Détroit d'Ormuz

Ormuz : des missiles iraniens incendient un méthanier qatari et ébranlent la trêve

Deux navires marchands ont été touchés dans la nuit de lundi à mardi, dont un transporteur de gaz qatari incendié, au cœur du couloir énergétique le plus stratégique de la planète.

Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

Le méthanier qatari Al Rekayyat, coque rouge et superstructure blanche, en feu sur son flanc bâbord dans le détroit d'Ormuz près de la côte omanaise.
Le méthanier Al Rekayyat, exploité par Nakilat, en flammes sur son flanc bâbord dans le détroit d'Ormuz, près des côtes d'Oman. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

C'est par ce goulet d'à peine quelques dizaines de kilomètres de large que transite près d'un cinquième du pétrole et du gaz de la planète. Dans la nuit de lundi à mardi, le détroit d'Ormuz a de nouveau flambé : les Gardiens de la révolution iraniens (IRGC) y ont tiré au moins deux missiles sur des navires marchands, incendiant un méthanier qatari, selon des responsables américains et les autorités maritimes occidentales. C'est la première attaque depuis l'entrée en vigueur, le mois dernier, d'une fragile trêve entre Washington et Téhéran — et déjà les cours du brut repartaient à la hausse, sous l'œil inquiet des gouvernements européens.

Deux bâtiments civils ont subi des dégâts importants, mais aucune victime n'a été signalée, a rapporté le site d'information Axios, citant deux responsables américains. L'information a été confirmée par Bloomberg, Reuters et d'autres médias. Sources américaines et iraniennes convergent pour attribuer les tirs au corps des Gardiens de la révolution.

Un méthanier touché au petit matin

L'un des navires visés est l'Al Rekayyat, un transporteur de gaz naturel liquéfié (GNL) en charge, propriété de Nakilat, la Qatar Gas Transport Company qui achemine l'essentiel du gaz de l'émirat. Le bâtiment a été frappé sur son flanc bâbord, au sommet de la salle des machines, déclenchant un incendie, selon les informations de The National et de NPR.

L'agence britannique United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO), organe de la Royal Navy chargé de recenser les incidents maritimes, a fait état d'un pétrolier atteint par un projectile non identifié alors qu'il faisait route vers le sud, à environ huit milles nautiques — quelque quinze kilomètres — à l'est de Limah, sur la péninsule omanaise de Musandam.

Incendie dans la salle des machines, envahie de fumée. Impossible d'évaluer davantage les dégâts. Tout l'équipage est sain et sauf et rassemblé sur tribord.

Cette transmission radio de l'Al Rekayyat, d'abord rapportée par le Wall Street Journal, restitue les instants qui ont suivi l'impact. L'UKMTO n'a signalé ni victime ni dommage environnemental. Un second navire marchand a également été touché, d'après les responsables américains cités par Axios.

La télévision d'État iranienne a affirmé que le méthanier avait été attaqué après avoir ignoré des avertissements répétés, alors qu'il tentait d'emprunter un itinéraire longeant la côte omanaise, prétendument avec l'appui de la marine américaine. Téhéran soutient que seule la voie qu'il a homologuée dans le détroit est sûre. Au cours du week-end, les Gardiens de la révolution avaient prévenu les navires par radio : « Nos missiles et nos drones sont prêts à faire feu sur vous. »

La trêve du 17 juin à l'épreuve

Ces frappes menacent l'accord intérimaire signé le 17 juin par le président Donald Trump et son homologue iranien, Masoud Pezeshkian, censé mettre fin aux attaques et rouvrir la voie navigable. Aux termes de cet arrangement, les navires devaient passer sans frais pendant soixante jours, les deux camps s'engageant à renoncer à la menace ou à l'usage de la force. L'Iran continue pourtant d'exiger de contrôler le routage des bâtiments et de percevoir à terme des « frais de service » pour le passage — une revendication que les États-Unis et les monarchies arabes du Golfe rejettent comme une rupture avec des décennies de pratique.

Depuis la Maison-Blanche, mardi, Donald Trump a sommé Téhéran de « conclure un accord, sinon nous terminerons le travail », rapporte The Hill. Il a formulé sa menace en évoquant la population civile iranienne et son réseau énergétique.

Je préférerais conclure un accord, parce que je ne veux pas nuire à 91 millions de personnes.

L'échange a mis en lumière la vitesse à laquelle la trêve de juin pourrait se défaire. Cet accord était venu clore des mois de conflit ouvert : les États-Unis et Israël avaient lancé le 28 février une campagne aérienne contre l'Iran, après quoi Téhéran avait décrété le détroit « fermé » et ses forces s'en étaient prises à des navires marchands, arraisonnant des bâtiments et mouillant des mines. Sur l'ensemble de la crise, selon une synthèse de Wikipédia s'appuyant sur les reportages de l'époque, au moins 14 marins et un docker ont été tués, et des dizaines de navires visés.

Pourquoi le Luxembourg et l'Europe scrutent les cours

Le détroit d'Ormuz est la valve la plus sensible du système énergétique mondial. Environ 20 % du commerce pétrolier et à peu près un cinquième du GNL empruntent d'ordinaire ce chenal resserré entre l'Iran et Oman ; certaines estimations portent même à 25 % la part du brut transporté par voie maritime. Toute menace crédible de fermeture se répercute aussitôt sur les marchés européens.

La réaction immédiate est restée contenue, mais nette. Le baril de Brent a grimpé vers 73 dollars et le WTI américain a dépassé 69 dollars, après s'être négociés sous les 72 dollars lundi, au plus bas depuis février, selon The National. Les prix avaient reculé d'environ 30 % à mesure que le cessez-le-feu de juin s'installait ; le sursaut de mardi efface donc en partie ce répit.

Pour l'Europe, l'exposition la plus profonde reste toutefois gazière. Le détroit achemine le gros du GNL qatari, qui couvre entre 12 et 14 % du gaz importé par l'Union européenne. Au plus fort de la crise, en mars, après la mise hors service de l'usine qatarie de Ras Laffan — la plus grande installation de liquéfaction au monde —, les prix du gaz néerlandais TTF, référence du continent, avaient bondi jusqu'à 45 %, rapportait Euronews. À la mi-juin encore, le TTF se maintenait quelque 35 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre. Pour un pays comme le Luxembourg, tributaire des importations pour l'ensemble de son énergie, la moindre secousse sur ce marché se paie à la facture.

Pour l'heure, analystes et responsables cherchaient à savoir si ces tirs constituent une entorse isolée ou l'amorce d'une nouvelle campagne. L'avenir de la région — et celui des ménages et des industries européens dépendants du gaz du Golfe — se joue sur trois inconnues :

  • Savoir si la direction iranienne a ordonné ces frappes ou si un commandant local a agi de son propre chef, une distinction qui pèsera sur la réponse diplomatique.
  • Savoir si armateurs et assureurs « risques de guerre » se détourneront à nouveau du détroit, raréfiant le trafic et gonflant les coûts du fret.
  • Savoir si Washington ripostera militairement, comme il l'a fait après de précédentes attaques contre des navires civils durant la crise.

Ni le gouvernement qatari ni Nakilat n'avaient publié de communiqué détaillé sur l'Al Rekayyat mardi. L'équipage du navire, a précisé l'UKMTO, était sain et sauf.

Questions fréquentes

Quel navire a été touché dans le détroit d'Ormuz ?
L'Al Rekayyat, un méthanier en charge exploité par Nakilat, la compagnie de transport gazier du Qatar. Il a été frappé sur son flanc bâbord, au sommet de la salle des machines, ce qui a déclenché un incendie. Un second navire marchand a également été atteint. Aucune victime n'a été signalée.
En quoi cette attaque menace-t-elle la trêve entre l'Iran et les États-Unis ?
Le 17 juin, Trump et Pezeshkian avaient signé un accord intérimaire prévoyant un passage sans frais pendant 60 jours et l'engagement de renoncer à la force. Ces frappes, les premières depuis, remettent en cause cet arrangement déjà fragile, alors que Téhéran continue d'exiger de contrôler le routage des navires.
Quelles conséquences pour l'énergie en Europe ?
Environ 20 % du pétrole et du GNL mondiaux passent par Ormuz. Après l'attaque, le Brent est remonté vers 73 dollars. L'Union européenne tire 12 à 14 % de son gaz importé du Qatar via le détroit ; toute tension s'y répercute sur les cours du TTF, référence gazière européenne.
Sources(9)
  1. 1Iran resumes attacks in Strait of Hormuz after lull, U.S. officials sayAxios · axios.com
  2. 2Iran Missiles Hit Ships in Strait, Axios Says, Testing US TalksBloomberg · bloomberg.com
  3. 3Iran Fires Missiles at Commercial Ships in Strait of Hormuz, Axios ReportsU.S. News & World Report / Reuters · usnews.com
  4. 4Iran fires missiles at two commercial ships in Strait of HormuzThe National · thenationalnews.com
  5. 5Tanker set ablaze after being struck by projectile in the Strait of HormuzNPR · npr.org
  6. 6Donald Trump: Strait of Hormuz in 'great shape' after ships targetedThe Hill · thehill.com
  7. 7Iran Fires Two Missiles at Commercial Ships in Strait of Hormuz, Axios ReportAsharq Al-Awsat · english.aawsat.com
  8. 82026 Strait of Hormuz crisisWikipedia · en.wikipedia.org
  9. 9European gas prices jump by as much as 45% as Qatar stops LNG productionEuronews · euronews.com

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