Santé publique

Contraception gratuite au Luxembourg : un tiers des habitants l'ignorent encore

La première enquête nationale sur la santé affective et sexuelle révèle qu'un droit acquis depuis 2023 reste méconnu de 38 % des résidents.

Par Léa Hoffmann · · 4 min de lecture

Plaquette de pilules contraceptives, stérilet et ordonnance posés sur le comptoir d'une pharmacie luxembourgeoise, la croix verte des pharmacies en arrière-plan.
Méthodes de contraception sur prescription et ordonnance sur un comptoir de pharmacie au Luxembourg. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

C'est le genre de paradoxe qui résume à lui seul les limites d'une politique publique pourtant généreuse. Au Luxembourg, l'État prend en charge l'intégralité du coût de la contraception prescrite depuis plus de trois ans — pour tous, sans limite d'âge. Et pourtant, plus d'un tiers des résidents ignorent tout bonnement l'existence de ce droit. Ce décalage entre une prestation acquise et sa notoriété figure parmi les enseignements les plus frappants de la première enquête nationale sur la santé affective et sexuelle, présentée le 6 juillet par la Direction de la santé, rattachée au ministère de la Santé et de la Sécurité sociale.

Menée en 2025 auprès de 2 371 résidents âgés de 18 ans et plus, cette enquête inédite dresse un premier portrait national de la façon dont on vit, au Grand-Duché, la contraception, le consentement, les violences sexuelles, l'éducation à la sexualité et les infections sexuellement transmissibles. Sur la contraception, le résultat tient d'une contradiction : 91 % des répondants se disent bien informés à son sujet, mais 38 % ignorent qu'elle est désormais gratuite.

Un droit acquis, mais peu connu

Depuis le 1er avril 2023, la contraception prescrite est remboursée à 100 % par l'État. Le dispositif, inscrit dans une convention entre l'État et la Caisse nationale de santé (CNS) et concrétisé par un règlement grand-ducal, a supprimé le plafond d'âge qui existait auparavant et s'applique quelle que soit la méthode retenue. La totalité de la dépense est portée par le budget de l'État.

Le champ du remboursement est large. Sur prescription médicale, il couvre :

  • la pilule contraceptive et la pilule progestative ;
  • le patch et l'anneau vaginal ;
  • les contraceptifs injectables et l'implant sous-cutané ;
  • le dispositif intra-utérin (stérilet) ;
  • la contraception d'urgence, dite « pilule du lendemain » — pour laquelle aucune ordonnance n'est requise ;
  • la stérilisation définitive, ligature des trompes et vasectomie comprises.

La principale exclusion concerne le préservatif masculin, qui n'entre pas dans ce remboursement, même si des préservatifs gratuits restent distribués par les canaux de la santé publique. Que cette prise en charge soit à la fois généreuse et mal connue résume tout l'enjeu soulevé par l'enquête : un dispositif conçu pour lever la barrière financière ne remplit pas sa mission si une large part de la population en ignore l'existence.

Sur la contraception au sens large, l'enquête offre malgré tout des motifs de satisfaction. Quelque 89 % des répondants se disent contents de leur moyen de contraception, et 68 % déclarent en avoir utilisé un lors de leur premier rapport sexuel. Reste que la persistance de ce déficit de connaissance conduit les autorités à faire de l'information — et pas seulement de l'accès — un chantier inachevé.

Pour la ministre de la Santé Martine Deprez, l'enquête offre « une vision claire des attentes et des réalités vécues par la population ».

Au-delà de la pilule : consentement, violences et éducation

L'enquête déborde largement la seule contraception, et plusieurs de ses résultats donnent à réfléchir. Sur la question du consentement, 34 % des répondants indiquent avoir subi des pressions d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel, et 31 % déclarent avoir eu un rapport non désiré sous une telle pression. Parmi les personnes ayant été victimes de viol, 60 % se sont confiées à une personne de confiance — mais 15 % seulement ont porté plainte.

La santé reproductive occupe aussi une place notable. Parmi les femmes interrogées, 17 % rapportent avoir eu au moins une interruption volontaire de grossesse au cours de leur vie, la moitié environ de ces IVG ayant été pratiquées au Luxembourg. Côté infections sexuellement transmissibles, près d'un répondant sur six déclare en avoir contracté une à un moment donné ; et si 84 % s'estiment bien informés sur ces infections, seuls 39 % des 18-24 ans disent s'être systématiquement protégés avec l'ensemble de leurs partenaires au cours de l'année écoulée.

L'éducation apparaît comme un point faible récurrent. Parmi les personnes scolarisées au Luxembourg, 44 % seulement déclarent avoir reçu une forme d'éducation à la santé affective et sexuelle, et plus d'un quart de celles-ci n'en ont bénéficié qu'une seule fois sur toute leur scolarité — signe, suggère l'enquête, d'un écart entre ce qui est enseigné et ce que les résidents estiment avoir besoin de savoir.

Un socle pour l'action publique

L'enquête restitue enfin une population plus diverse que ne le laissent voir les statistiques officielles : 10 % des répondants déclarent une orientation non hétérosexuelle et 1 % une identité de genre en dehors des catégories homme/femme, tandis que 12 % rapportent avoir essuyé des remarques négatives sur leur sexualité ou leur expression de genre.

Le gouvernement présente cet exercice comme un point de référence à partir duquel mesurer et adapter les politiques publiques. Les autorités mettent en avant les mesures déjà en place — gratuité de la contraception, inscription de l'accès à l'avortement dans la Constitution, renforcement du soutien aux victimes de violences — et estiment que ces données aideront à cibler les prochaines étapes. Sur la contraception gratuite, l'enquête laisse entendre que la tâche la plus immédiate est peut-être la plus simple à énoncer et la plus difficile à accomplir : faire savoir que ce droit existe. À l'aune de ce premier instantané national, plus d'un tiers l'ignorent encore.

Questions fréquentes

La contraception est-elle vraiment gratuite au Luxembourg ?
Oui. Depuis le 1er avril 2023, la contraception prescrite est remboursée à 100 % par l'État, sans limite d'âge et quelle que soit la méthode, dans le cadre d'une convention entre l'État et la Caisse nationale de santé (CNS).
Quelles méthodes sont couvertes par le remboursement ?
Sur prescription : la pilule et la pilule progestative, le patch, l'anneau vaginal, les contraceptifs injectables, l'implant, le stérilet, la contraception d'urgence (sans ordonnance) et la stérilisation définitive. Le préservatif masculin n'est pas couvert par ce remboursement.
Qui a réalisé l'enquête et sur quel échantillon ?
L'enquête nationale sur la santé affective et sexuelle a été menée en 2025 par la Direction de la santé auprès de 2 371 résidents âgés de 18 ans et plus, et présentée le 6 juillet 2026.
Sources(8)
  1. 11st National Survey on Sexual Health Finds 38% Unaware Contraception Is FreeChronicle.lu · chronicle.lu
  2. 2Ce que révèle la première enquête sur la santé sexuellePaperjam · paperjam.lu
  3. 3Santé sexuelle au Luxembourg: une femme sur 2 a subi un rapport non désiréL'essentiel · lessentiel.lu
  4. 469 % des résidents ont eu leur premier rapport sexuel avant 18 ansLe Quotidien · lequotidien.lu
  5. 5Les moyens de contraception remboursés à 100% et sans limite d'âge à partir du 1er avrilLe gouvernement luxembourgeois · gouvernement.lu
  6. 6L'accès universel à la contraception approuvé par le Conseil de gouvernementLe gouvernement luxembourgeois · gouvernement.lu
  7. 7Contraception - RemboursementsCaisse nationale de santé (CNS) · cns.public.lu
  8. 8Martine DeprezWikipedia · en.wikipedia.org

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