Royaume-Uni

Keir Starmer démissionne, le Labour s'engage dans une course à sa succession

Lâché par ses propres députés, le premier ministre britannique assurera l'intérim jusqu'à la désignation d'un successeur. Andy Burnham, de retour aux Communes, fait figure de favori.

Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

La porte noire du 10 Downing Street, résidence officielle du premier ministre britannique, à Londres.
La porte noire du 10 Downing Street, à Londres. Image d'illustration générée par intelligence artificielle. Illustration générée par IA — Status

LONDRES — Deux ans auront suffi à user Keir Starmer. Lundi 22 juin, devant la porte noire du 10 Downing Street, le premier ministre britannique a annoncé qu'il renonçait à la direction du Parti travailliste et à la tête du gouvernement, faute d'avoir conservé la confiance de ses propres députés. Le pays s'apprête ainsi à se chercher un septième chef de gouvernement en dix ans, au terme d'une compétition interne ouverte dans l'urgence.

« Chacune des décisions que j'ai prises visait à faire passer en premier le pays que j'aime », a déclaré Sir Keir Starmer devant ses partisans et la presse, expliquant que c'était précisément la raison de son départ. Il restera premier ministre, à titre intérimaire, jusqu'à ce que le Labour ait désigné son remplaçant — une issue attendue à la mi-juillet au plus tôt.

Le favori pour lui succéder a un nom et un visage : Andy Burnham, ancien maire du Grand Manchester, revenu à la Chambre des communes quelques jours seulement avant cette démission et déclaré candidat dans les heures qui l'ont suivie.

Une chute scellée dans le Lancashire

La position du premier ministre est devenue intenable après la victoire de M. Burnham à l'élection partielle de Makerfield, le 18 juin, remportée avec une majorité de plus de 9 000 voix — environ 54,8 % des suffrages — dans une circonscription libérée par le député travailliste Josh Simons. Ce retour aux Communes a satisfait la règle interne du Labour qui réserve la candidature à la direction aux membres du groupe parlementaire, levant le dernier obstacle à une offensive directe.

Depuis des mois, Keir Starmer figurait parmi les chefs de gouvernement les plus impopulaires de l'histoire récente du Royaume-Uni : son solde d'opinions favorables s'établissait en moyenne autour de − 46 % à la fin de 2025. La fronde couvait depuis la démission, en mai, de Wes Streeting, ministre de la santé. Au 20 juin, selon plusieurs sources, M. Burnham s'était assuré le soutien de plus de 200 députés travaillistes — jusqu'à environ 300 sur 403, avançaient ses proches. Longtemps présenté comme son principal rival, Wes Streeting a finalement apporté son ralliement.

Le favori a tenu à saluer le sortant.

« Keir a rendu un immense service à notre pays et je veux le remercier pour son sens du leadership et son dévouement durant une période aussi éprouvante », a déclaré Andy Burnham.

Un calendrier resserré jusqu'à septembre

Selon les statuts du Labour, un prétendant doit être parrainé par au moins 20 % du groupe parlementaire — soit 81 députés aujourd'hui — pour accéder au scrutin. Le parti a fixé un calendrier comprimé :

  • Les candidatures s'ouvrent le 9 juillet et se referment le 16 juillet.
  • Si un seul prétendant remplit les conditions, il devient chef du parti, et premier ministre, dès le 17 juillet.
  • En cas de course disputée, un vote des adhérents se tiendra tout l'été, pour un nouveau dirigeant attendu au plus tard le 1er septembre.

Le retrait de M. Streeting et l'avance écrasante de M. Burnham parmi les députés rendent plausible une transmission sans concurrent, qui installerait l'ancien maire à Downing Street avant la fin juillet. D'autres noms circulent néanmoins — Ed Miliband, Angela Rayner, Darren Jones ou encore Al Carns.

Bruxelles et le Luxembourg suspendus à Londres

Le séisme politique a aussitôt gagné le continent. Un deuxième sommet UE-Royaume-Uni de l'après-Brexit, programmé le 22 juillet dans la capitale belge pour parachever des accords sur le commerce, l'intégration des marchés de l'électricité et la mobilité des jeunes, s'est trouvé suspendu à un fil.

« Nous réexaminons, avec le président [du Conseil européen] Costa et le Royaume-Uni, l'opportunité de maintenir le sommet tel qu'annoncé la semaine dernière, et nous aviserons », a indiqué Paula Pinho, porte-parole en chef de la Commission européenne. La rencontre, désormais donnée pour reportée, devait prolonger la « remise à plat » négociée par M. Starmer en mai 2025, lorsque Londres et Bruxelles avaient scellé un partenariat stratégique, un partenariat de sécurité et de défense, ainsi que des compromis sur les contrôles vétérinaires, le couplage des marchés du carbone et un programme d'expérience pour les jeunes. Ces discussions s'étaient enlisées en novembre autour de l'accès britannique au dispositif européen de prêts à la défense. Inconnu dans les chancelleries de l'Union, M. Burnham y est néanmoins perçu comme pro-européen : il a dit souhaiter le retour du Royaume-Uni dans le bloc commercial de son vivant, et les diplomates anticipent qu'il pourrait chercher des liens plus étroits que son prédécesseur.

Pour le Luxembourg, qui héberge des institutions de l'Union — la Cour de justice et la Banque européenne d'investissement —, la trajectoire des relations entre Londres et Bruxelles se suit de près. Elle concerne aussi directement les Britanniques du Grand-Duché. Selon les chiffres du Statec, 3 924 ressortissants britanniques résidaient au Luxembourg au 1er janvier 2023, contre environ 5 786 en 2019 — un recul de près de 30 % depuis le référendum sur le Brexit, en partie imputable aux nombreuses naturalisations. Un rapprochement sur la mobilité, la reconnaissance des diplômes ou les déplacements toucherait de plein fouet cette communauté et les travailleurs frontaliers qui circulent entre les deux espaces.

Pour l'heure, la question est d'abord de tempo : le futur locataire de Downing Street sera-t-il en place assez tôt pour sauver un sommet bruxellois reprogrammé, et jusqu'où un gouvernement Burnham irait-il pour redessiner l'équilibre post-Brexit que le Luxembourg et ses partenaires reconstruisent depuis des années ?

Questions fréquentes

Pourquoi Keir Starmer démissionne-t-il ?
Il a annoncé son départ le 22 juin 2026 en invoquant la perte de confiance de ses propres députés travaillistes. La fronde s'était amplifiée après la démission du ministre de la santé Wes Streeting en mai, puis le retour aux Communes d'Andy Burnham, qui levait le dernier obstacle à un défi direct.
Qui peut succéder à Keir Starmer ?
Andy Burnham, ancien maire du Grand Manchester, fait figure de favori avec le soutien de plus de 200 députés. D'autres noms circulent : Ed Miliband, Angela Rayner, Darren Jones et Al Carns. Wes Streeting, longtemps présenté comme rival, s'est rallié à Burnham.
Quel est le calendrier de la succession ?
Les candidatures s'ouvrent le 9 juillet et se ferment le 16 juillet ; un candidat doit réunir au moins 81 parrainages de députés. S'il n'y en a qu'un, il devient chef du parti et premier ministre le 17 juillet. En cas de course disputée, un vote des adhérents se tient jusqu'au 1er septembre au plus tard.
Quelles conséquences pour le Luxembourg et l'UE ?
Un sommet UE-Royaume-Uni prévu le 22 juillet à Bruxelles est remis en cause et donné pour reporté. Le Luxembourg, qui héberge la Cour de justice et la BEI et comptait 3 924 résidents britanniques début 2023, suit de près une éventuelle relance des liens, Burnham étant perçu comme pro-européen.
Sources(11)
  1. 12026 Labour Party leadership election (UK)Wikipedia · en.wikipedia.org
  2. 2Andy Burnham sworn in as new MP after 'broken' Starmer holds back tears as he resignsThe Irish Times · irishtimes.com
  3. 3Prime Minister Keir Starmer Resigns as Britain Prepares For Its Seventh Leader in 10 YearsTIME · time.com
  4. 4Keir Starmer resigns as British prime minister, clearing the path for the country's 7th leader in a decadeNBC News · nbcnews.com
  5. 5British Prime Minister Keir Starmer announces resignationCBS News · cbsnews.com
  6. 6EU 're-assessing' summit with UK after Keir Starmer lays out exit planEuronews · euronews.com
  7. 7EU waits for Burnham, the unknown quantityRTÉ · rte.ie
  8. 8UK-EU summit plans 'reassessed' after Keir Starmer announces resignationGB News · gbnews.com
  9. 9Resetting the UK's relationship with the European UnionHouse of Commons Library · commonslibrary.parliament.uk
  10. 10British nationals living in Luxembourg, January 2019Delano (citing STATEC) · delano.lu
  11. 11British PM Keir Starmer resigns, opening path for leadership contestVatican News (Reuters wire) · vaticannews.va

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