Exploration spatiale

La sonde chinoise Tianwen-2 rejoint Kamoʻoalewa pour y prélever un échantillon

Arrivée près d'un astéroïde minuscule qui accompagne la Terre, la sonde de Pékin veut en rapporter au moins 100 grammes — une science de prospection que le Luxembourg a inscrite dans sa loi dès 2017.

Par Marc Weber · · 5 min de lecture

Illustration de la sonde Tianwen-2 et de ses deux grands panneaux solaires circulaires en vol stationnaire près de l'astéroïde allongé Kamoʻoalewa.
Image d'illustration générée par IA : la sonde Tianwen-2, reconnaissable à ses deux grands panneaux solaires circulaires, en maintien de position près du petit astéroïde allongé Kamoʻoalewa, dans l'espace lointain. Illustration générée par IA — Status

À une quarantaine de millions de kilomètres de la Terre, un caillou pas plus large qu'un pâté de maisons tourne sur lui-même toutes les vingt-huit minutes. C'est là, autour de l'astéroïde Kamoʻoalewa, que la sonde chinoise Tianwen-2 vient d'entamer la phase la plus périlleuse de sa mission : arracher quelques poignées de roche à un corps céleste, puis les rapporter intactes jusqu'à nous. Si l'opération réussit, la Chine deviendra la troisième puissance — après le Japon et les États-Unis — à ramener sur Terre un fragment d'astéroïde.

Pilotée par l'Administration spatiale nationale chinoise (CNSA), la sonde a allumé son moteur principal le 7 juin 2026 pour se placer sur une orbite contrôlée autour de sa cible, avant une série de manœuvres fines qui l'ont rapprochée à une vingtaine de kilomètres. À son arrivée, l'astéroïde se trouvait à environ 39 millions de kilomètres de la Terre, selon le média scientifique Live Science — un voisinage, à l'échelle interplanétaire, mais une cible redoutable : Kamoʻoalewa mesure entre 40 et 100 mètres et tourne à un rythme effréné.

Un aller-retour étalé sur cinq ans

Tianwen-2 a décollé le 28 mai 2025 à bord d'une fusée Longue Marche 3B, depuis le centre de lancement de Xichang. Son allure la trahit au premier coup d'œil : deux immenses panneaux solaires circulaires et souples, d'environ 4,7 mètres de diamètre chacun (soit près de 17 mètres carrés), déployés de part et d'autre d'un corps de sonde compact qu'ils alimenteront loin du Soleil.

Depuis son orbite d'observation, l'engin cartographiera Kamoʻoalewa à l'aide de onze instruments — caméras, spectromètres, radar, analyseurs de particules, télémétrie laser, et l'analyseur de poussières italien DIANA — en descendant progressivement d'une vingtaine de kilomètres à quelques centaines de mètres de la surface. Alors seulement viendra le moment délicat de la collecte, selon l'une des trois techniques que le terrain autorisera :

  • Le « touch-and-go » — un effleurement bref de la surface, la méthode employée par la NASA sur Bennu ;
  • Le vol stationnaire — se synchroniser sur la rotation rapide de l'astéroïde pour prélever sans se poser ;
  • L'ancrage — s'arrimer à la surface, une technique jamais tentée jusqu'ici sur un astéroïde.

L'objectif est de rapporter au moins 100 grammes de régolithe, certains documents de planification évoquant même une fourchette de 200 à 1 000 grammes. La moisson dépasserait de loin les récoltes précédentes : la sonde japonaise Hayabusa2 n'avait ramené qu'environ 5,4 grammes de l'astéroïde Ryugu en 2020, tandis que l'OSIRIS-REx de la NASA prélevait des matériaux sur Bennu en 2023. Tianwen-2 devrait quitter Kamoʻoalewa vers avril 2027 et larguer sa capsule de retour lors d'un survol de la Terre autour du 29 novembre 2027, visant un atterrissage en Mongolie-Intérieure, près de la zone de Jiuquan où reviennent les équipages Shenzhou. La sonde, elle, poursuivra sa route : une assistance gravitationnelle terrestre la propulsera vers la comète de la ceinture principale 311P/PANSTARRS, avec un rendez-vous prévu vers 2035.

Un compagnon de route qui n'appartient à personne

Catalogué provisoirement 2016 HO3, Kamoʻoalewa a été repéré par le programme Pan-STARRS depuis l'observatoire du Haleakalā, à Hawaï, le 27 avril 2016. Son nom hawaïen signifie à peu près « le fragment oscillant », en écho au balancement qu'il semble décrire dans le ciel terrestre. Il s'agit d'un quasi-satellite : sans lien gravitationnel avec la Terre, mais entraîné dans une danse lâche et stable qui en fait notre voisin pour des décennies.

La façon dont Kamoʻoalewa se déplace avec la Terre, c'est un peu comme un chien qui vous accompagnerait un moment lors d'une longue promenade en forêt : ce n'est pas votre chien pour autant.

L'image est de Richard Binzel, planétologue au Massachusetts Institute of Technology, interrogé par Live Science. Mais l'étrangeté de l'orbite n'est qu'une partie de l'énigme.

Un objet que les scientifiques n'arrivent pas à nommer

Ce qui fait de Kamoʻoalewa une cible scientifique, et pas seulement commode, c'est que les chercheurs continuent de débattre de sa nature. Sa surface rougeâtre, fortement altérée par l'espace, ressemble à s'y méprendre à un sol lunaire — d'où une hypothèse saisissante : l'astéroïde serait un éclat de la Lune, projeté dans l'espace par un impact ancien, peut-être le cratère Giordano Bruno situé sur la face cachée. Une étude rivale, menée en 2026 par Yang Li, de l'Académie chinoise des sciences, plaide au contraire pour une origine plus ordinaire, dans la famille Flora de la ceinture principale, dont la composition correspond aux météorites de type chondrite LL.

« Nous proposons donc que Kamoʻoalewa provienne probablement de la famille Flora », écrit l'équipe, tout en précisant ne pas « fermer complètement la porte » à une filiation lunaire. Seuls des échantillons physiques trancheront. Comme le résume Li Chunlai, commandant en chef du système d'application au sol de Tianwen-2 : « Nous n'obtiendrons de réponses définitives qu'une fois notre exploration achevée. »

Ce que le Luxembourg surveille de près

La mission fait écho à une ambition nourrie très loin des pas de tir. Le Luxembourg s'est positionné tôt en carrefour européen de l'économie des astéroïdes. Sa loi du 20 juillet 2017 sur l'exploration et l'utilisation des ressources de l'espace — en vigueur depuis le 1er août 2017 — en a fait le premier pays européen à reconnaître aux entreprises privées un droit de propriété sur ce qu'elles extraient dans l'espace. Son article premier affirme que « les ressources de l'espace sont susceptibles d'appropriation », sans pour autant permettre à quiconque de s'approprier un corps céleste lui-même.

Ce texte est la pierre angulaire de l'initiative SpaceResources.lu, lancée en 2016 avec environ 200 millions d'euros de soutien public, et il a débouché sur la création de l'Agence spatiale luxembourgeoise en 2018. La rentabilité de l'exploitation minière des astéroïdes reste lointaine et incertaine. Mais la science qui la sous-tend — de quoi ces corps sont faits, comment se comportent leurs surfaces meubles, si leur eau et leurs métaux pourraient un jour être exploités — est précisément ce que des missions comme Tianwen-2 servent à établir. Chaque gramme arraché à Kamoʻoalewa est une donnée pour le domaine sur lequel le Grand-Duché a parié.

Pour l'heure, le plus dur reste à venir. La sonde doit cartographier un rocher en rotation, hérissé de blocs, choisir un point de contact et s'y poser sans se briser — puis préserver sa cargaison durant dix-huit mois de voyage retour. Si tout se déroule comme prévu, une capsule scellée fendra le ciel de Mongolie-Intérieure à la fin de 2027, emportant le premier échantillon chinois d'astéroïde et, peut-être, la réponse à l'origine du discret compagnon de la Terre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Kamoʻoalewa ?
Kamoʻoalewa (désignation provisoire 2016 HO3) est un astéroïde géocroiseur de 40 à 100 mètres, découvert en 2016 à Hawaï. C'est un quasi-satellite : il n'est pas lié gravitationnellement à la Terre mais l'accompagne dans une danse stable pendant des décennies.
Que veut faire la sonde Tianwen-2 ?
Elle doit cartographier l'astéroïde avec onze instruments, puis prélever au moins 100 grammes de régolithe. Sa capsule de retour est attendue lors d'un survol de la Terre vers le 29 novembre 2027, avec un atterrissage en Mongolie-Intérieure.
Quel est le lien avec le Luxembourg ?
Le Luxembourg a été, avec sa loi du 20 juillet 2017, le premier pays européen à accorder aux entreprises privées un droit de propriété sur les ressources extraites dans l'espace. La science menée par des missions comme Tianwen-2 nourrit cette ambition de prospection spatiale.
D'où vient Kamoʻoalewa ?
Son origine est contestée : sa surface rappelle un sol lunaire, suggérant un fragment de la Lune, mais une étude de 2026 le rattache à la famille d'astéroïdes Flora. Les échantillons rapportés devraient permettre de trancher.
Sources(12)
  1. 1China's Tianwen-2 mission has (probably) arrived at a quasi-moon of EarthThe Planetary Society · planetary.org
  2. 2Tianwen-2Wikipedia · en.wikipedia.org
  3. 3Tianwen-2 makes series of burns on approach to asteroid, according to radio trackingSpaceNews · spacenews.com
  4. 4China's secretive Tianwen-2 probe arrives at Earth's 'quasi-moon' ahead of historic landing attemptLive Science / Yahoo News · yahoo.com
  5. 5Tianwen-2 Reaches Kamoʻoalewa: China's Asteroid Sample Return Mission in FocusNew Space Economy · newspaceeconomy.ca
  6. 6Kamo'oalewa asteroid's lunar origin challenged ahead of Tianwen-2 arrivalPhys.org · phys.org
  7. 7Tianwen-2 mission target asteroid (469219) Kamoʻoalewa probably develops an Itokawa-compositional but more space-weathered surfaceNature Communications · nature.com
  8. 8469219 KamoʻoalewaWikipedia · en.wikipedia.org
  9. 9Tianwen-2 probe operating normally in orbit, image of unfolding of circular solar panels released: CNSAGlobal Times · globaltimes.cn
  10. 10Luxembourg becomes first European country to pass space mining lawMining.com · mining.com
  11. 11Luxembourg adopts space resources lawSpaceNews · spacenews.com
  12. 12Luxembourg Law on Space Resources Rests on Contentious Legal Grounds (Working Paper No. 189)KU Leuven Centre for Global Governance Studies · ghum.kuleuven.be

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