Énergie et diplomatie

Washington rouvre le robinet du pétrole iranien pour 60 jours, le brut reflue

Une licence provisoire du Trésor américain autorise le retour du brut iranien jusqu'au 21 août. De quoi faire baisser les cours et soulager une Europe échaudée par le choc énergétique du printemps.

Par Jonas Thill · · 5 min de lecture

Un supertanker de brut chargé franchit le détroit d'Ormuz
Un supertanker (VLCC) chargé de brut franchissant le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

Pour la première fois depuis 2018, le pétrole iranien peut de nouveau s'écouler librement sur les marchés mondiaux. En suspendant temporairement ses sanctions, Washington a remis en circulation l'un des plus gros producteurs de la planète — et, ce faisant, poussé les cours du brut vers le bas. Un mouvement qui pourrait desserrer l'étau de l'inflation énergétique qui pèse sur l'Europe depuis le printemps.

Le 22 juin, le département du Trésor américain a publié, par l'intermédiaire de l'OFAC, une licence générale de 60 jours autorisant la production, la livraison et la vente de brut iranien, de produits pétroliers et de produits pétrochimiques. Valable jusqu'au 21 août à 0 h 01, heure de la côte Est, le texte autorise aussi les services qui rendent le commerce du pétrole possible — transport maritime, assurance, règlement financier — et va jusqu'à permettre l'importation de barils iraniens sur le sol américain. C'est le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, qui a annoncé la mesure, en la présentant comme un volet d'un accord plus large conclu avec Téhéran.

La licence concrétise l'une des conditions d'un protocole d'accord de 60 jours signé par les deux gouvernements le 17 juin. Un texte intérimaire, arraché après plusieurs semaines d'affrontements dans le Golfe — un conflit qui avait fermé le détroit d'Ormuz et propulsé le baril vers les 120 dollars. Rien n'est définitif : réunis au complexe du Bürgenstock, en Suisse, sous la médiation du Qatar et du Pakistan, les négociateurs cherchent encore la voie d'un accord global, alors que le programme nucléaire iranien et les hostilités au Liban restent sans réponse.

Ce que la licence rend possible

Le champ de la mesure est large, mais soigneusement délimité. Selon le Trésor et les informations parues le même jour, la licence générale couvre :

  • la production, le transport et la vente de brut iranien, de produits raffinés et de produits pétrochimiques ;
  • les pétroliers jusqu'ici inscrits sur liste noire, de nouveau autorisés à charger du pétrole iranien ;
  • les transactions réglées en dollars américains, ainsi que les services d'assurance et bancaires qui les accompagnent ;
  • l'importation de pétrole iranien aux États-Unis.

Washington a néanmoins maintenu des garde-fous. L'autorisation exclut expressément toute opération impliquant la Corée du Nord, Cuba ou les territoires ukrainiens occupés par la Russie, qui demeurent visés par des sanctions américaines distinctes. Et parce qu'il s'agit d'une dérogation à durée déterminée, et non d'une abrogation définitive, les négociants le savent : la fenêtre pourrait se refermer dès le 21 août si les pourparlers échouent.

Un marché conclu sur du sable

Pour les États-Unis, l'allègement pétrolier est la carotte d'un accord de sécurité. Scott Bessent a explicitement lié la licence aux engagements pris par Téhéran à la table des négociations.

« L'Iran s'est engagé à garantir un transit libre et ouvert dans le détroit d'Ormuz et à autoriser le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur son territoire », a déclaré Scott Bessent.

Le vice-président JD Vance, qui conduisait la délégation américaine en Suisse, a estimé que les deux camps avaient « posé de très bonnes fondations pour un accord final réussi ». Les données de navigation confirmaient une normalisation : le trafic dans le détroit d'Ormuz — ce goulet d'étranglement par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial — remontait vers ses niveaux d'avant-guerre, des dizaines de navires ayant repris leur route. Un samedi, 67 bâtiments l'ont franchi, contre quelque 125 traversées quotidiennes avant le conflit.

Les marchés respirent, l'Europe surveille sa facture

Les cours du pétrole, qui s'étaient envolés pendant la guerre, ont prolongé leur repli. Le baril de Brent s'échangeait autour de 77,90 dollars le 22 juin, en baisse d'environ 3,3 % sur la journée et à peine 7 % au-dessus de son niveau d'avant le déclenchement des combats, le 28 février. Le WTI américain évoluait, lui, aux alentours de 74 dollars. Au plus fort du conflit, les contrats à échéance rapprochée avaient frôlé les 120 dollars.

Reste l'inconnue majeure : quel volume de pétrole iranien reviendra réellement, et à quelle vitesse ? Avant le conflit, le plafond de production iranien avoisinait 3,8 millions de barils par jour. Selon les analystes, un redémarrage rapide pourrait ajouter jusqu'à 2 millions de barils quotidiens dans la fenêtre de 60 jours, même si beaucoup tablent sur une montée en puissance plus lente, le temps de reconstruire une logistique étranglée par les sanctions. « Le contenu du protocole mis à part, les marchés devraient saluer le fait que les États-Unis et l'Iran l'aient signé plus tôt que prévu », observe Norihiro Yamaguchi, économiste chez Oxford Economics.

C'est pour l'Europe que l'enjeu est le plus lourd : le continent importe 80 à 85 % de son pétrole et a encaissé de plein fouet le choc des prix. Chaque variation de 10 dollars du baril se traduit par environ 3 à 6 centimes d'euro par litre à la pompe, selon les taxes nationales — un canal direct vers l'inflation totale que la Banque centrale européenne scrute de près. Le gaz a suivi la même trajectoire : le contrat de référence TTF, qui avait bondi jusqu'à près de 62 euros le mégawattheure en mars, était retombé autour de 44 euros.

Les analystes préviennent toutefois qu'un brut iranien meilleur marché ne suffira pas à effacer la flambée. Les infrastructures énergétiques endommagées dans le Golfe demanderont des mois de réparations, les primes de transport et d'assurance restent élevées, et les stocks européens devront être reconstitués avant l'hiver. « Le plancher est probablement plus haut qu'avant la crise, car l'Europe doit reconstituer des stocks au plus bas ; des prix au-dessus de 40 euros le mégawattheure constituent donc un scénario plausible à court terme après l'accord », avertit Andrei Covatariu, analyste énergie à l'Atlantic Council.

Pour l'heure, les marchés affichent un soulagement prudent. La sortie de crise diplomatique dans le Golfe a ramené le brut bien en dessous de ses sommets de guerre et allégé la pression inflationniste sur l'énergie européenne. Mais le répit, comme la licence qui l'a permis, porte déjà une date de péremption.

Questions fréquentes

Jusqu'à quand le pétrole iranien peut-il être vendu librement ?
La licence générale du Trésor américain est valable 60 jours, jusqu'au 21 août 2026 à 0 h 01, heure de la côte Est. Il s'agit d'une dérogation temporaire : la fenêtre pourrait se refermer si les négociations entre Washington et Téhéran échouent.
Que couvre exactement l'autorisation américaine ?
Elle autorise la production, le transport et la vente de brut iranien, de produits raffinés et pétrochimiques, le recours à des pétroliers jusqu'ici sur liste noire, les transactions en dollars avec les services d'assurance et bancaires associés, ainsi que l'importation de pétrole iranien aux États-Unis. Elle exclut toute opération impliquant la Corée du Nord, Cuba ou les territoires ukrainiens occupés par la Russie.
Quel effet pour les automobilistes et l'inflation en Europe ?
L'Europe importe 80 à 85 % de son pétrole. Chaque variation de 10 dollars du baril équivaut à environ 3 à 6 centimes d'euro par litre à la pompe selon les taxes nationales, un facteur direct d'inflation suivi de près par la Banque centrale européenne. Les analystes estiment toutefois que les prix ne reviendront pas entièrement à leurs niveaux d'avant-crise.
Combien de pétrole iranien pourrait revenir sur le marché ?
Avant le conflit, l'Iran produisait jusqu'à environ 3,8 millions de barils par jour. Un redémarrage rapide pourrait ajouter jusqu'à 2 millions de barils quotidiens dans les 60 jours, mais une montée en puissance plus lente, sur six mois ou davantage, est jugée plus probable.
Sources(9)
  1. 1US partially lifts Iran oil sanctions amid 'encouraging' talksAl Jazeera · aljazeera.com
  2. 2U.S. eases Iran oil sanctions under temporary peace agreementWorld Oil · worldoil.com
  3. 3Treasury Department issues temporary license for Iranian oil salesThe Hill · thehill.com
  4. 4US Treasury eases sanctions, issues 60-day license for Iranian oil amid progress in peace talksANI News · aninews.in
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  6. 6Oil Prices Mixed as Brent Falls to $77.90, WTI Gains on Easing Middle East Tensions and Iran Sanctions WaiverGulf News · gulfnews.com
  7. 7U.S., Iran agree on roadmap for final deal and plan to end military operations in LebanonCNBC · cnbc.com
  8. 8US, Iran make 'encouraging progress' after hours-long talks in Burgenstock; agree on roadmap to reach final peace deal in 60 daysDawn · dawn.com
  9. 9Why oil and gas prices could stay high in Europe even if the Iran war endsEuronews · euronews.com

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