Iran
Le cercueil de Khamenei traverse l'Irak chiite, l'héritier reste introuvable
Quatre mois après la mort d'Ali Khamenei sous les frappes américano-israéliennes, son cortège gagne Nadjaf et Kerbala. Le fils désigné pour lui succéder, lui, n'a toujours pas paru.
Par Camille Reuter · · 5 min de lecture

C'est un mort que l'Iran promène comme un étendard. Mercredi, le cortège funèbre d'Ali Khamenei a franchi la frontière irakienne pour traverser Nadjaf et Kerbala, les deux villes saintes du chiisme, plus de quatre mois après que le Guide suprême eut été tué par des frappes américano-israéliennes. À l'étranger comme à Téhéran, la République islamique met en scène la puissance d'un État blessé — alors même que l'homme choisi pour prendre la relève ne s'est toujours pas montré.
Khamenei, qui a dirigé l'Iran pendant trente-six ans, a été tué le 28 février dans son bureau de Téhéran, lors de frappes coordonnées américaines et israéliennes qui ont ouvert une guerre brève et dévastatrice, selon les médias d'État iraniens et plusieurs rédactions internationales, dont Al Jazeera et France 24. Il avait 86 ans. Ses funérailles d'État, étalées sur six jours et longtemps repoussées par le conflit, ont commencé le 3 juillet.
Des obsèques transformées en démonstration de force
Rien n'a été laissé au hasard dans cette liturgie politique. Après les hommages de Téhéran, une procession colossale a traversé la capitale le 6 juillet, avant les cérémonies de Qom, cœur clérical du pays. Le Financial Times a évalué la foule à 12 à 15 millions de personnes pour la seule capitale, les autorités affrétant transports, repas et hébergements pour gonfler la participation ; les responsables assurent viser une mobilisation d'ensemble comparable aux funérailles de Rouhollah Khomeini, fondateur de la révolution, en 1989.
Le président du Parlement et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait exhorté le pays à faire du deuil un message adressé aux ennemis de l'Iran.
L'appel de la nation à la vengeance doit résonner aux oreilles du monde entier.
Cette colère a dominé les cortèges, devenus d'immenses défilés de fureur contre les États-Unis, Israël et leurs dirigeants. « Ceux qui ont commis ce crime doivent savoir que la nation iranienne et nous tous ne cesserons jamais de traquer la justice et de l'exiger », a lancé aux endeuillés le chef de l'armée, le général de division Amir Hatami, rapporte Al Jazeera.
Un itinéraire chargé de symboles
Le passage par l'Irak n'a rien d'anodin. Il conduit la dépouille du dirigeant iranien à travers les deux hauts lieux de la dévotion chiite, dans un pays que l'Iran a combattu huit ans durant les années 1980. Le programme officiel s'énonce ainsi :
- 6 juillet — Téhéran : une procession d'environ 11 kilomètres jusqu'à la place Azadi.
- 7 juillet — Qom : une marche de la mosquée de Jamkaran au sanctuaire de Fatima Massoumeh.
- 8 juillet — Nadjaf et Kerbala : un cortège partant vers 6 heures du passage supérieur de l'hôpital Sadr, en direction du sanctuaire de l'imam Ali, puis du sanctuaire de l'imam Hussein.
- 9 juillet — Machhad : l'inhumation au sanctuaire de l'imam Reza, dans la ville natale de Khamenei.
Nadjaf et Kerbala sont les sites les plus sacrés de l'islam chiite, où reposent l'imam Ali et son fils l'imam Hussein. En y faisant passer le convoi, le pouvoir présente Khamenei non plus comme un simple chef d'État, mais comme un martyr religieux — un message destiné aux communautés chiites d'Irak, d'Afghanistan, du Pakistan et bien au-delà.
Un successeur que personne n'a vu
Une absence, pourtant, jette une ombre sur ce spectacle. En mars, l'Assemblée des experts — l'organe clérical habilité à désigner le Guide suprême — a nommé pour lui succéder Mojtaba, le fils de Khamenei, âgé de 56 ans. Depuis, il n'a paru à aucun événement public, funérailles comprises, et ne s'est pas rendu aux obsèques de sa propre épouse, elle aussi tuée dans les frappes de février.
Les responsables iraniens imputent sa réclusion à des impératifs de sécurité et aux blessures reçues dans l'attaque qui a coûté la vie à son père ; une dépêche de Reuters, en avril, le disait convalescent de graves blessures au visage et aux jambes, sans qu'aucun de ces récits ait pu être confirmé de source indépendante. Trois autres fils de Khamenei, eux, se sont montrés lors des cérémonies de deuil. Ce silence nourrit les spéculations sur l'identité de ceux qui gouvernent réellement l'Iran.
« Nous n'avons aucune idée de son état physique ou mental, hormis des ouï-dire », a confié à Newsweek Nazenin Ansari, rédactrice en chef de Kayhan London, relevant que ni sa voix ni une photographie récente n'avaient filtré. Des analystes avancent qu'un conseil de direction collective tiendrait les rênes de l'État dans l'intervalle.
L'ombre d'Ormuz sur toute la région
Ces funérailles referment un chapitre qui a fait vaciller les marchés mondiaux de l'énergie. Quelques jours après la mort de Khamenei, le 4 mars, le Corps des gardiens de la révolution islamique a déclaré fermé à la navigation le détroit d'Ormuz — ce goulet par lequel transitent environ un quart du pétrole maritime mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié. Le Brent a franchi la barre des 100 dollars le baril le 8 mars, pour la première fois en quatre ans, culminant près de 126 dollars, dans ce que les analystes ont qualifié de plus grave perturbation de l'approvisionnement énergétique mondial depuis les années 1970.
Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril et, le 17 juin, le président Massoud Pezeshkian et le président américain Donald Trump ont signé un mémorandum d'entente pour mettre fin à la guerre et au blocus, après quoi le trafic dans le détroit a rebondi. Mais l'accord laisse en suspens une question au cœur du Moyen-Orient : un Iran privé de l'homme qui l'a incarné pendant une génération, et dépourvu de successeur visible, peut-il tenir l'équilibre des forces le plus décisif de la région ? Tandis que le cercueil chemine vers Machhad, la réponse demeure aussi introuvable que le dirigeant censé l'incarner.
Questions fréquentes
- Comment Ali Khamenei est-il mort ?
- Il a été tué le 28 février 2026 dans son bureau de Téhéran, lors de frappes coordonnées américaines et israéliennes qui ont ouvert une guerre brève. Âgé de 86 ans, il dirigeait l'Iran depuis 1989. Des membres de sa famille, dont son épouse Zahra Haddad-Adel, ont également péri.
- Pourquoi le cortège passe-t-il par Nadjaf et Kerbala ?
- Ces deux villes irakiennes abritent les tombeaux de l'imam Ali et de l'imam Hussein, les sites les plus sacrés du chiisme. Y faire passer la dépouille inscrit Khamenei dans une dimension de martyr religieux, message adressé aux communautés chiites bien au-delà de l'Iran.
- Qui succède à Khamenei et pourquoi ne le voit-on pas ?
- L'Assemblée des experts a désigné en mars son fils Mojtaba, 56 ans. Il n'est apparu à aucun événement public. Les autorités évoquent la sécurité et des blessures reçues lors de la frappe ; une dépêche Reuters d'avril fait état de graves blessures au visage et aux jambes, sans confirmation indépendante.
- Quel a été l'impact de la crise sur les marchés de l'énergie ?
- Le 4 mars, les Gardiens de la révolution ont déclaré fermé le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un quart du pétrole maritime mondial. Le Brent a dépassé 100 dollars le baril le 8 mars, culminant près de 126, avant un cessez-le-feu le 8 avril et un accord signé le 17 juin.
Sources(12)
- 1Iran confirms Supreme Leader Ali Khamenei dead after US-Israeli attacksAl Jazeera · aljazeera.com
- 2Ayatollah Ali Khamenei, Iran's hardline supreme leader, is dead at 86France 24 · france24.com
- 3Iran's Ayatollah Ali Khamenei is killed in Israeli strike, ending 36-year iron ruleNPR · npr.org
- 4State funeral of Ali KhameneiWikipedia · en.wikipedia.org
- 5Iran begins six-day funeral for Ayatollah Khamenei nearly four months after his deathCNBC · cnbc.com
- 6Huge crowd joins funeral procession for Iran's Supreme Leader KhameneiAl Jazeera · aljazeera.com
- 7Iran's Ghalibaf calls for massive Khamenei funeral turnout to sound 'nation's call for vengeance'The Times of Israel · timesofisrael.com
- 8Khamenei Funeral: Questions Over Location Of Supreme Leader's SuccessorNewsweek · newsweek.com
- 92026 Strait of Hormuz crisisWikipedia · en.wikipedia.org
- 10Khamenei's Funeral Is Meant to Project Strength. But Iran's New Leader Has Yet to AppearTIME · time.com
- 11Funeral ceremonies for Iran's slain supreme leader (live updates)CNN · cnn.com
- 12Assassination of Ali KhameneiWikipedia · en.wikipedia.org
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