre en vigueur en mai 2027L'essentiel · lessentiel.lu
- 10A road vignette in BelgiumITEM – Institute for Transnational and Euregional cross-border cooperation and Mobility (Maastricht University) · crossborderitem.eu
- 11Emploi frontalier et évolution – LuxembourgIBA·OIE (Interregional Labour Market Observatory) · iba-oie.eu
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