Connectivité spatiale
Au Luxembourg, OQ Technology raccorde un drone à son réseau 5G par satellite
Un essai soutenu par Airbus a relié un drone en vol à la constellation luxembourgeoise d'OQ ; un autre test a fait remonter de la vidéo compressée. Le débit reste modeste, le signal politique non.
Par Marc Weber · · 6 min de lecture

Un petit drone enchaîne boucles et vrilles dans le ciel, sans jamais cesser de dialoguer — non avec une antenne-relais au sol, mais avec un satellite filant au-dessus de lui en orbite basse. L'image résume le pari que tente OQ Technology, opérateur installé au Luxembourg, qui affirme avoir maintenu cette liaison pendant 99,95 % du vol. Un résultat à la fois plus modeste et, à certains égards, plus intrigant que ne le laisse entendre la formule « vidéo de drone par satellite ».
Au fil d'une série de démonstrations menées tout au long de 2025, OQ — qui se présente comme le premier opérateur satellitaire conçu pour la connectivité 5G de l'« Internet des objets » — a d'abord raccordé des drones directement à sa constellation, puis, lors d'un test distinct, fait remonter vers un satellite des images vidéo compressées. Les débits restent dérisoires à l'aune du haut débit. C'est précisément l'argument de l'entreprise : un lien normalisé et peu gourmand en énergie, là où les terminaux à la Starlink sont trop encombrants, trop énergivores ou tout simplement absents.
Ce qui a réellement été démontré
L'annonce phare remonte à juillet 2025, lorsque OQ et Airbus Central Research & Technology ont revendiqué ce qu'ils décrivent comme la première démonstration en vol au monde d'un réseau non terrestre (NTN) 5G en orbite basse relié à des terminaux installés sur un drone en mouvement. L'essai s'appuyait sur du spectre licencié en bande S et sur le NB-IoT (narrowband-IoT), le même standard cellulaire 3GPP que celui des réseaux terrestres. Selon les deux partenaires, la connexion a tenu pendant des « manœuvres acrobatiques de type boucles et vrilles » et malgré des orientations aléatoires de l'appareil.
Les chiffres sont volontairement minuscules : environ 5 kilobits par seconde de débit, aux côtés de ce taux de continuité de 99,95 % cité par les deux partenaires. C'est plusieurs ordres de grandeur en dessous des liens de l'ordre du mégabit qu'offre un service satellitaire grand public — et bien trop maigre pour transporter, à lui seul, de la vidéo haute définition en direct. Dans une autre démonstration, OQ affirme avoir transmis de la vidéo depuis un drone compact sur ce même type de lien bande étroite, en recourant au calcul en périphérie embarqué pour comprimer les images avant l'envoi — contournant ainsi les terminaux haut débit lourds et énergivores qu'une telle transmission exigerait normalement.
Le fondateur et directeur général d'OQ, Omar Qaise, ne cache pas que la vidéo haute résolution en plein mouvement par satellite relève encore de l'objectif et non de l'acquis.
Nous espérons aussi, à l'avenir, démontrer grâce aux missions D2D la transmission de vidéo haute résolution du drone vers le satellite.
Troisième jalon, fin juillet 2025 : une caméra déclenchée par mouvement a envoyé une image fixe — celle d'une fusée miniature — via un satellite en orbite basse, à travers le terminal « OQ ONE » de l'entreprise. OQ y a vu la première image relayée sur un lien IoT 5G NTN. « Pouvoir envoyer des images par satellite rend notre réseau 5G considérablement plus puissant », déclarait alors Qaise. « Qu'il s'agisse d'une plateforme pétrolière, d'une centrale électrique ou d'un capteur environnemental au milieu de nulle part, on peut désormais voir ce qui se passe, et non plus seulement le mesurer. »
La bande étroite, et ce qui intéresse la défense
L'argumentaire d'OQ repose sur son choix de la bande S et du spectre licencié. Cette bande « n'est pas affectée par la pluie ou les conditions météorologiques et peut traverser les forêts », souligne Qaise, autant d'avantages sur les fréquences plus élevées des bandes Ku et Ka dont dépendent les constellations haut débit. Le spectre licencié, plaide-t-il, apporte aussi moins d'interférences et plus de protection que des alternatives non licenciées comme la technologie LoRa employée dans certains réseaux d'objets connectés.
Ce profil — terminaux petits et sobres, liaisons résilientes, matériel normalisé — est exactement ce qui attire le secteur de la défense et de la sécurité. OQ comme Airbus présentent les travaux sur le drone comme une étape vers des réseaux NTN 5G et 6G pour plateformes aériennes, dans l'aviation, la défense et l'IoT sécurisé. Parmi les usages envisagés par l'entreprise :
- caméras de surveillance frontalière et capteurs tactiques ;
- surveillance de pipelines et de sites isolés ;
- imagerie de zones sinistrées et suivi du trafic ;
- guidage autonome au-delà de la couverture terrestre.
Le Luxembourg a par ailleurs attribué à OQ 2,28 millions d'euros pour un projet baptisé Sentinel, consacré à la protection des liaisons montantes 5G satellitaires contre le brouillage et l'usurpation — un clin d'œil à l'environnement de spectre disputé que ces systèmes affronteraient en cas de crise.
Financements, soutiens et la question de la souveraineté
OQ a été fondée en 2016 par Omar Qaise et s'est appuyée, d'un bout à l'autre de son parcours, sur la politique industrielle spatiale assumée du Grand-Duché. L'entreprise s'est associée à l'Agence spatiale européenne dans le cadre du programme national LuxIMPULSE en 2018, a décroché une licence nationale d'activités spatiales en 2023, et s'est vu accorder en novembre 2025 une concession luxembourgeoise pour déployer et exploiter des services 5G IoT et de connexion directe aux appareils (direct-to-device) par satellite. La société exploitait une dizaine de satellites en octobre 2025 et travaille à une constellation plus vaste.
Les capitaux ont suivi. Après une série A de 13 millions d'euros en 2022 et des tours ultérieurs ayant attiré le fonds de capital-risque de Saudi Aramco et un fonds d'État luxembourgeois, OQ a obtenu en février 2026 un financement de 25 millions d'euros en dette d'amorçage (venture debt) auprès de la Banque européenne d'investissement, adossé au programme InvestEU de l'UE. De quoi financer plus de vingt de ses propres satellites et des charges utiles hébergées sur quatorze engins tiers. Le ministre luxembourgeois de l'Économie, Lex Delles, y a vu la preuve de « la force d'innovation des entreprises spatiales établies au Luxembourg ».
La place exacte d'OQ dans la ruée vers la connectivité orbitale reste à définir. À la différence de Starlink, qui vend du haut débit aux particuliers et aux entreprises, ou de l'opérateur historique en bande L Iridium, OQ parie que l'emploi des mêmes standards cellulaires 3GPP que les réseaux au sol permettra à des puces et appareils ordinaires d'atteindre l'espace sans matériel sur mesure. L'entreprise reste minuscule face à IRIS², la constellation souveraine phare de l'UE — un système de 10,6 milliards d'euros et quelque 290 satellites mené par SES, Eutelsat et Hispasat, dont le service complet n'est pas attendu avant 2030 environ —, mais elle s'inscrit dans le même effort européen pour réduire la dépendance aux réseaux extra-communautaires sur les communications critiques. Pour l'heure, le Grand-Duché peut afficher un résultat tangible : un drone, un satellite, et une liaison qui n'a pas lâché.
Questions fréquentes
- Que vient exactement de démontrer OQ Technology ?
- Au cours de 2025, OQ a connecté un drone en vol directement à un satellite en orbite basse via un lien 5G NB-IoT en bande S, lien maintenu à 99,95 % malgré des manœuvres acrobatiques. Lors de tests distincts, l'entreprise a fait remonter de la vidéo compressée puis une image fixe vers un satellite.
- Peut-on déjà transmettre de la vidéo HD en direct depuis un drone par satellite ?
- Non. Le lien est en bande étroite, de l'ordre de 5 kilobits par seconde, très en deçà du haut débit. Le test vidéo a fonctionné grâce à une compression embarquée. Selon son dirigeant Omar Qaise, la vidéo haute résolution reste un objectif futur.
- En quoi OQ se distingue-t-elle de Starlink ou d'Iridium ?
- OQ utilise les mêmes standards cellulaires 3GPP que les réseaux au sol, afin que des puces et appareils ordinaires atteignent l'espace sans matériel sur mesure. Starlink vend du haut débit avec de grands terminaux ; Iridium s'appuie sur une bande L propriétaire.
- Quel est le lien avec le Luxembourg ?
- OQ est basée au Luxembourg, fondée en 2016. Elle s'appuie sur la politique spatiale du Grand-Duché : partenariat ESA via LuxIMPULSE en 2018, licence d'activités spatiales en 2023, concession 5G IoT en novembre 2025, et 2,28 millions d'euros pour le projet Sentinel.
Sources(10)
- 1Airbus and OQ Technology use S-band to connect satellite to droneMobile Europe · mobileeurope.co.uk
- 2Airbus and OQ Technology conduct world's 1st demo of LEO 5G NTN connecting to a flying droneSatNews · satnews.com
- 3OQ Technology plans direct-to-smartphone demo with cellular spectrumSpaceNews · spacenews.com
- 4OQ Technology Makes History: First-Ever Image Sent via 5G NTN IoT Over LEO SatelliteIoT Business News · iotbusinessnews.com
- 5European financing for Luxembourgish satellite-to-smartphone connectivity pioneer OQ TechnologyEuropean Investment Bank · eib.org
- 6OQ TechnologyWikipedia · en.wikipedia.org
- 7OQ Tech gets Luxembourg 5G-by-Sat concessionAdvanced Television · advanced-television.com
- 8OQ Technology Granted Luxembourg Concession for Satellite-Based 5G IoT & D2D ServicesSpaceWatch.GLOBAL · spacewatch.global
- 9OBSERVER: What is IRIS²?Copernicus / European Commission · copernicus.eu
- 10A Passion for Space, A Platform for the World: The OQ Technology StoryLuxembourg Space Agency · space-agency.public.lu
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