Bien-être animal
Quand un cargo luxembourgeois transporte deux ours vers la liberté
Cargolux a convoyé gratuitement Benji et Balu d'une cage de Bakou jusqu'à l'île de Wight. Derrière ce sauvetage hors norme, une compagnie aérienne du Grand-Duché.

Sur le tarmac de Bakou, un matin de juin dernier, les soutes d'un Boeing 747 de Cargolux n'ont pas avalé les machines-outils ni les colis de commerce électronique qui constituent l'ordinaire de la compagnie tout-cargo luxembourgeoise. Elles ont accueilli un fret autrement plus vivant : deux ours bruns.
Benji et Balu, deux frères estimés à environ treize ans, avaient passé la première partie de leur existence enfermés dans une cage minuscule, en Azerbaïdjan, exhibés comme « ours de restaurant ». Lorsque leurs sauveteurs les ont atteints, ils étaient dénutris, en sous-poids, les dents abîmées par des années de morsures compulsives sur les barreaux — séquelle d'un stress chronique. Le plus difficile, dans l'entreprise de leur libération, ne tenait ni aux formalités administratives ni aux soins vétérinaires, mais à un problème beaucoup plus prosaïque : faire traverser un continent à deux plantigrades de plusieurs centaines de kilos.
Le maillon manquant d'un sauvetage
C'est précisément là qu'une entreprise du Grand-Duché s'est invitée dans une opération internationale de protection animale. Cargolux, l'un des grands exploitants mondiaux de gros-porteurs Boeing 747, a accepté de convoyer le duo gratuitement de Bakou vers le Royaume-Uni. Mieux : en amont du vol, la compagnie a aussi acheminé jusqu'en Azerbaïdjan les caisses de transport spécialement conçues, sans lesquelles le déménagement n'aurait pu commencer. Le transporteur a présenté l'opération comme la première mission de ce type au départ du pays.
Le sanctuaire qui devait recueillir les ours s'employait depuis près de deux ans à les faire venir en Grande-Bretagne. Les déplacer par la route, le rail ou la mer multipliait les risques et n'aurait fait que prolonger leur calvaire ; affréter un avion dédié pour deux animaux se révélait, lui, financièrement prohibitif. L'offre de Cargolux a levé l'ultime verrou.
Il ne fait aucun doute que sans Cargolux, ce projet n'aurait peut-être jamais abouti. C'était l'une des plus grosses dépenses de toute l'opération et nous ne saurons jamais assez remercier Cargolux d'être intervenu pour nous aider à franchir ce dernier obstacle.
Ainsi s'exprime Lawrence Bates, directeur général du Wildheart Animal Sanctuary, à Sandown, sur l'île de Wight — destination finale des deux frères. Pour Cargolux, dont les manutentionnaires sont formés au transport d'animaux vivants et qui convoient couramment chevaux, bétail et pensionnaires de zoos, l'intérêt était autant d'image que de logistique.
« Chez Cargolux, nous tenons à jouer notre rôle dans la sensibilisation et dans la promotion du bien-être animal et de la conservation », a déclaré Richard Forson, président-directeur général de la compagnie.
De la cage de Bakou à un bois anglais
Le voyage proprement dit fut bref à l'aune des deux années d'attente. Le vol direct a couvert quelque 4 800 kilomètres (environ 3 000 miles) en à peu près six heures, avec atterrissage à Glasgow. De là, les ours ont gagné Portsmouth par la route, puis traversé en ferry jusqu'à l'île de Wight, arrivant au sanctuaire vers dix heures du matin, au début du mois de juin 2025. C'étaient, selon l'établissement, les premiers ours présents sur l'île depuis une trentaine d'années.
Leur nouvel enclos n'a plus rien de commun avec la cage de Bakou : un habitat boisé d'environ 3 500 mètres carrés, avec de l'herbe, des arbres, des bassins où se vautrer et de quoi hiberner. Le bâtir et financer les soins prolongés des animaux relevait déjà de l'exploit : le sanctuaire a réuni près de 264 578 livres sterling pour un objectif fixé à 255 000 livres.
- Les ours : Benji et Balu, deux frères d'environ treize ans, arrachés à une vie d'« ours de restaurant » en Azerbaïdjan.
- Le vol : quelque 4 800 kilomètres de Bakou à Glasgow en six heures environ, à titre gracieux, Cargolux ayant aussi acheminé les caisses au préalable.
- Le refuge : un enclos boisé de 3 500 mètres carrés au Wildheart Animal Sanctuary, sur l'île de Wight.
Lucie Francis, responsable de la section ours du sanctuaire, résume la tâche à venir en termes simples. « Ils n'ont pas connu la meilleure des existences, mais nous espérons pouvoir inverser la tendance et leur permettre d'être de vrais ours », confie-t-elle.
Un combat mondial contre le commerce des ours
Le pont aérien de Benji et Balu n'est qu'un nœud minuscule dans un vaste réseau planétaire d'ONG, de sanctuaires, de gouvernements et de compagnies aériennes qui extraient des ours captifs de la maltraitance pour les confier à des soins. La logistique y est redoutable, et un transporteur de fret consentant en constitue souvent le chaînon absent — ce qui fait d'un nom comme Cargolux, davantage associé aux chaînes d'approvisionnement industrielles, un protagoniste improbable.
La cause n'a peut-être jamais eu autant d'élan. La Corée du Sud, longtemps liée à l'élevage d'ours pour leur bile — un liquide prélevé dans la vésicule biliaire des animaux et vendu en médecine traditionnelle —, a officiellement mis fin à cette pratique au 1er janvier 2026, en vertu d'une loi adoptée antérieurement. À l'organisation Humane World for Animals, les militants ont salué la fermeture d'un chapitre sinistre, tout en avertissant que le plus dur ne faisait que commencer : environ 200 ours demeuraient dans des fermes sud-coréennes au moment de l'entrée en vigueur de l'interdiction, tous en quête d'une place définitive en sanctuaire.
Ces ours appartiennent à une autre espèce, dans un autre pays, que les deux frères envoyés vers l'île de Wight, et Cargolux n'a joué aucun rôle dans l'interdiction sud-coréenne. Mais le fil conducteur est identique. Bannir un commerce par la loi est une chose ; transférer physiquement des animaux qui ont passé leur vie en cage en est une autre, et cela repose précisément sur le savoir-faire en matière de caisses et de fret que des transporteurs comme Cargolux peuvent fournir. Pour un pays dont l'économie s'appuie largement sur la logistique et l'aviation, voilà un rappel que l'infrastructure qui déplace des marchandises peut, à l'occasion, déplacer quelque chose de bien plus vivant.
Pour l'heure, deux frères venus de Bakou réapprennent à être des ours sur une île anglaise — et un cargo luxembourgeois n'y est pas pour rien.
Questions fréquentes
- Pourquoi Cargolux a-t-elle transporté ces ours ?
- La compagnie luxembourgeoise a proposé un vol gratuit pour lever l'obstacle financier le plus lourd du sauvetage. Ses équipes sont formées au transport d'animaux vivants et la compagnie revendique un engagement pour le bien-être animal et la conservation.
- D'où venaient Benji et Balu et où vivent-ils désormais ?
- Les deux frères, d'environ treize ans, étaient des « ours de restaurant » captifs en Azerbaïdjan. Ils vivent aujourd'hui dans un enclos boisé de 3 500 m² au Wildheart Animal Sanctuary, à Sandown, sur l'île de Wight.
- Ces ours sont-ils liés à l'industrie de la bile en Corée du Sud ?
- Non. Benji et Balu sont des ours bruns européens venus d'Azerbaïdjan, pas des ours à bile. La fin de l'industrie sud-coréenne de la bile, effective au 1er janvier 2026, illustre toutefois le même combat mondial contre le commerce des ours captifs.
Sources
- Cargolux sponsors life-saving flight for rescued bears · Air Cargo Week
- Cargolux to fly rescue bears to new UK home · Air Cargo News
- Cargolux sponsors rescue flight for two European brown bears · CAAS International
- Wildheart Animal Sanctuary announces sponsorship for transportation of bears Benji and Balu · OnTheWight
- From Azerbaijan to island paradise — bears settling into new Wildheart home · Isle of Wight Radio
- Isle of Wight attraction Wildheart Animal Sanctuary welcomes 2 bears · Isle of Wight County Press
- Project Bears · Wildheart Animal Sanctuary
- Benji and Balu bound for Sanctuary with Cargolux! · Wildheart Animal Sanctuary
- Benji and Balu settle in to new forever home following Azerbaijani rescue · Island Echo
- From Azerbaijan to island paradise, first bears in 30 years arrive on Isle of Wight · NationalWorld / The News, Portsmouth
- In massive win for animals, South Korea ends cruel bear bile industry · Humane World for Animals
- South Korea to stop breeding bears to extract their bile - but hundreds are still trapped in pens · Euronews
Sujets Animal Welfare, Cargolux, Luxembourg, Bears, Wildlife Rescue, Isle Of Wight, Azerbaijan, Conservation
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