Justice
Violences en cellule à la Gare : cinq policiers luxembourgeois condamnés
Le tribunal a infligé des peines de deux et trois ans de prison, plusieurs avec sursis, à des agents de l'ancien commissariat de la Gare pour un passage à tabac de 2023 et sa dissimulation.
Par Léa Hoffmann · · 4 min de lecture

C'est un dénouement peu commun au Grand-Duché : cinq policiers de l'ancien commissariat de la Gare, à Luxembourg-Ville, ont été condamnés jeudi pour des faits liés au passage à tabac d'un homme dans une cellule de dégrisement et à la tentative de l'étouffer. Rarement la justice luxembourgeoise a eu à juger des membres en exercice de la Police grand-ducale dans une affaire de cette gravité.
La 12e chambre correctionnelle du tribunal d'arrondissement de Luxembourg a prononcé des peines de deux et trois ans d'emprisonnement, ainsi que des amendes de 2 000 et 5 000 euros, plusieurs d'entre elles assorties d'un sursis intégral ou partiel, selon Le Quotidien. Le tribunal est resté en deçà des réquisitions du parquet, qui avait demandé jusqu'à six ans de prison.
Une nuit de marathon, du sang dans la cellule
Tout remonte au soir du 20 mai 2023, celui de l'ING Night Marathon. Vers 21 h 30, un homme désigné à l'audience sous le seul prénom de Fernando, ancien salarié de Luxair, se trouve enfermé dans une cellule du commissariat de la Gare, identifié par son indicatif radio CR3. Selon l'accusation, l'agent surnommé Tom dans la procédure, âgé de 36 ans, le frappe à plusieurs reprises au visage et aux côtes, lui causant des lésions oculaires et costales et deux semaines d'incapacité de travail.
Un collègue, Joe, est accusé d'avoir asséné des coups de pied au détenu ; un supérieur, André, d'avoir cocrédigé un rapport falsifié pour maquiller la scène ; un autre agent, Rick, d'avoir gardé le silence sur des violences dont il avait été témoin. Un cinquième policier était également renvoyé. Une jeune recrue présente sur les lieux a livré, devant le tribunal, une description sans détour.
« Il y avait beaucoup de sang dans la cellule. » — Mikeal, jeune policier témoin de la scène.
Ce témoignage, rapporté par L'essentiel, a pesé. Lors des plaidoiries, le représentant du parquet a soutenu que les coups portés relevaient juridiquement de la torture. « La torture est une violence utilisée dans un but précis, dans le cas présent pour intimider et servir d'exemple », a-t-il déclaré à l'audience.
Le refus d'une recrue, déclencheur de l'affaire
Si l'affaire a éclaté, c'est qu'un homme a refusé d'obéir. Sommé par un supérieur de rédiger un compte rendu favorable à ses collègues, le jeune agent a au contraire consigné ce qu'il avait vu. Son signalement a mis au jour des pratiques qualifiées d'« non orthodoxes » par les enquêteurs et la presse : violences, mais aussi humiliations de détenus et de policiers subalternes.
L'Inspection générale de la Police (IGP), organe de contrôle indépendant de la force, a ouvert une enquête et procédé à plusieurs arrestations à l'été 2023. Les éléments réunis dépeignent une unité longtemps soustraite à tout encadrement hiérarchique réel, sur fond de soupçons de consommation de stupéfiants parmi les agents et de rituels d'initiation douteux imposés aux nouveaux venus.
Un quartier sous tension permanente
Le verdict tombe sur le terrain le plus disputé du maintien de l'ordre au Luxembourg. Autour de la gare centrale, le quartier cristallise depuis des années les débats sur la drogue, la délinquance de rue et le comportement des agents qui y sont déployés. La couverture du procès a fait remonter des alertes internes vieilles de deux décennies.
Au fil de huit jours d'audience, le président du tribunal, Marc Thill, est revenu à plusieurs reprises sur la question du contrôle. « S'il y avait eu un contrôle, nous ne serions pas ici aujourd'hui », a-t-il observé, selon Reporter.lu. L'unité est désormais qualifiée d'« ancien » commissariat de la Gare, ayant été réorganisée depuis les faits.
En mai, lors de leurs réquisitions, les magistrats du parquet avaient demandé des sanctions nettement plus lourdes. Selon L'essentiel et Reporter.lu, ces réquisitions étaient les suivantes :
- six ans contre l'agent accusé du passage à tabac, pour torture ;
- cinq ans contre le collègue soupçonné d'avoir frappé le détenu à coups de pied, et cinq ans contre le supérieur accusé d'avoir falsifié le rapport ;
- trois ans contre l'agent poursuivi pour entrave à la justice, pour ne pas avoir signalé ce qu'il avait vu.
Et maintenant ?
Les condamnations restent exceptionnelles : des peines de prison contre des policiers en exercice sont rares au Grand-Duché, et l'affaire est devenue un test de la capacité des institutions à demander des comptes à la Police grand-ducale. La plupart des peines étant assorties du sursis, aucun des agents n'encourt d'incarcération immédiate sur la base des sanctions telles que rapportées ; les condamnations et les amendes, elles, demeurent.
Reste l'inconnue d'un éventuel appel. La procédure luxembourgeoise permet tant aux policiers condamnés qu'au parquet de contester le jugement devant la Cour d'appel. Ni la Police grand-ducale ni le ministère des Affaires intérieures, qui en a la tutelle et que dirige Léon Gloden, n'ont réagi publiquement dans l'immédiat ; la force avait elle-même saisi l'IGP des accusations initiales.
Pour l'homme au cœur du dossier, le verdict referme une séquence ouverte par une nuit en cellule et par une recrue qui a choisi de dire la vérité plutôt que de signer un faux rapport. Pour l'institution policière, il laisse entière la question que le procès n'a cessé de poser : comment une unité chargée du quartier le plus fréquenté de la capitale a-t-elle pu rester si longtemps sans le contrôle qui aurait peut-être tout empêché.
Questions fréquentes
- Combien de policiers ont été condamnés et à quelles peines ?
- Cinq agents de l'ancien commissariat de la Gare ont été condamnés à des peines de deux et trois ans de prison et à des amendes de 2 000 et 5 000 euros, plusieurs assorties d'un sursis intégral ou partiel, selon Le Quotidien.
- Que s'est-il passé dans la cellule ?
- Le 20 mai 2023, vers 21 h 30, un homme désigné comme Fernando a été frappé à plusieurs reprises au visage et aux côtes dans une cellule du commissariat de la Gare, subissant des lésions oculaires et costales et deux semaines d'incapacité de travail.
- Comment l'affaire a-t-elle été révélée ?
- Une jeune recrue, Mikeal, a refusé l'ordre de rédiger un rapport favorable à ses collègues et a signalé les faits, exposant des pratiques jugées « non orthodoxes ». L'Inspection générale de la Police a ensuite enquêté et procédé à des arrestations à l'été 2023.
- Le jugement est-il définitif ?
- Pas nécessairement. Au moment du verdict, aucun appel n'était confirmé. La procédure luxembourgeoise permet aux policiers condamnés comme au parquet de contester le jugement devant la Cour d'appel.
Sources(6)
- 1Cinq policiers de la gare condamnés pour violencesLe Quotidien · lequotidien.lu
- 2Violences policières: jusqu'à 6 ans de prison requis contre 4 policiersL'essentiel · lessentiel.lu
- 3Procès à Luxembourg: «Il y avait beaucoup de sang dans la cellule»L'essentiel · lessentiel.lu
- 4Procès pour violence policière: Compte rendu d'un échec collectifReporter.lu · reporter.lu
- 5Exclusif: Les excès toxiques des policiers de la gareReporter.lu · reporter.lu
- 6Exklusiv: Die Akte BahnhofswacheReporter.lu · reporter.lu
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