Assistants parlementaires européens

Éligibilité de Marine Le Pen : l'arrêt de la cour d'appel qui peut rebattre 2027

La cour d'appel de Paris rend mardi son arrêt dans le dossier des fonds du Parlement européen. De sa décision dépend la présence, ou l'absence, de la cheffe de file du RN dans la course à l'Élysée.

Par Camille Reuter · · 4 min de lecture

Façade monumentale en pierre grise du Palais de Justice de Paris, sur l'Île de la Cité, avec ses grilles de fer dorées.
Le Palais de Justice de Paris, sur l'Île de la Cité, siège de la cour d'appel. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

C'est dans une salle d'audience de l'Île de la Cité que se joue, mardi, une part de l'équation présidentielle française. La cour d'appel de Paris doit dire, en début d'après-midi, si Marine Le Pen conserve le droit de se présenter en 2027. Selon le sens de l'arrêt, la quatrième tentative de la figure de proue de l'extrême droite vers l'Élysée sera relancée ou définitivement compromise.

La question n'est pas neuve. Depuis le 31 mars 2025, la présidente d'honneur du Rassemblement national est privée de mandat : ce jour-là, le tribunal judiciaire de Paris, présidé par Bénédicte de Perthuis, la reconnaissait coupable de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens et prononçait une inéligibilité de cinq ans assortie de l'exécution provisoire — c'est-à-dire applicable sur-le-champ, sans attendre l'appel. C'est cette mécanique, plus que la peine de prison, qui la tient à l'écart du scrutin.

Ce que la cour doit trancher

Au cœur du dossier, un système que l'accusation situe entre 2004 et 2016. Le Rassemblement national — alors Front national — aurait employé des crédits destinés aux assistants du Parlement européen pour rémunérer des collaborateurs travaillant en réalité pour le parti, en France. Les premiers juges y ont vu un détournement de fonds publics, retenant la responsabilité du parti et de ses élus pour plus de 3 millions d'euros, le préjudice pour le Parlement étant évalué à environ 2,9 millions.

Marine Le Pen avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement — deux avec sursis, deux sous bracelet électronique —, à 100 000 euros d'amende et à cinq ans d'inéligibilité. Point décisif : l'exécution provisoire attachée à cette inéligibilité la rendait effective immédiatement, et non suspendue le temps du recours. Vingt-cinq prévenus ont été condamnés dans le même dossier, dont neuf eurodéputés et douze assistants parlementaires. Le parti a écopé d'une amende de 2 millions d'euros, dont un million ferme. Un seul des vingt-six mis en cause a été relaxé.

Marine Le Pen, le parti et onze autres condamnés ont fait appel. Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026, la cour ayant choisi d'accélérer pour rendre son arrêt à l'été.

Le glissement du parquet

Devant la cour d'appel, l'accusation a de nouveau réclamé que la responsabilité pénale de Marine Le Pen soit retenue, avec une inéligibilité de cinq ans, une peine de quatre ans d'emprisonnement — dont un an ferme sous surveillance électronique — et 100 000 euros d'amende. Mais elle n'a pas demandé, cette fois, que l'inéligibilité soit d'application immédiate. Le sort de l'exécution provisoire, et donc de la candidature, est laissé à l'appréciation des juges.

« De l'argent public siphonné goutte à goutte jusqu'à former une rivière », a résumé le procureur Stéphane Madoz-Blanchet devant la cour, pour décrire le détournement présumé des fonds parlementaires.

La prévenue, elle, conteste toute faute. « Nous n'avons jamais rien caché », a-t-elle lancé à l'audience, faisant valoir que les contrats des assistants étaient publics et que les règles encadrant leur travail restaient ambiguës.

Trois scénarios, une présidentielle

Les observateurs jugent une relaxe pure et simple peu probable. Le spectre réaliste va de la confirmation de la condamnation avec inéligibilité immédiate à une peine plus étroite qui rouvrirait la voie :

  • Inéligibilité confirmée avec effet immédiat : Marine Le Pen reste privée du droit de se présenter et ne peut concourir en 2027, ce qui clôt sa quatrième campagne présidentielle.
  • Inéligibilité réduite ou exécution provisoire levée : elle pourrait se présenter tout en formant un pourvoi devant la Cour de cassation, plus haute juridiction de l'ordre judiciaire.
  • Condamnation infirmée : l'interdiction tombe et elle retrouve sa liberté de candidature — l'hypothèse jugée la moins vraisemblable.

Si l'inéligibilité tient, les regards se tourneront vers Jordan Bardella, président du RN, âgé de 30 ans, qui deviendrait le candidat naturel du parti. Interrogée sur ce scénario, Marine Le Pen a prévenu qu'elle renoncerait à se présenter si elle devait attendre plus longtemps un arrêt définitif.

Un test pour la démocratie française

L'enjeu déborde largement le destin d'une personnalité. Arrivée deux fois au second tour de la présidentielle, en 2017 et en 2022, Marine Le Pen conduit un parti en tête des dernières intentions de vote nationales. L'arrêt de mardi figure ainsi parmi les plus lourds de conséquences de l'histoire politique récente. Écarter du scrutin la favorite éprouverait la confiance dans la justice au moment où l'Assemblée traverse une instabilité profonde ; l'innocenter recomposerait, en une après-midi, le paysage de 2027.

La candidate a d'ailleurs prévenu qu'une incertitude judiciaire prolongée pourrait, autant qu'une interdiction franche, faire échouer sa candidature. « Si on m'autorise à être candidate mais qu'on m'empêche, de fait, de faire campagne librement, alors vous comprenez que ce ne serait pas possible », a-t-elle confié à LCI, rappelant qu'une campagne présidentielle ne se lance pas à la dernière minute.

Parce que l'affaire peut encore remonter jusqu'à la Cour de cassation, l'arrêt de mardi ne sera peut-être pas le dernier mot sur l'éligibilité de Marine Le Pen. Mais en fixant si l'interdiction demeure immédiatement exécutoire, il pèsera lourd dans la désignation de celui ou celle qui mènera la droite française vers 2027 — et, à travers la France, sur la trajectoire de l'Union européenne.

Questions fréquentes

Quand la cour d'appel de Paris rend-elle son arrêt ?
L'arrêt est attendu le mardi 7 juillet 2026, en début d'après-midi, à la cour d'appel de Paris. Le procès en appel s'était tenu du 13 janvier au 12 février 2026.
Pourquoi Marine Le Pen est-elle actuellement inéligible ?
Le 31 mars 2025, le tribunal judiciaire de Paris l'a reconnue coupable de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens et a prononcé cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, donc applicable immédiatement malgré l'appel.
Quelles peines Marine Le Pen a-t-elle été condamnée à subir en première instance ?
Quatre ans d'emprisonnement (deux avec sursis, deux sous bracelet électronique), 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Le parti a par ailleurs été condamné à 2 millions d'euros d'amende, dont un million ferme.
Que se passe-t-il pour 2027 si l'inéligibilité est confirmée ?
Marine Le Pen ne pourrait pas se présenter à la présidentielle de 2027. Jordan Bardella, président du RN âgé de 30 ans, deviendrait alors le candidat probable du parti. L'affaire pourrait encore être portée devant la Cour de cassation.
Sources(9)
  1. 1Marine Le Pen appeal verdict: Will the far-right leader be barred from the French presidency?France 24 · france24.com
  2. 2Marine Le Pen's Presidential Hopes Rest on French Court VerdictReuters / US News & World Report · usnews.com
  3. 3Paris court sets 7 July for ruling in far-right leader Marine Le Pen's EU funds graft appeal caseEuronews · euronews.com
  4. 4France's Marine Le Pen returns to court as appeal could decide her 2027 presidential fateEuronews · euronews.com
  5. 5French prosecutors seek 5-year ban from office for far-right leader Marine Le Pen in appeal trial, no immediate enforcementFrance 24 · france24.com
  6. 6National Front assistants affairWikipedia · en.wikipedia.org
  7. 74 things to know about Marine Le Pen's embezzlement sentence and the political impactPBS NewsHour · pbs.org
  8. 8France's Le Pen barred from running for public office for 5 years after embezzlement convictionCNBC · cnbc.com
  9. 9Appeal trial of France's Le Pen to begin in January 2026France 24 / AFP · france24.com

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