Urgence sanitaire mondiale
En RDC, une épidémie d'Ebola sans vaccin progresse plus vite que toutes les précédentes
Provoquée par la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin n'est homologué, l'épidémie a dépassé un millier de cas dans l'Ituri et atteint l'Ouganda. Bruxelles juge le risque « très faible ».
Par Léa Hoffmann · · 5 min de lecture

C'est une course contre la montre que les autorités sanitaires disent perdre du terrain. Dans le nord-est de la République démocratique du Congo, l'épidémie d'Ebola se propage désormais plus vite qu'aucune autre depuis que la maladie est documentée, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : plus de 1 000 cas confirmés, au moins 254 morts, et une chaîne de transmission qui a déjà franchi la frontière ougandaise.
Confirmée le 15 mai par les autorités congolaises dans la province de l'Ituri, l'épidémie est la dix-septième que connaît le pays. Deux jours plus tard, le 17 mai, le directeur général de l'OMS la classait « urgence de santé publique de portée internationale » — le plus haut niveau d'alerte de l'agence — en raison d'une souche virale rare, d'un contexte humanitaire dégradé et d'un rythme de diffusion sans précédent.
Un virus orphelin de traitement
Ce qui distingue cette flambée, c'est le virus lui-même. À la différence de l'espèce Zaïre, à l'origine de la plupart des grandes épidémies d'Ebola, celle-ci est due au virus Bundibugyo, pour lequel il n'existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.
Les deux vaccins existants — l'Ervebo (rVSV-ZEBOV) et un schéma à deux doses — ainsi que les deux traitements à base d'anticorps monoclonaux, validés après des essais menés en RDC, sont tous homologués contre la seule espèce Zaïre. Ils ne sont ni approuvés ni démontrés efficaces contre la souche Bundibugyo. L'Ervebo peut malgré tout être déployé selon une stratégie de vaccination dite « en anneau », et l'OMS a publié fin mai des recommandations sur le recours à un vaccin homologué lors des flambées de Bundibugyo. Mais les armes médicales qui avaient permis d'enrayer les récentes épidémies à souche Zaïre font ici défaut.
Les équipes de riposte en sont donc réduites aux instruments classiques et exigeants de la lutte contre les épidémies : repérer les cas, isoler les malades, retrouver chaque contact et gagner la confiance des communautés. Médecins sans frontières, qui soigne des patients dans l'Ituri, met en garde contre « d'importantes lacunes en matière de surveillance, de diagnostic, de recherche des contacts et de mobilisation communautaire, qui compromettent les efforts pour maîtriser l'épidémie ».
Des chiffres qui s'emballent
Les données transmises par l'OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) portaient le bilan congolais à plus de 1 000 cas confirmés dès la troisième semaine de juin. L'épidémie devient ainsi la deuxième plus importante jamais enregistrée, derrière la seule flambée ouest-africaine de 2014-2016.
Au point de la situation établi par l'OMS autour du 20-22 juin, la RDC comptabilisait :
- 1 003 cas confirmés et 254 décès confirmés ;
- 365 personnes hospitalisées en isolement ;
- l'Ituri comme province la plus touchée, avec 916 cas confirmés répartis sur 22 zones de santé ;
- le Nord-Kivu avec 84 cas sur 11 zones de santé, et le Sud-Kivu avec trois cas dans une seule zone.
De l'autre côté de la frontière, l'Ouganda recensait 20 cas confirmés et deux décès au 22 juin, pour l'essentiel à Kampala et dans la région de Wakiso. Les autorités sanitaires y rattachent la majorité des cas à des déplacements depuis la RDC, une minorité étant attribuée à une transmission locale — un schéma qui illustre la facilité avec laquelle le virus emprunte les routes commerciales et migratoires de la région.
Une épidémie au cœur de la guerre
La flambée survient dans l'un des théâtres les plus difficiles au monde pour une intervention sanitaire. L'est de la RDC est miné par un conflit armé impliquant de multiples milices, par une faim aiguë qui frappe des millions de personnes, et par des structures de santé endommagées, débordées ou fermées. Le mauvais état des routes ralentit l'acheminement du matériel comme les déplacements des équipes.
Pour le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, la crise ne se réglera pas par la seule médecine.
Nous ne pouvons ni bâtir la confiance des communautés ni isoler les malades sous les bombes. Mettre fin à cette transmission d'Ebola dépend entièrement de l'accès humanitaire.
Il a aussi souligné combien le conflit et la faim aggravent le danger. « La faim et la maladie sont de vieilles compagnes, a-t-il déclaré. Les personnes affaiblies par la faim sont bien plus vulnérables aux infections. » Dans la région, près de dix millions de personnes souffrent de la faim.
Quel risque hors de la zone touchée ?
Malgré l'inquiétude locale, le risque évalué pour les populations éloignées de l'épidémie demeure faible. L'ECDC estime « très faible la probabilité d'infection pour les personnes vivant dans l'Union européenne et l'Espace économique européen », tout en s'engageant à continuer de surveiller la situation.
Cette appréciation tient au mode de propagation d'Ebola — par contact direct avec les liquides biologiques d'une personne infectée, et non par contact banal ou voie aérienne — et à la distance qui sépare les provinces touchées des principaux carrefours du trafic international. La déclaration d'urgence de portée internationale vise pour sa part à mobiliser des ressources, à coordonner la surveillance transfrontalière et à prévenir tout relâchement : l'insécurité qui entrave la riposte en RDC complique aussi la détection précoce, et une épidémie qui monte aussi vite ne laisse guère de droit à l'erreur.
L'OMS dit renforcer son appui aux deux gouvernements, sur la surveillance, la recherche des contacts, la prise en charge clinique, l'acheminement des fournitures, la mobilisation communautaire et la préparation transfrontalière. Reste à savoir si cela suffira à freiner un virus plus rapide que toutes les épidémies d'Ebola qui l'ont précédé, dans une région déjà épuisée par la guerre et la faim. Toute la riposte est suspendue à cette question.
Questions fréquentes
- Pourquoi cette épidémie d'Ebola est-elle si difficile à enrayer ?
- Elle est provoquée par le virus Bundibugyo, contre lequel aucun vaccin n'est homologué ni aucun traitement spécifique approuvé. Les deux vaccins et les deux traitements par anticorps monoclonaux existants ne ciblent que l'espèce Zaïre. La riposte repose donc sur les méthodes classiques : dépistage, isolement, recherche des contacts et mobilisation des communautés.
- Quel est le bilan à la mi-juin 2026 ?
- Selon le point de l'OMS autour du 20-22 juin, la RDC comptait 1 003 cas confirmés, 254 décès et 365 personnes hospitalisées en isolement. L'Ituri est la province la plus touchée (916 cas), devant le Nord-Kivu (84) et le Sud-Kivu (3). L'Ouganda recensait 20 cas et deux décès au 22 juin.
- Y a-t-il un risque pour les habitants de l'Union européenne ?
- Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) évalue comme « très faible » la probabilité d'infection pour les personnes vivant dans l'UE et l'EEE. Ebola se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d'une personne infectée, et non par voie aérienne.
Sources(7)
- 1Epidemic of Ebola Disease caused by Bundibugyo virus in DRC and Uganda determined a public health emergency of international concernWorld Health Organization · who.int
- 2Ebola outbreak - DRC 2026 (situation page)World Health Organization · who.int
- 3Ebola disease outbreak in the Democratic Republic of the Congo and UgandaEuropean Centre for Disease Prevention and Control · ecdc.europa.eu
- 4Ebola outbreak in DR Congo collides with conflict and hunger, WHO warnsUN News · news.un.org
- 5Ebola disease outbreak 2026: How MSF is respondingMédecins Sans Frontières (Doctors Without Borders) · doctorswithoutborders.org
- 6Bundibugyo, the rare virus causing a deadly new Ebola outbreak, has no vaccine yetGavi, the Vaccine Alliance · gavi.org
- 7Ebola Outbreak: Current SituationUS Centers for Disease Control and Prevention · cdc.gov



